Plantation

Plantation

Un homme avait à sa disposition les graines d’un arbre fruitier dont l’espérance de vie moyenne, qu’il ne connaissait pas, était de 40 ans. Il les planta, générant ainsi un verger qui lui donna de beaux fruits au bout de 10 ans, et ce pendant les 30 années qui suivent. Alors à ce moment là, les arbres moururent, en 3 années ils furent tous morts. C’était une grande crise pour le successeur de cet homme, qui reçut le verger pour le gérer à son tour. Il s’ensuivit des années terribles, où le manque de fruits pendant si longtemps s’y fit cruellement sentir. Mais ayant appris de son prédécesseur, il replanta des graines, et cria de joie au bout de 10 ans quand de nouveau le verger donna ses fruits.

30 ans plus tard le successeur du successeur se lamenta devant une nouvelle crise du verger, mais ayant appris de son prédécesseur il traversa tant que bien mal la crise terrible qui s’ensuivit, tout en ayant pensé à replanter ces graines…

Arbre Mort (wikimedia)

Arbre Mort (wikimedia)

Dans une autre contrée, un homme voulant lui aussi générer un verger produisant de beaux fruits, avait à sa disposition des graines de cet arbre. Mais il prit aussi connaissance de cette histoire qui avait été écrite dans des livres différents au cours du temps, où forces explications ésotériques tentaient d’expliquer ces crises par des facteurs divers, mais ces explications n’avaient jamais empêché de nouvelles crises du verger de survenir.

Connaissant la nature des phénomène de résonance, connaissant la nature de la causalité, connaissant la nature néfaste des crises cycliques, il savait que des effets cycliques ont des causes cycliques. Il comprit donc à contre-courant de toutes les thèses diverses qui tentaient d’apporter des explications sur la malédiction des vergers, : « C’est la plantation elle-même qui génère les crises ! ».

Il comprit : « La plantation, n’étant pas continue, mais effectuée d’un seul coup dans un point cyclique du temps, a pour effet la mort cyclique du verger, et donc les crises cycliques qui frappent, de génération en génération les gestionnaires successifs du verger ».

Et il comprit aussi que ces arbres ont une durée de vie moyenne de 40 ans. Alors il se dit : « Je ne veux pas que mes successeurs souffrent de cette ignorance de la nature de la causalité, je ne vais donc pas planter mon verger de cette façon. Je vais planter 10 arbres cette année, puis l’année prochaine 10 nouveaux arbres, et ainsi de suite jusqu’à la 40èmeannée, je transmettrai ensuite cette connaissance et sa raison à mon successeur, qui la transmettra à son tour ».

400 ans plus tard le verger était toujours semblable d’année en année à ce qu’il était l’année précédente, et l’année précédente, et l’année précédente… Parce que la dizaine d’arbres de 40 ans étant arrivée à son terme était replantée, il y avait toujours dans ce verger 40 dizaines d’arbres fruitiers donnant de beaux fruits, une dizaine d’arbres en graines, une dizaine d’arbres de 1 an, une dizaine d’arbre de 2 ans, une dizaine d’arbre de 3 ans, et ainsi de suite jusqu’à une dizaine d’arbres de 40 ans.

Verger (wikimedia)

Verger (wikimedia)

Pour que ce verger soit semblable d’année en année, il fallait toujours, chaque année, replanter 10 / 400 = 2,5% des arbres, parce que 2,5% des arbres mourraient, il fallait non pas sauver les arbres morts, car la mort est inévitable, mais penser à les remplacer rigoureusement en replantant des graines à la place qu’ils occupaient.

Dans ce verger chacun des arbres recevait toujours, année après année, du soleil, de l’eau, et les nutriments nécessaires à la vie d’un arbre. Tout le long de sa vie dans ce verger, chaque arbre recevait cette même quantité nécessaire à son épanouissement, qu’il ait été planté au début de la période de 400 ans, à son milieu, à sa fin, ou au delà.

Quoi qu’ils changent entièrement de 40 ans en 40 ans, l’ensemble des arbres de ce verger était considéré avec justesse comme immuable et libre de toute crise par les générations de gestionnaires qui s’en occupaient.

Les hommes de cette contrée parlaient « du » verger, mais savaient très bien expliquer à leurs successeurs : « bien que l’on dise ‘le’ verger, de 40 ans en 40 ans, la durée de vie moyenne de ces arbres, aucun de ces arbres ne persiste, ils sont tous morts ! Mais pourtant ils sont toujours là, remplacés de génération en génération. C’est parce qu’on leur donne à tous, sans discrimination de leur position ou de leur âge, les mêmes nutriments nécessaires à leur épanouissement tout le long de leur vie, et que les nouvelles graines remplacent chaque année les arbres morts ».

Depuis lors, dans cette contrée, on ne vit plus de crises dans aucun verger qui ait été de même nature que celles vécues par les premières générations.

>>> Source sur : http://www.creationmonetaire.info/2013/10/plantation.html

Bitcoin, monnaie libre ou pas ?

Bitcoin, monnaie libre ou pas ?

J’ai regardé de près le projet OpenUDC car ses partisans affirment pouvoir définir ce qu’est une monnaie libre ou pas, pointant du doigt que bitcoin serait un logiciel libre mais pas une monnaie libre, au motif que la conception de bitcoin créerait une asymétrie temporelle, favorisant les premiers entrants. Voici pourquoi cet argument est infondé et pourquoi le caractère libre du protocole bitcoin suffit à équilibrer tout effet néfaste d’une éventuelle asymétrie temporaire.

Innovation adoption curve

Commençons par rappeler en quoi consiste le projet openUDC: il s’agit d’un système monétaire qui crée de la monnaie en continu, la masse monétaire étant distribuée à tous les participants sous forme d’un dividende universel.
Il s’agit donc d’une monnaie ”élastique” (à masse monétaire potentiellement illimitée, cf l’excellent livre de Detlev Schlichter sur le sujet) comme l’euro.
Le fait que ce soit un logiciel libre est une évidente nécessité qui devrait s’appliquer à tout système monétaire, pas une caractéristique suffisamment distinctive pour assure le succès d’un projet.

Décision et innovation

Les dérives d’un système privateur comme l’euro ne préparent pas le succès d’un logiciel libre. Seuls les progrès de la conscience par l’éducation peuvent faire bouger les lignes figées par l’ignorance. Le dividende universel (ou le revenu de base) serait une avancée démocratique fondamentale, résultant directement du progrès technologique qui nous affranchit de la nécessité de faire travailler tout le monde.

D’autre modes de distribution de la richesse doivent émerger et le revenu de base est une idée très intéressante.

Mais ces nouveaux modes de distribution ne sont pas et ne seront jamais liés à un système monétaire ou à un autre. En fait, inciter les gens à utiliser un système monétaire pour bénéficier d’une prestation sociale est à l’opposé de la philosophie du logiciel libre. De manière générale, une innovation doit, pour s’imposer, réussir à résoudre correctement UN problème. Tenter, comme openUDC, de résoudre moyennement plusieurs problèmes à la fois avec un projet innovant est le plus sûr moyen d’échouer. La question du dividende universel et celle de l’argent-dette privateur sont deux problèmes liés mais bien distincts. Bitcoin répond très bien au problème de l’argent-dette mais ne prétend pas résoudre tous les maux de la terre.

Les partisans d’openUDC se trompent aussi lorsqu’ils imaginent qu’une monnaie libre ne doit pas faire l’objet de spéculation. La spéculation est un phénomène naturel (car fondé sur la psychologie humaine) qu’on ne peut pas plus éviter que la pluie ou les tremblements de terre. Tout actif liquide est ou sera soumis à l’épreuve de la spéculation. Le blé et les matières premières alimentaires sont affectés par la spéculation. Aujourd’hui, les producteurs de blé font partie des spéculateurs. La spéculation est en réalité facilitée par les monnaies élastiques qui accroissent les risques et donc les effets de levier. Une monnaie “valeur” comme bitcoin (à quantité limitée, appelée aussi monnaie matière première) limite le risque lié à la monnaie et permet donc au producteur de blé d’exploiter son avantage (sa connaissance de la culture du blé) par rapport au spéculateur purement financier.

Enfin, la critique des premiers entrants qui seraient favorisés par bitcoin au détriment des générations suivantes appelle une réponse simple: la génération suivante peut utiliser tout autre système monétaire, dérivé ou pas de bitcoin. Contrairement à l’euro dont l’utilisation nous est imposée, bitcoin est choisi librement et volontairement.

Nous bénéficions aujourd’hui de la richesse produite par les générations précédentes qui avaient accès à l’or et à d’autres matières premières en abondance, utilisant d’autres systèmes monétaires, comme l’euro. Ce qui me semble problématique c’est que les jeunes d’aujourd’hui héritent de la dette transmise par les banquiers d’hier, majoritairement composée d’intérêts “payables” aux banquiers, opérateurs du système de l’euro, dans la continuité du franc et de l’ancien franc.

Il est délirant que les intérêts appliqués sur la dette de l’Etat Français, réputée sans grand risque, engloutissent aujourd’hui l’équivalent de la collecte de l’impôt sur le revenu: le remboursement de la dette est, pour la première fois, le premier poste de dépense dans le budget de l’Etat en 2013, à 47 milliards d’euros, devant le budget de l’enseignement scolaire !

Bitcoin n’étant pas de l’argent dette mais une “valeur” sous-tendu par la capacité du réseau bitcoin à traiter des transactions électroniques, bitcoin ne favorise aucunement la transmission d’une dette. Le réseau bitcoin est une ressource nouvelle, comme le web ou comme Linux, que les nouvelles générations pourront choisir d’utiliser, d’améliorer ou de remplacer. En pratique, si, avec la croissance des transactions, la valeur d’usage du réseau et donc la valeur d’échange des bitcoins augmentent très fortement, il est possible que un ou plusieurs réseaux alternatifs émergent, écartant ainsi la perspective d’une spirale spéculative autour de bitcoin.

>>> Source sur : http://www.e-ducat.fr/bitcoin-monnaie-libre-ou-pas/

Du domaine public comme fondement du revenu de base (et réciproquement ?)

Du domaine public comme fondement du revenu de base (et réciproquement ?)

 

J’ai déjà eu l’occasion de parler récemment du revenu de base, dans un billet consacré à la rémunération des amateurs, mais je voudrais aborder à nouveau la question en lien avec un autre sujet qui m’importe : le domaine public.

A priori, il semble difficile de trouver un rapport entre le revenu de base et le domaine public, au sens de la propriété intellectuelle – à savoir l’ensemble des créations qui ne sont plus ou n’ont jamais été protégées par le droit d’auteur.

Revenu de base, revenu de vie, revenu inconditionnel, dividende universel, salaire à vie, etc : ces différentes appellations renvoient (d’après Wikipedia) au concept d’un « revenu versé par une communauté politique à tous ses membres, sur une base individuelle, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie« , tout au long de leur existence. La mise en oeuvre d’un tel projet est susceptible d’entraîner des transformations très profondes du système économique, parce qu’il déconnecte le revenu et l’emploi. Elle modifierait notamment notre rapport au « temps libre » (otium), en augmentant notre capacité à nous consacrer bénévolement aux tâches qui nous semblent en valoir la peine.

Human reasons to work by freeworldcharter.org

L’idée peut paraître doucement utopique, mais la présentation ci-dessous par Stanislas Jourdan, un des militants français les plus actifs en faveur du revenu de base, vous permettra de mieux vous familiariser avec ce concept, ainsi qu’avec ses différentes modalités concrètes de mise en pratique. Vous verrez qu’il possède une longue histoire et qu’il est défendu par de nombreux acteurs, de tous bords politiques.

 

 

Le domaine public comme fondement du revenu de base ?

Jusqu’à présent, j’avais commencé à m’intéresser au revenu de base, comme une des pistes possibles pour le financement de la création, susceptible d’accompagner une réforme en faveur du partage non-marchand des oeuvres sur Internet. C’est sous cette forme que le revenu de base figure dans le programme proposé par La Quadrature du Net(à côté d’autres formes de financement mutualisés, comme la contribution créative ou le crowdfunding), ainsi que dans celui du Parti Pirate.

Mais en approfondissant la question, on se rend compte que la notion de domaine public, compris comme bien commun de la connaissance, est souvent avancée comme un des fondements possibles du revenu de base :

L’allocation universelle peut aussi être justifiée comme un dividende monétaire ou crédit social reçu par chacun lié à la propriété commune de la Terre et à un partage des progrès techniques…

Un billet, paru récemment sur le site Revenu de base et intitulé « Nous profitons tous du travail des morts« , détaille cette idée selon laquelle un revenu devrait être versé à tous au titre d’une propriété partagée du savoir :

Si l’ingénieur ou l’ouvrier d’aujourd’hui ont un salaire trois fois supérieur respectivement à l’ingénieur et à l’ouvrier des années 1950, serait-ce parce qu’ils produisent chacun 3 fois plus de richesse que leur homologue des années 1950 ? Et si oui, serait-ce parce que le travailleur d’aujourd’hui est trois fois plus travailleur, trois fois plus ingénieux et donc trois fois plus méritant que le travailleur d’hier ?

Il faut répondre oui à la première question et non à la deuxième. Oui le travailleur d’aujourd’hui est trois fois productif. Mais non, ce n’est pas lié à son propre mérite, au fait qu’il travaillerait trois fois plus ou qu’il serait trois fois plus ingénieux.

Si l’ingénieur et l’ouvrier sont plus productifs, c’est justement grâce au travail que leurs homologues ont réalisé depuis les années 1950 : grâce aux routes, aux chemins de fer et autres infrastructures construites depuis lors, aux machines qui font gagner du temps au travailleur et qui ont été mises au point et fabriquées par les travailleurs du passé, et surtout grâce aux savoirs et aux innovations réalisées par les scientifiques et les inventeurs depuis plus de deux siècles.

[…] ces savoirs et ce capital physique sont un capital commun qui ne saurait être approprié par une minorité sans compensation versée aux autres. Cet argument rejoint celui de Thomas Paine, pour qui l’accaparement des terres productives par des producteurs capitalistes en Angleterre entre le XVIème et le XVIIIème siècle (le mouvement des enclosures) doit donner lieu à une compensation versée à tous, la terre étant un bien commun.

On se situe ici davantage sur le terrain de la propriété industrielle (les inventions et les procédés techniques) que sur celui de la propriété littéraire et artistique (les oeuvres de l’esprit et les créations qui forment au fil du temps le patrimoine culturel). Mais dans un autre article plus ancien, intitulé « Pourquoi les pirates devraient défendre le revenu de base« , Stanislas Jourdan fait un lien plus précis entre le projet de dividende universel et la notion de domaine public, au sens de la propriété intellectuelle :

Les Pirates dénoncent la prétendue évidence selon laquelle le piratage serait néfaste à la culture. Ils dénoncent aussi les lois Hadopi et autres, qu’ils estiment inefficaces et surtout liberticides. Mais il y a quelque chose de plus puissant encore derrière leur justification du partage de la culture.

Le fondement philosophique qui justifie l’idée que les œuvres devraient être réutilisables et partageables, c’est que la création même de ces œuvres repose sur d’autres créations antérieures relevant souvent du domaine public ou simplement d’influences d’autres artistes. De fait, les protections actuelles que confèrent la propriété intellectuelle constituent en réalité un droit illimité d’exploitation mercantile de tout un champ de ressources relevant du domaine public et d’autres œuvres non rémunérées. Le système profite ainsi à une minorité tandis que la majorité des auteurs sont oubliés.

Le revenu de base part du même principe : aucun entrepreneur ne peut prétendre créer de valeur tout seul dans son coin. En vérité, tout ce qu’une entreprise ou un individu crée, il le fait en se reposant sur des productions antécédentes ou parallèles qu’il exploite souvent gratuitement.

Ce raisonnement rejoint de nombreuses analyses que j’ai pu développer dans ce blog depuis des années à propos du processus de la création. Toute création intellectuelle s’enracine dans un fonds pré-existant de notions, d’idées et de références pré-existantes qui en forment la trame et que le créateur va synthétiser et « précipiter » pour produire son oeuvre, en leur imprimant une marque particulière. Chaque écrivain, chaque peintre, chaque musicien est profondément tributaire des créateurs qui l’ont précédé et toute oeuvre par définition peut être considérée comme un remix. Pierre-Joseph Proudhon, dans les Majorats littéraires, tenait déjà en 1868 un discours similaire :

Voilà un champ de blé : pouvez-vous me dire l’épi qui est sorti le premier de terre, et prétendez-vous que les autres qui sont venus à la suite ne doivent leur naissance qu’à son initiative ? Tel est à peu près le rôle de ces créateurs, comme on les nomme, dont on voudrait faire le genre humain redevancier.(…) En fait de littérature et d’art, on peut dire que l’effort du génie est de rendre l’idéal conçu par la masse. Produire, même dans ce sens restreint est chose méritoire assurément, et quand la production est réussie, elle est digne de récompense. Mais ne déshéritons pas pour cela l’Humanité de son domaine : ce serait faire de la Science, de la Littérature et de l’Art un guet-apens à la Raison et à la Liberté.

Le droit d’auteur et la propriété intellectuelle en général ont pour effet de dissimuler cette « dette » que tous les créateurs ont vis-à-vis de leurs anciens, en liant le bénéfice de la protection à la création d’une oeuvre de l’esprit « originale« . A l’origine, la durée relativement courte des droits (10 ans seulement dans la première loi en France sur le droit d’auteur) garantissait l’équilibre du système et faisait en sorte que le monopole temporaire reconnu à l’auteur restait l’exception par rapport au domaine public, qui était l’état « naturel » de la création et de la connaissance.

Extrait de « Tales from the public domain : Bound by law »

 

La dérive du droit d’auteur au cours des 19ème et 20ème siècle, avec l’extension continue de la durée des droits, a provoqué une forme d’expropriation du domaine public au profit d’acteurs (de plus en plus éloignés des auteurs) qui ont pu accaparer cette valeur à titre exclusif. La situation est si dégradée actuellement que par le biais du copyfraud, le domaine public fait l’objet d’attaques répétées qui en réduisent continuellement l’étendue et la portée. Pour reprendre les mots de Proudhon, l’Humanité s’est fait déshériter de ce qui lui appartenait. Disney par exemple a pu puiser sans vergogne dans le fonds des contes du domaine public pour bâtir son succès, mais il a exercé par la suite un lobbying extrêmement puissant pour étendre la durée des droits par le Mickey Mouse Act et neutraliser ainsi le domaine public pendant des décennies aux Etats-Unis. Ainsi fut brisé un élément fondamental du Contrat Social.

Entre les défenseurs du domaine public et ceux du revenu de base, on retrouve donc cette même idée que chaque génération contribue par sa créativité propre à enrichir le patrimoine commun de l’Humanité, mais qu’aucune d’entre elles, ni aucun groupe ou individu en son sein, ne peut prétendre s’arroger une propriété définitive sur ces richesses. Ce principe de justice temporelle est très bien exprimé par Stéphane Laborde, auteur d’une Théorie Relative de la Monnaie, par le biais du concept d’un flux temporel humain, dont on doit prendre conscience pour comprendre pleinement la philosophie du revenu de base :

[…] la tentation est grande pour les vivants de s’arroger des droits de propriété excessifs sur l’espace de vie, violant ainsi les libertés de leurs successeurs. L’histoire est pleine de ces violations des principes fondamentaux, qui conduisent inévitablement à des insurrections à terme.

Le domaine public exprime l’idée que nous possédons tous à titre collectif des droits positifs sur la Culture, comme le dit Philippe Aigrain. Pour compenser la spoliation dont nous faisons l’objet du fait de la propriété intellectuelle, il est juste que chacun reçoive à vie un revenu de base pour assurer sa subsistance et lui permettre de participer à son tour à la création.

Le mensonge fondamental de la propriété intellectuelle.  Le droit d’auteur ne protège pas les générations futures, mais au contraire, il permet aux générations présentes de prendre en otage celles du futur (Extrait de « Tales from the Public Domain. »)

Sans revenu de base, pas de véritable domaine public ?

Si le domaine public, entendu comme bien commun de la connaissance, peut être considéré comme un fondement possible pour le revenu de base, on peut se demander si l’inverse n’est pas également vrai : l’instauration du revenu de base ne doit-elle pas être considérée comme la condition d’existence d’un véritable domaine public ?

Cette idée, a priori assez surprenante, a été récemment formulée par l’auteur et blogueur Thierry Crouzet, dans un billet intitulé : « Le revenu de base comme jardin d’Eden« . Dans ce texte, Thierry Crouzet interpelle différentes communautés  :  développeurs de logiciels libres, militants des biens communs, adeptes du crowdfunding, etc, pour essayer de leur faire prendre conscience qu’aucune modification en profondeur du système n’est possible, tant qu’un revenu de base n’est pas instauré.

Paradis. Lucas Cranach. Domaine public. Source : Wikimedia Commons.

 

Concernant le logiciel libre par exemple, il tient ces propos, assez décapants :

Sans monnaie libre reposant sur un revenu de base, il ne peut exister de logiciel réellement libre. Sans monnaie libre, les développeurs dépendent pour leur subsistance d’une monnaie privative telle que l’euro. Une économie du partage n’est possible que grâce à des monnaies équitablement partagées, et crées. La priorité de tous les développeurs devrait être de mettre au point la technologie ad hoc, plutôt que de perdre du temps à cloner des produits commerciaux.

Et il ne se montre pas plus tendre avec le crowdfunding par exemple :

Cette technique de financement par le don communautaire restera marginale. Elle profite avant tout aux créateurs de plateformes, qui ponctionnent les échanges, et qui dans leur plan marketing se pressent de mettre en évidence quelques success-stories. Mais une société ne repose pas que sur des stars. Son économie doit profiter à tous. Le crowdfounding n’a aucune chance de fonctionner à grande échelle dans un système monétaire reposant sur la rareté.

A la fin de son billet, il ajoute un passage, qui fait le lien avec le domaine public, en appelant ces différentes communautés à agir de concert :

Communiquer est le maître mot. Et il faut commencer, dès à présent, entre des acteurs de champs encore disjoints, mais qui n’engendreront des transformations profondes que les uns avec les autres. Pas de libre, de domaine public, de gestion sereine des biens communs, sans revenu de base et réciproquement. S’enfermer, refuser la transversalité, c’est encore une fois se condamner et faire le jeu des apôtres de la rareté.

A la première lecture, ce point de vue peut paraître difficilement compréhensible, car le domaine public semble exister indépendamment du revenu de base. Au bout d’une durée de principe de 70 ans après la mort de leur créateur, les oeuvres entrent automatiquement dans le domaine public, revenu de base ou pas.

Mais peut-on dire encore que le domaine public existe réellement aujourd’hui, autrement que comme un concept théorique ? Comme j’ai eu l’occasion si souvent de le déplorer, il est extrêmement difficile de trouver du domaine public « à l’état pur », réellement réutilisable sans restrictions, notamment sous forme numérique. L’essentiel des acteurs impliqués dans la numérisation du patrimoine, qu’ils soient privés comme Google ou publics, comme les musées, bibliothèques ou archives, profitent du passage sous forme numérique pour faire renaître des droits sur le domaine public, ce qui équivaut à une forme d’expropriation conduisant morceau par morceau au démantèlement de la notion.

Philippe Aigrain explique pourquoi ces comportements privateurs pervertissent complètement le sens de l’acte de numérisation :

Ce n’est que dans un univers totalement absurde qu’un simple transfert ou une capture numérique aboutirait à une résultat qui lui ne serait pas dans le domaine public. Le coût de la numérisation ou les précautions nécessaires n’y changent rien. Au contraire, c’est lorsqu’une œuvre a été numérisée que la notion de domaine public prend vraiment tout son sens, puisqu’elle peut alors être infiniment copiée et que l’accès ne fait qu’en augmenter la valeur. L’acte de numérisation d’une œuvre du domaine public est un acte qui crée des droits pour tout un chacun, pas un acte au nom duquel on pourrait nous en priver.

Même à la Bibliothèque numérique du Vatican.
Un gros filigrane en travers des manuscrits numérisés.
Copyright All Right Reserved… Tu ne voleras point…

 

Les seules structures qui respectent intrinsèquement l’intégrité du domaine public ne sont ni privées, ni publiques. Elles sont du côté des communautés attachées à la construction et au maintien de biens communs numériques. Il s’agit de projets portés par des organisations à but non lucratif, comme la fondation WikimediaInternet Archive ou le projet Gutenberg, qui s’attachent à diffuser la connaissance sans l’encapsuler sous de nouvelles couches de droits.

Or ces structures, si l’on observe bien leurs principes de fonctionnement, ne peuvent développer leur action que si des communautés d’individus décident de contribuer bénévolement à leurs projets, en y consacrant de  leur temps et de leurs compétences. Ces organisations restent donc dépendantes d’une économie de la contribution, qui ne pourra véritablement exploser que si les individus sont à même de consacrer leur temps libre aux causes qu’ils soutiennent. Et c’est ici que l’on retombe sur le revenu de base, car c’est sans doute la seule solution pour permettre à ces structures de passer à l’échelle en ce qui concerne la numérisation du domaine public. Pourtant la technologie permettrait sans doute déjà de décentraliser l’effort de numérisation au sein de petites unités, travaillant de manière collaborative, sur le modèle des FabLAbs ou des HackerSpaces.

En l’absence d’une telle réforme de grande ampleur, des organisations comme la fondation Wikimedia, Internet Archive ou le projet Gutenberg sont condamnées à n’avoir qu’une action à la marge, certes utile, mais insuffisante pour modifier le système en profondeur. Leurs moyens financiers restent tributaires des dons que les individus peuvent leur verser ou des dotations de grandes entreprises-mécènes, ce qui les maintient dans la dépendance du système global.

En ce qui concerne le domaine public, l’action de ces structures est bien entendu fondamentale, mais l’essentiel de l’effort de numérisation lui-même reste le fait des Etats ou s’opère de plus en plus dans le cadre de partenariats public-privé. Avec la crise financière que nous traversons, de moins en moins d’Etats seront enclins à consacrer des fonds à la numérisation de leur patrimoine. S’ils le font, ils chercheront à mettre en place des retours financiers, en portant atteinte à l’intégrité du domaine public. Et les partenariats public-privé conduiront également à un résultat désastreux, comme l’a bien montré l’exemple catastrophique de la BnF. Le secteur public, tout comme le privé, est imprégné d’une logique propriétaire, qui le transforme en un danger mortel pour le domaine public lorsqu’il oublie le sens de sa mission.

Pour sortir de la spirale actuelle, il faudrait que les actes de numérisation eux-mêmes puissent être pris en charge par des structures dédiées à la production de biens communs de la connaissance. Certains envisagent la mise en place de Partenariats Public-Communs pour remplacer les partenariats public-privé et il s’agit sans doute d’une idée féconde à creuser. Internet Archive prend déjà en charge une partie de la numérisation des oeuvres du domaine public, tout comme les communautés d’utilisateurs dans le cadre du projet Gutenberg ou de Wikisource transcrivent collaborativement les textes anciens. Mais les résultats atteints aujourd’hui correspondent seulement à une portion limitée, comparé à la masse des oeuvres du domaine public qu’il resterait à faire passer sous forme numérique.

Seul un passage à l’échelle de l’économie de la contribution permettrait à de tels partenariats Public-Communs d’émerger, mais on voit mal comment cela pourrait être possible sans l’avènement d’un revenu de base.

Domaine public et revenu de base : deux exemples de recoupements

Deux exemples récents semblent assez révélateurs des limites du système actuel et de la nécessité de coupler le combat pour la défense du domaine public à celui en faveur du revenu de base.

Le mois dernier, la fondation Internet Archive a par exemple annoncé qu’elle allait désormais rémunérer certains de ses employés en BitCoins et l’organisation a appelé à ce qu’on lui verse des dons dans cette monnaie alternative. Cette évolution est très intéressante, car elle montre comment une structure tournée vers la gestion d’un bien commun numérique peut tirer partie d’un système de monnaie  décentralisée comme Bitcoin.

 

 

Bitcoin constitue un dispositif de création monétaire en P2P qui montre qu’une monnaie peut émerger en dehors de l’action des Etats. Acceptée par WordPress et même par des marchands de pizzas,  elle peut être vue comme une brique intéressante pour bâtir une économie des biens communs.  Mais beaucoup d’observateurs, dont Stéphane Laborde et Stanislas Jourdan que j’ai déjà cités plus haut, mettent en garde contre le fait que le projet BitCoin possède beaucoup de défauts et n’est qu’une sorte de succédané à un revenu de base, qui ne peut être assis que sur une monnaie libre. Pour un acteur comme Internet Archive, BitCoin peut constituer temporairement un appoint en complément des dons classiques qu’il reçoit. Mais fondamentalement, une telle structure aurait bien plus intérêt à ce qu’un revenu de base soit instauré.

Un autre exemple tiré de l’actualité récente met en lumière également le lien entre le domaine public et le revenu de base. L’Open Knowledge Foundation a lancé en 2011 un  projet excellent intitulé The Public Domain Review. Il s’agit de favoriser la redécouverte de trésors du passé numérisés, par le biais d’articles de présentation. Cette démarche de médiation est cruciale pour faire en sorte de replacer les oeuvres du domaine public sous les feux de l’attention, en les réinjectant dans les flux et les réseaux. De ce point de vue, le travail accompli par The Public Domain Review est remarquable, mais il n’est bien sûr pas gratuit et l’initiative n’a pu se lancer que grâce au financement initial par une fondation.

Arrivé au bout de ce premier apport, The Public Domain Review est contraint de lancer un crowdfunding pour pouvoir continuer à exister. Le site a besoin de 20 000 dollars pour tenir jusqu’en 2014 et il fait appel à la générosité des internautes pour pouvoir rassembler cette somme. Sans doute, The Public Domain Review va-t-il réussir à atteindre cet objectif, mais comme le dit plus haut Thierry Crouzet, le crowdfunding n’est pas une solution miracle. Dans une société sans revenu de base, il ne peut avoir qu’un impact marginal, puisque les capacités de financement des individus restent toujours limitées par la rareté de la monnaie.

Le travail d’éditorialisation accompli par The Public Domain review est intéressant, mais il ne représente qu’une goutte d’eau par rapport à l’océan des oeuvres du domaine public qu’il faudrait mettre en valeur. Si le revenu de base existait, les individus disposeraient d’une marge de manoeuvre beaucoup plus grande pour financer de tels projets par le biais du crowdfunding ou pour y contribuer directement en donnant de leur temps. Sans cela, l’action n’est-t-elle pas condamnée à rester symbolique ?

Extension du domaine de la lutte

Cette réflexion sur les liens entre le revenu de base et le domaine public me paraît fondamentale.

Jusqu’à présent, je me suis battu pour le domaine public essentiellement sur un plan légal. J’ai proposé en ce sens une Loi pour le Domaine Public, qui aurait pour effet d’empêcher que des enclosures ne soient posées sur ce bien commun de la connaissance. Une telle réforme aurait à n’en pas douter un effet bénéfique de protection, mais il est clair que ce combat ne peut se limiter au seul terrain du droit et qu’il faut le croiser avec d’autres, pour qu’émergent les conditions de possibilités d’un passage à l’échelle de l’économie collaborative.

Récemment, j’ai participé à un atelier organisé par Hack Your Phd et Without Model autour du thème « Quel modèle économique pour une bibliothèque libre et ouverte ? ». L’exercice était intéressant, mais il a surtout montré deux choses. Si l’on veut que le résultat de la numérisation reste bien libre et ouvert, en respectant l’intégrité du domaine public, il faut que les Etats en assument le financement sans demander de contreparties, ce qui est problématique dans le contexte actuel. L’autre voie consiste à faire appel aux contributions volontaires, mais en l’état, elles paraissent insuffisantes au regard de la tâche immense à accomplir. La Bibliothèque libre et ouverte se heurte à une impasse.

Jusqu’à présent, je restai assez dubitatif concernant l’idée d’un revenu de base, car je pensais qu’il fallait nécessairement que ce soit les Etats qui le mettent en place, et les chances qu’un tel projet soit voté me paraissaient infimes. Une initiative citoyenne européenne en faveur du revenu de base a cependant été lancée en janvier 2012 et elle vient de recevoir le feu vert de la Commission européenne pour récolter un million de signatures.

Mais l’exemple de BitCoin prouve que les Etats peuvent en fait être contournés, par l’émergence d’une monnaie complètement décentralisée et créée entre pairs. Stéphane Laborde a lancé un projet nommé OpenUDC, qui permettrait de mettre en place un dividende universel sur la base d’une monnaie véritablement libre.

Pas de revenu de base sans domaine public, mais pas de domaine public sans revenu de base. C’est la conclusion à laquelle j’arrive et il est sans doute temps d’étendre le domaine de la lutte…

 

>>> Source sur : http://scinfolex.com/2013/03/09/du-domaine-public-comme-fondement-du-revenu-de-base-et-reciproquement/

>>> Licence : CC0 (Domaine Public)

Le domaine public des semences : un trésor menacé

Le domaine public des semences : un trésor menacé

 

Il existe une dimension du domaine public dont je n’avais pas encore clairement pris conscience avant de lire cet excellent article de Shabnam Anvar, consacré à la question des « semences libres ». J’avais déjà écrit un billet, il y a quelques temps, à propos d’un projet visant à créer une licence Open Source sous laquelle placer des graines, afin de les rendre réutilisables à la manière des logiciels libres.

Seed Freedom. Commons Fest. CC-BY-SA.

Mais il existe aussi un domaine public des semences, de la même manière que les oeuvres de l’esprit que sont les livres, la musique ou les films, peuvent finir par entrer dans le domaine public à l’issue de la période de protection du droit d’auteur. Vous allez me répondre que cela paraît paradoxal, dans la mesure où l’on peut difficilement concevoir que quelqu’un soit « l’auteur » d’une graine. Mais le problème vient en réalité d’autre part, car il existe des titres de propriété intellectuelle, brevet (notamment pour les OGM, façon Monsanto) ou certificat d’obtention végétale (COV), qui peuvent porter sur des végétaux et conditionner l’usage des semences.

Or comme c’est le cas pour tous les titres de propriété intellectuelle, le COV est limité dans le temps, ce qui fait que les variétés végétales passent dans le domaine public, une fois le délai de protection écoulé. C’est ce qu’explique très bien l’article auquel je faisais référence plus haut :

Il existe un système de droit d’obtention végétal sur les variétés végétales en France depuis 1970. Un droit de propriété intellectuelle est toujours limité dans le temps (aujourd’hui de 25 et 30 ans pour une variété végétale). Il existe donc automatiquement le domaine public. Une fois le délai  écoulé les variétés « tombent » dans le domaine public. Elles ne tombent pas dans l’oubli ; elles deviennent libres d’utilisation… en principe.

La vidéo ci-dessous « Le droit de semer », produite dans le cadre du projet Open Solutions conduit lui aussi par Shabnam Anvar, permet de comprendre les enjeux fondamentaux qui sont liés à l’existence de ce domaine public des semences. Vous vous rendrez compte par exemple que la principale différence entre les pommes de terre de variété Charlotte ou celles de variété Amandine est d’ordre… juridique ! Les premières appartiennent au domaine public, alors que les secondes sont protégées par la propriété intellectuelle.

Mais il y a une différence majeure entre le domaine public de la Culture, celui des oeuvres de l’esprit, et ce domaine public de la Nature, lié aux semences et aux variétés végétales. En effet, théoriquement, l’usage des oeuvres, une fois qu’elles sont entrées dans le domaine public est libre, dans le sens où il n’est plus nécessaire de demander d’autorisation, ni de payer les titulaires de droits pour les réutiliser, même à des fins commerciales. Bien sûr, il existe des pratiques de copyfraud ou des tentatives de réappropriation du domaine public, que je dénonce souvent dans S.I.Lex, mais au moins, le principe de la libre réutilisation est encore la règle dans la loi. Ce n’est plus le cas pour les semences appartenant au domaine public. En effet, la réglementation européenne a imposé des conditions de mise en marché, qui font que l’usage des semences du domaine public n’est plus libre :

A la différence des livres et des logiciels, les semences sont un marché soumis à autorisation de mise sur le marché (AMM), comme les médicaments. Les variétés doivent satisfaire des critères pour être commercialisables et être « inscrites au Catalogue officiel » ; mêmes les variétés du domaine public (nb : avant 1960, ce n’était pas le cas ; seules les variétés nouvelles devaient obtenir une AMM).

L’enjeu : une variété ne peut être commercialisée « à titre gratuit ou onéreux » que si elle est inscrite dans un Catalogue officiel. C’est une barrière importante à l’utilisation du domaine public : sachant qu’il y a un coût d’inscription et de maintien au Catalogue, aucune personne privée n’a un intérêt financier à obtenir l’AMM pour une variété qui peut être commercialisée par tous.

Alors que les semences du domaine public devraient constituer un bien commun, on se trouve ici en présence d’une enclosure qui a été reconstituée par la règlementation, avec pour conséquence de favoriser certains gros acteurs commerciaux, au détriment de ceux qui maintiennent les variétés paysannes et les semences traditionnelles, dans le but de préserver la bio-diversité.

L’infographie ci-dessous montre que si le domaine public a encore un sens pour les semences, il a été « neutralisé » en ce qui concerne l’usage commerciale des graines. Et même les pratiques d’échanges ou de partage de graines sont menacées, tout comme la culture privée de plantes issues de variétés non-enregistrées pourrait l’être à terme.

Pour réagir contre cette dérive très inquiétante de la propriété intellectuelle, l’article de Shabnam propose des pistes de solutions, qui sont à la portée des citoyens. Il est possible par exemple dans nos achats de privilégier les variétés qui appartiennent au domaine public (une première liste est proposée ici – l’idéal serait de pouvoir disposer d’une application sur smartphone !). On peut également acheter des semences du domaine public pour les planter dans nos jardins et encourager les agriculteurs et les biocoops à privilégier ces variétés.

Une autre façon d’agir consiste à se mobiliser pour faire changer la réglementation européenne afin qu’elle reconnaisse et respecte le domaine public des semences. Une campagne « Seed Freedom » a été lancée à ce sujet, et vous pouvez signer la pétition dont je reproduis ci-dessous un passage, faisant le lien avec la notion de biens communs :

La pétition Seed Freedom à signer.

Seeds are a common good. They are a gift of nature and the result of centuries of hard work of farmers around the planet who have selected, conserved and bred seeds. They are the source of life and the first link in our food chain.
This common good is in danger. European legislation has been increasingly restricting access to seeds in the past decades, with industrial agriculture becoming the dominant model of farming. Only seed varieties which fit this model may be marketed in the EU.

A noter également que le 14 octobre 2013, dans le cadre du festival Villes en biens communs, a eu lieu à la BPI un débat « Biens communs : de la nature à la connaissance« , où ces enjeux ont été abordés.

***

Ce qui s’est passé avec le domaine public des semences pourrait également un jour survenir avec le domaine public de la Culture, si les propositions d’instauration d’un « domaine public payant » devaient un jour se concrétiser… La tragédie des Communs serait alors totale.

 

 

>>> Source sur : http://scinfolex.com/2013/10/05/le-domaine-public-des-semences-un-tresor-menace/

>>> Licence : CC0 (Domaine Public)

ADDITIF : Sur un sujet lié, vous trouverez ci-après une vidéo très intéressante concernant les semences : http://www.youtube.com/watch?v=J_IfWl3MiGA : Bon visionnage.

A quand une commission Internet à l’Assemblée Nationale ?

A quand une commission Internet à l’Assemblée Nationale ?

Secrétaire général de l’Hadopi et fin connaisseur des arcanes politiques (il fut conseiller de Nicolas Sarkozy en 2007), Eric Walter milite pour la création d’une commission permanente chargée d’Internet à l’Assemblée Nationale, en contre-poids des lobbys traditionnels qui disposent tous de leurs commissions spécialisées.

Voici une idée à la fois très simple et très ambitieuse, qui pourrait considérablement faire évoluer la façon dont les lois impactant Internet sont adoptées en France. Très bien placé pour connaître le poids des lobbys dans les processus législatifs, le secrétaire général de la Hadopi Eric Walter (actuellement en congés maladie) a publié dans Rue89 une tribune dans laquelle il défend l’idée de créer au Parlement une commission permanente dédiée à Internet.

Celle-ci serait beaucoup plus transversale que le très économique ministère de l’économie numérique, aujourd’hui dilué dans un ministère délégué aux PME, à l’Innovation et à l’Economie Numérique, incarné par Fleur Pellerin. Et la commission Internet serait aussi bien plus audible et indépendante que que le très imparfait Conseil National du Numérique (CNNum), dont les membres ne sont pas élus mais désignés par le Gouvernement lui-même (ce qui se voit dans son silence sur le dossier Hadopi / CSA).

Actuellement, l’Assemblée Nationale connaît huit commissions permanentes, qui sont saisies des projets et propositions de lois qui les concernent, mais qui disposent également du pouvoir de s’auto-saisir des textes qu’elles voient passer (le Sénat dispose des mêmes commissions, dont la dénomination peut changer, et n’a qu’une seule commission commune pour la Défense et les Affaires Etrangères ) :

  • Commission des Affaires culturelles et de l’éducation
  • Commission des Affaires économiques
  • Commission des Affaires étrangères
  • Commission des Affaires sociales
  • Commission de la Défense nationale et des forces armées
  • Commission du Développement durable et de l’aménagement du territoire
  • Commission des Finances
  • Commission des Lois

Toutes ces commissions, peuplées par les députés et sénateurs qui choisissent d’y siéger, disposent d’un pouvoir considérable sur l’élaboration de la loi, puisque ce sont elles qui évaluent l’opportunité des projets de loi, qui élaborent le texte présenté devant tous les parlementaires en séance plénière, et qui livrent leur avis sur les amendements déposés. Leur spécialisation faisant acte d’autorité, le point de vue des commissions est généralement respecté lors de l’examen en hémicycle des projets et propositions de loi.

Gouverner avec Internet

Mais il n’existe aujourd’hui aucune commission spécialisée pour Internet, qui est pourtant présent dans un nombre croissant de textes, touchant à divers pans de la société : Sécurité Intérieure avec les textes visant la lutte contre le terrorisme, Consommation avec les lois sur le e-commerce, Santé avec la prescription médicale ou la délivrance de médicaments à distance, Culture avec les lois Hadopi & co, Défense avec les dispositifs de cyberdéfense, Education avec les textes sur le e-learning ou le service d’éducation nationale numérique, etc., etc.

Or, « si l’on écrivait aujourd’hui un « code d’Internet » par la simple compilation de ces mesures, il y a fort à parier qu’il serait incompréhensible, parfois contradictoire, souvent incohérent dans la gradation des délits, des sanctions associées et de leur mode d’application et, surtout, dans ses effets sur le réseau« , constate Eric Walter.

Mais surtout, en proposant de créer une commission spécialisée capable de se saisir de tout texte touchant à Internet, l’ancien conseiller numérique de Nicolas Sarkozy (campagne 2007) et actuel secrétaire général de l’Hadopi souhaite « protéger Internet contre l’inflation d’initiatives sectorielles portant des remèdes pires que le mal qu’elles cherchent à combattre« . Eric Walter sait de quoi il parle.

« Une telle commission serait le lieu où l’on pense la loi en fonction d’Internet et non de ses effets sectoriels ou conjoncturels. En quelque sorte, elle serait la parole du réseau et la garante de ses intérêts (…) En 2013, il ne s’agit pas de gouverner Internet, ce qui est d’ailleurs une illusion, il s’agit de gouverner avec Internet. »

Malheureusement, la proposition est à la fois très simple et très complexe, puisqu’elle exigerait de réviser la Constitution qui n’autorise que huit commissions permanentes dans chaque chambre du Parlement. Et politiquement, donner du poids à un « lobby internet » est un risque qu’aucun Gouvernement n’est probablement prêt à prendre.

>>> Source sur : http://www.numerama.com/magazine/27116-a-quand-une-commission-internet-a-l-assemblee-nationale.html

Les MOOC, cours en ligne ouverts et massifs, une révolution pour l’éducation ?

Les MOOC, cours en ligne ouverts et massifs, une révolution pour l’éducation ?

Nous y sommes enfin. Ou presque. L’éducation libre, ouverte, gratuite, interactive, partagée.

En réalité, tout est déjà prêt depuis de nombreuses années, mais l’idée semble avoir furieusement envie de se généraliser, et elle va même débarquer en France, pays où le sujet de conversation principal concernant l’enseignement semble être l’épineuse mais sans doute futile question des horaires de classe.

Tu risques de beaucoup entendre parler d’un nouvel acronyme certes un peu barbare : les MOOC (prononcé « mouc »), ou Massive Open Online Course, soit en français cours en ligne ouverts et massifs.

Des cours dispensés en ligne, même par les plus prestigieuses universités, suivis parfois par des centaines de milliers de personnes au même moment partout à travers le monde, et surtout… entièrement libres et gratuits.

Nous le savons déjà, une bonne partie de la connaissance humaine est disponible sur notre bel Internet. Encore faut-il la trouver sous une forme digérable par le commun des mortels. Avoue que ce n’est pas toujours simple.

Quelques internautes ambitieux se sont pourtant donnés pour objectif de faciliter le travail de leurs congénères. Je me souviens des débuts d’un petit site monté par deux (très) jeunes entrepreneurs français, qui expliquait comment coder et mettre en ligne un site web de A à Z, avec des mots simples, des exemples drôles, et une communauté sympathique gravitant autour.

J’ai avalé des pages et des pages de ces cours, n’ayant jamais l’impression d’une quelconque contrainte, et les modestes compétences que je possède aujourd’hui qui me permettent de bricoler sur Internet me viennent toutes de ce genre de site.

Il s’appelait le Site du Zéro, et il n’a pas cessé de grandir, touchant à des thématiques de plus en plus variées, sortant même du web pour proposer ses propres ouvrages en bon vieux papier.

Comme un signe de la mutation éducative qui est en train de se produire, le site vient de changer de nom récemment, pour OpenClassrooms, démontrant ses ambitions de toucher un public encore plus large que les simples débutants, de se lancer sérieusement à l’échelle internationale, et de montrer sa dimension communautaire.

(…)

Une révolution pour l’éducation ?

Certains semblent en tout cas en être persuadés.

J’ai trouvé chez le grand Jérôme Choain (aka JCFrogune vidéo de Christine Vaufrey, à l’origine du premier MOOC français, ITYPA (acronyme de « Internet, Tout Y est Pour Apprendre »)

Je t’invite à visionner la vidéo (…)

Que les professeurs qui se démènent pour leurs élèves ne s’inquiètent pas trop, il ne s’agit pas de remettre en cause leurs compétences et leurs savoir-faire . Mais au contraire de leur donner les moyens de toucher une cible plus large, plus motivée, plus intéressée, de favoriser les interactions entre leurs élèves.

Un programme sacrément ambitieux.

>>> Source & plus d’infos  sur : http://coreight.com/content/mooc-education-revolution

Après l’effort, le réconfort

Après l’effort, le réconfort

Nous ne devons pas avoir peur que l’automatisation nous prenne nos emplois, mais nous en réjouir. Si l’emploi disparaît, nous pourrons nous occuper de choses plus importantes: le travail choisi et du vrai temps libre !

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Les emplois ne disparaissent pas : plus de personnes sont employées qu’elles ne l’ont jamais été au cours de l’histoire. Mais la nature des emplois se modifie, et de nombreuses catégories d’emploi se délocalisent des pays riches vers les pays plus pauvres. Parmi les emplois disponibles, de plus en plus paient de moins en moins, de plus en plus sont précaires ou ne mènent nulle part, sur le plan professionnel, ceux qui les occupent.

La crise de l’emploi en Europe n’est pas liée à l’automatisation : si les progrès technologiques, dont l’automatisation, ont délocalisé certains emplois, d’autres ont également été créé. La crise est davantage la conséquence d’une transformation de l’économie mondiale.

Quand les néolibéraux ont mis la main sur l’orientation des politiques économiques et sociales, dans les années 1980, les politiques libérales ont ouvert un marché mondialisé. Presque du jour au lendemain, l’offre mondiale d’emploi a été multipliée par trois et plus d’un million de travailleurs chinois, indiens et autres sont rentrés en compétition avec les Européens et autres ressortissants des pays riches.

Au fur et à mesure que l’Europe assouplissait son marché du travail, et du même coup le rendait moins protecteur pour les nouvelles masses précaires, elle entraînait une pression à la baisse sur les salaires, les avantages salariaux des entreprises et les recettes publiques financées par le travail. Les gouvernements savaient que la libéralisation de l’économie creuserait les inégalités et aggraverait l’insécurité économique de millions d’actifs. Ils étaient face à deux voies possibles.

Ils auraient pû décider que ceux qui reçoivent un revenu du capital, issu des profits et des marchés financiers, qui sont les principaux bénéficiaires de la libéralisation, partageraient les recettes avec le reste de la société, ce qui aurait endigué l’émergence d’une plutocratie de milliardaires. Mais les gouvernements ont opté pour la signature d’un pari à la Faust avec leurs citoyens. Pour maquiller les revenu fléchissants, ils ont financé une orgie consumériste à coup de prêts à la consommation et crédits bon marché, de plans de soutien à l’emploi et de crédits d’impôts. Mais en 2008, la fête a pris fin, comme il se doit lorsque l’on signe un pacte avec le diable.

La suite de l’histoire ? La contestation sociale

Depuis , tous les pays nouvellement entrés dans l’ère de l’austérité ont effectué des coupes budgétaires à mettre votre voisin à la rue, coupant dans les salaires, les allocations et les protections sociales, chaque pays essayant d’être plus compétitif que les autres.

Pendant ce temps une grande convergence voit le jour, entre les marchés du travail des économies émergentes, où les salaires et revenus de solidarité augmentent, et les pays riches où le déclin des acquis sociaux s’accélère. Le salaire réel moyen en Europe, au japon et en Amérique du Nord ne reverra pas un niveau ne serait-ce que similaire à leur apogée. La situation de certains travailleurs va s’améliorer, mais le revenu moyen de la majorité va baisser.

pauvreteCette catégorie grandissante, le précariat, doit faire face à un avenir où les emplois ne rapporteront qu’un maigre salaire tandis que la rente du capital rapportera de plus en plus à ceux qui en possèdent. Et si les systèmes de sécurité sociale au sens large (mutuelles, avantages des comités d’entreprise, allocations d’État conditionnées au revenu), s’enfoncent dans leurs erreurs du XXième siecle, le précariat va se trouver confronté à une insécurité économique croissante. L’indignation s’étend, et des troubles sociaux vont suivres.

Il existe une alternative, cependant il faudra nous battre et admettre que la plupart d’entre nous risque de rejoindre le précariat ou de voir des proches ou des amis y tomber. Il faut refonder la protection sociale sur le principe que chacun a droit à une sécurité économique minimale, c’est-à-dire un revenu de base inconditionnel qui permette de survivre dignement. Il existe trois objections courantes à cette proposition.

Certains disent qu’on ne peut pas le financer ; c’est faux. On offre d’énormes subventions aux corporations, à la classe moyenne supérieure et à des groupes de pression, ce qui coûte bien plus cher que d’offrir à tous un revenu de base mensuel. De plus, après le crash financier, les États ont offert des milliards pour sauver les banques, permettant aux banquiers de reprendre leur mode de vie et d’activité dépensier. Ils auraient pu plutôt octroyer à leurs citoyens un revenu mensuel modeste, ce qui aurait réveillé la croissance bien plus efficacement.

L’évolution vers un revenu de base devrait également s’accompagner de la création de fonds souverains sous contrôle démocratique, comme le Alaska Permanent Fund ou le Norwegian Fund. Les économies industrialisées deviennent des économies de rente (une grande partie de leurs revenus viennent de l’étranger), il faut donc un mécanisme pour rassembler certains des revenus du capital et des multinationales qui profitent des ressources rares dont elles ont le contrôle.

Moins de travail, plus de loisirs

Certains détracteurs du revenu de base disent qu’il offrirait aux gens “quelque chose pour rien”. C’est de l’hypocrisie : les riches reçoivent quelque chose pour rien chaque fois qu’ils héritent. Beaucoup de gens ont construit leur succès, non par leurs compétences extraordinaires, mais parce que les politiques mises en place successivement ont offert des récompenses astronomiques pour certains types de compétences.

Il existe aussi une réponse éthique à cette objection, provenant des réflexions de Thomas Paine. La richesse de la société dépend bien plus des contributions apportées par nos ancêtres que de ce que nous faisons nous-mêmes, mais l’on ne peut pas dire quels sont les ancêtres qui ont contribué en quoi : mes ancêtres ou ceux de mon voisin ? En tant qu’héritiers, il serait juste que nous recevions tous une part des bénéfices de leur investissement collectif : une sorte de dividende socialisé.

Des critiques disent qu’un revenu de base favoriserait la paresse. C’est une insulte à l’Humanité : presque tout le monde veut s’améliorer et ne se contenterait pas d’un revenu de base, et s’il y avait quelques oisifs, cela ne ferait rien. En effet cela coûterait plus de les identifier et de les forcer à travailler que de les laisser vivre.

Des psychologues ont montré que ceux et celles qui jouissent d’une sécurité de base sont plus altruistes, plus tolérants et plus productifs.

Un revenu de base nous permettrait de voir venir, ce que nous ne pouvons faire aujourd’hui. Il nous permettrait de donner plus d’importance et de respect au travail reproductif, qui pâtit aujourd’hui de la recherche d’emplois rémunérés. Aristote arguait que pour être civilisés, nous avons besoin d’aergia, de paresse, pour réfléchir, délibérer et prendre part à la vie politique. Nous avons également besoin de plus de temps pour nous occuper des autres, de notre communauté et de notre environnement.

Donc en deux mots : moins de travail, plus d’activité choisie et plus de vrai temps libre ! Le revenu de base permettrait d’accomplir ces objectifs.

Guy Standing


>>> Tribune de Guy Standing publiée en anglais sur The European Magazine.

>>> Crédit images: PaternitéPartage selon les Conditions Initiales liber(the poet) ; PaternitéPas d'utilisation commercialePartage selon les Conditions Initiales yXeLLe ~@rtBrut~

>>> Traduction de l’anglais par Noélie Buisson-Descombes

>>> Source sur : http://revenudebase.info/2013/09/moins-de-travail-plus-de-temps-libre/

Le revenu de base, une solution pour les retraites

Le revenu de base, une solution pour les retraites

Le débat sur la réforme des retraites révèle un nouvelles fois les limites du fonctionnement actuel de l’état providence en France, et la nécessité de réfléchir au revenu de base.

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L’actuelle réforme des retraites suscite des oppositions et des interrogations sur son bien fondé. Est-ce que cette réforme ne va pas amplifier les problèmes au lieu de les résoudre ? Dans un contexte où l’économie est en panne de croissance, ne vaut-il pas mieux s’orienter vers une formule qui propose un changement fondamental de la société ? En s’appuyant sur l’aspect qualitatif des potentiels humains plutôt que de continuer dans des mesurettes anxiogènes qui créent de la pauvreté et de la précarité ?

Est-ce que ça ne serait pas judicieux de profiter des crises structurelles de l’économie pour mettre en place cette mesure ?

Actuellement, nous nous trouvons dans une double problématique contradictoire : Nous avons à la fois de plus en plus de mal à financer les retraites mais aussi à accéder à un plein emploi. Ce qui provoque un paradoxe.

La solution actuelle au problème des retraites est à la fois l’allonger le temps de cotisation mais aussi de retarder le départ de la vie active. On est ainsi passé de moins de 37 ans de cotisation à plus de 43 ans (réforme en cours). Et de 60 à 67 ans pour ceux qui n’auront pas pu cotiser pleinement.

Nous aurons donc de plus en plus de seniors sur le marché du travail tout en sachant que c’est la tranche d’âge la plus fragile et la plus sujette au chômage. En gros, nous avons de la difficulté avec l’emploi des plus de 50 ans et nous allons en rajouter avec les plus de 60 ans.

Un taux de 1,5% minimum par an de croissance économique est nécessaire pour absorber les travailleurs victimes des gains de productivités créés par les entreprises grâce à l’automatisation et à l’optimisation des tâches. Ce taux est désormais inatteignable. Les plus optimistes parient sur une croissance de 0,7% pour les 20 prochaines années. Il faudrait en plus que l’économie absorbe tout une classe d’âge entre 60 et 67 ans ?!?

Double peine pour les précaires

Tout en sachant que si ils ne travaillent pas, ils ne cotisent pas. Ce qui ne va donc pas arranger la situations des caisses de retraites, mais va créer pour les intéressés une double peine : une précarité qui va s’ajouter à leur précarité. En effet, puisque ne cotisant pas ou peu, ils partiront plus tard à la retraite, souvent avec un revenu minimum, ce qui créera une nouvelle classe de pauvre : les seniors. Les inégalités s’accentueront.

Dans le schéma du travail salarié n’est pas pris en compte l’activité bénévole, sous médiatisée et dévalorisée. Pourtant de nombreuses activités bénévoles sont utiles, voire indispensables au bon fonctionnement de notre société. Mais dans le même temps, de nombreuses activités salariés ne sont pas utiles à la société comme le relève l’anthropologue David Graeber dans son article sur les « bullshit jobs » dont nous avons publié une traduction sur ce site.

Les retraités en bonne santé se sont littéralement engouffrés dans l’associatif et le bénévolat. Beaucoup de personnes commencent ainsi leur « véritable vie » d’après leur dire, à partir de la retraite car leurs revenus ne sont plus indexés à leurs activités. Les retraités actifs sont devenus une véritable force vive de la société.

Une autre voie que celle de créer un appauvrissement de l’activité par l’allongement des cotisations et le recul des départs à la retraite est possible : C’est le revenu universel de base.

La mise en place de ce revenu permettrait à la fois de résoudre le problème des retraites par un revenu moins cher à financer et plus égalitaire, mais aussi de résoudre le plein emploi qui coute chaque année à l’état des dizaines de milliards d’euro sans améliorer les conditions de vie en général.

La mise en place du revenu de base permettrait aussi de supprimer le clivage inter-générationnel entre actifs et retraités. Il permettrait ainsi de redistribuer activité et revenu de manière plus équitable en prenant compte la préservation des écosystèmes et l’amélioration du cadre de vie.

Les modalités de financement du revenu de base sont multiples. Elles ont été étudiées par différents économistes de droite comme de gauche. La campagne actuelle pour l’initiative citoyenne européenne pour le revenu de base est donc aussi l’occasion pour les citoyens d’amener une solution aux financement retraites.


>>> >>> Article initialement publié sur AgoraVox | Crédit photo: Paternité Stan Jourdan

>>> Source sur : http://revenudebase.info/2013/09/revenu-de-base-une-solution-pour-les-retraites/

 

 

Pourquoi vous êtes, sans le savoir, favorable au revenu de base

Pourquoi vous êtes, sans le savoir, favorable au revenu de base

Pourquoi vous êtes, sans le savoir, favorable au revenu de base

Pensez-vous qu’il soit acceptable de laisser un humain mourir de faim ? À l’heure où l’humanité produit plus de richesses que jamais, je suis convaincu que la société se doit d’être solidaire avec ceux qui sont dans la difficulté. Le degré d’aide que la communauté doit apporter à ses déshérités varie certainement selon votre opinion politique ou philosophique mais nous pouvons certainement nous entendre sur un socle commun. Un minimum auquel chaque être humain doit avoir droit, quelles que soient les difficultés auxquelles il est confronté : de la nourriture, un logement, des vêtements. J’entends les geeks du fond crier « Et un accès Internet ».

Dans le pays où je vis, cette solidarité existe principalement sous la forme du chômage. Il est en effet considéré comme acquis que le seul moyen de subvenir à son existence est de travailler. Ceux qui ne travaillent pas n’ont pas de salaire et l’état leur fournit un remplacement, du moins s’ils prouvent qu’ils aimeraient travailler.

Le problème du chômage

Le chômage pose un problème fondamental qui est emblématique de notre société. Imaginons une personne qui, dans sa situation, peut obtenir un chômage de 1000 €. Cette même personne trouve un travail qui lui permet de gagner 1500 € par mois. Pour le travailleur, la différence entre le travail et le chômage est donc de 500 €. En vérité, elle n’est donc pas payée 1500 € mais bien 500 €. C’est en tout cas sa perception.

De l’autre, nous avons l’entreprise qui emploie cette personne. Afin de payer 1500 € par mois à l’employé, elle doit verser un salaire brut de 2500 €. Sans compter les lois sociales, les charges patronales, les assurances. Au total, l’entreprise paie donc 4000 €. Comme l’employé coûte également au quotidien (remboursements de frais, café, chauffage, électricité, eau), l’entreprise ne l’emploie que si son travail rapporte au moins 5000 € par mois.

Je simplifie mais l’échelle de grandeur est plus ou moins exacte : l’employé va produire 5000 € de travail mais n’en verra que… 500€ ! Si l’employé désire travailler à temps partiel, par exemple pour se consacrer à sa famille, il risque de toucher moins que le chômage à temps plein (situation réelle que je tiens de première main). Pour le patron, c’est encore pire vu que pour obtenir de l’employé la moitié du travail, il va devoir payer près de deux tiers d’un salaire normal. Ce n’est pas étonnant que le temps partiel soit si peu répandu !

Au total, l’employé et l’entreprise sont tous deux perdants. Mais qui est le gagnant ? Le gagnant est tout simplement l’État qui grossit et qui consomme une énorme quantité d’argent pour… mettre en place des administrations afin de vérifier qu’une personne a bien remplit les quinze formulaires qui prouvent qu’elle bénéficie du chômage. Une administration où l’on emploie des milliers de personnes pour tenter de faire trouver du travail à quelques autres. En désespoir de cause, on proposera aux chômeurs qui ne trouvent rien depuis des années de… devenir formateurs dans la recherche d’emploi auprès des autres chômeurs (situation réelle que je tiens de première main).

Le chômage remplit-il ses objectifs ?

Bref, une solution loin d’être idéale mais peut-être est-elle au moins efficace ? Pas vraiment… L’administration est tellement complexe que certaines personnes dans des situations précaires se voient exclure du chômage. D’autres s’en sortent tellement bien dans les rouages qu’ils touchent l’argent et vont vivre confortablement une partie du temps dans un pays où la vie est moins chère tout en respectant scrupuleusement la loi et les règles (situation réelle que je tiens de première main).

Les chômeurs sont donc stigmatisés en « profiteurs ». Comment pourrait-il en être autrement, ils gagnent à peine moins qu’un employé de supermarché qui travaille neuf à dix heures par jour et rentre chez lui exténué ?

Or le travail se fait rare. Pourquoi devrait-on en créer ? N’est-ce pas un succès de l’humanité que d’arriver à diminuer le travail ? Le chômage pousse à la création d’un travail artificiel, il encourage le creusage/rebouchage de trous, il permet à certains de jouer avec le système et exclut définitivement certains nécessiteux. Pire, pour certains travailleurs le chômage décourage d’entreprendre le moindre travail vu que travailler ne fait pas toujours gagner plus. Pire, il peut vous faire perdre vos allocations. Le postulat de départ d’être un outil pour fournir à chaque citoyen le minimum vital semble donc loin d’être atteint.

Simplifions le tout

Vous vous doutez bien que si je dénonce cette situation, c’est que j’ai une solution. Reprenons le problème initial : fournir à chaque citoyen le minimum vital. Eh bien voilà ! Elle est là la solution ! Il suffit de fournir à chaque citoyen un revenu minimal auquel il a droit quelle que soit sa situation. N’est-ce pas merveilleusement simple et élégant ?

Ce principe s’appelle le revenu de base ou revenu inconditionnel. Il est étudié et même recommandé par de nombreux économistes depuis des décennies. Il a l’immense mérite de simplifier notre vision de la société et de l’économie. Si, par exemple, le revenu de base est de 1000 € par mois, votre patron vous proposera un salaire de 500 € pour que vous ayez un total de 1500 €. Plus d’inégalités, plus de stigmatisation entre travailleurs et chômeurs. C’est également un grand promoteur du travail à temps partiel. Un mi-temps ? 250 € au lieu de 500 €, c’est parfaitement honnête, logique et compréhensible par tous.

Oui mais…

Je sais que l’idée fait peur. Après tout, elle chamboule des fondamentaux de notre société et notre éducation. Elle fait descendre le dieu travail de son piédestal.

Le coût, tout d’abord, semble très important pour l’État. Mais plusieurs simulations montrent que la simplification qui s’ensuivrait serait, au contraire, bénéfique (liens bienvenus). Imaginez en effet le nombre de primes, d’aides diverses, de revenus artificiels qui peuvent être supprimés si l’on postule un revenu de base ! Tout cela va de pair avec la réduction administrative. Beaucoup semblent également craindre l’arrêt total de l’économie car plus personne ne voudrait travailler.

Là, je vous arrête : le revenu de base est, comme son nom l’indique, une base. Demandez autour de vous qui serait prêt à arrêter de travailler et ne gagner qu’un revenu de base, c’est loin d’être la majorité. La diminution conséquente des salaires entrainera également les entreprises à embaucher plus facilement. Bref, cela relance notre économie.

Au final

Vous n’êtes toujours pas convaincu ? Réfléchissez sur le principe fondamental, imaginons que vous arriviez à mettre en place un chômage idéal qui n’exclut personne sauf les profiteurs qui n’en ont pas besoin. Cela parait utopique mais admettons.

Vous savez quoi ? Vous venez en fait de mettre en place l’équivalent d’un revenu de base. Un système ou tout le monde touche le minimum vital quoi qu’il arrive. Tout ce qu’on peut reprocher au revenu de base est, en fait, intrinsèque à tout système solidaire avec les plus nécessiteux.

Sauf que votre système est infiniment plus compliqué et plus coûteux. Il demande de mettre au travail une armée de personne (les fonctionnaires) qui sont payées par les impôts prélevés sur les salaires. Cela engendre donc un fort sentiment d’injustice auprès des travailleurs et cela plombe l’économie  à cause des charges salariales.

Le chômage, ou tout système de solidarité est, quand on y pense, une variation plus ou moins complexe autour du revenu de base. Si, comme moi, vous pensez qu’un être humain devrait avoir un toit et de quoi manger, vous êtes sans le savoir en faveur du revenu de base.

Il ne nous reste plus qu’à convaincre nos représentants.

Si vous êtes citoyen européen, prenez quelques secondes pour signer, c’est important et cela obligera le Parlement européen à débattre du revenu de base. Un million de signatures sont nécessaires et on est encore loin du compte. Faites suivre à vos amis, vos connaissances, sur les réseau sociaux. Par votre signature, vous ne vous engagez pas à soutenir le revenu de base : vous demandez juste à ce qu’il soit à l’ordre du jour du parlement européen. Même si cela vous parait utopique ou irréaliste, l’important est d’ouvrir le débat et d’élargir le champ des possibles.

>>> Photo par B.C. Ministry of Transportation and Infrastructure

>>> Source sur : http://ploum.net/pourquoi-vous-etes-sans-le-savoir-favorable-au-revenu-de-base/

Le Revenu de Base : convergence vers une unité monétaire libre

Revenu de Base : convergence

Un système monétaire basé sur un RdB fait converger les différences économiques sans besoin d’établir une course fiscale entre un lièvre et une tortue. Démonstration en vidéo :

Une unité monétaire libre : le Revenu de Base

Suite à la vidéo précédente qui expliquait quantitativement le phénomène de convergence, nous abordons dans cette nouvelle vidéo l’approche relativiste complète qui consiste à changer d’unité monétaire pour passer à l’unité relativiste : le Revenu de Base.

On peut noter cette unité monétaire RdB, mais si on veut faire référence à une masse monétaire précise, et donc aussi aux citoyens concernés par leur monnaie commune, je propose de la noter sous la forme suivante : B suivi du nom de la monnaie positionnée en indice.

 

Revenu de Base : le quantitatif et le relatif

Pour conclure sur les notions de convergence et d’unité monétaire libre vues dans les posts précédents, une vidéo qui reprend rapidement les concepts abordés en établissant la simple différence de référentiel entre le quantitatif et le relatif, et l’enrichit d’un exemple comportant un échange économique monétisé, où l’on découvre visuellement la parfaite symétrie temporelle entre les acteurs d’une monnaie libre.

On y comprend tout aussi aisément que sans rien prendre à personne, et bien que le crédit soit immuablement alloué à tout homme présent ou futur, que l’on obtient qu’il n’y a aucune inflation possible en comptabilité relative.

Clic droit pour télécharger la vidéo

Enfin, en téléchargement, le fichier Libre Office calc ayant été utilisé pour réaliser cette vidéo, afin que vous puissiez l’utiliser pour travailler le sujet.

>>> Sources & plus d’infos :