Revenu de base : Revenu primaire ? pour quel montant ?

Le revenu de base est-il un revenu de solidarité ou un revenu primaire ?

Les prestations comme le RSA sont souvent comprises comme des revenus de solidarité destinés aux plus pauvres. Mais le revenu de base que nous appelons de nos vœux est-il vraiment de la même nature ? Carlo Vercellone et Jean-Eric Hyafil avancent les justifications du revenu de base comme « revenu primaire ».

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Puisque le revenu de base est pour nous un droit assurée par une société (un Etat) à destination de ses membres — au même titre que le droit à l’éducation, à la sécurité, au vote — dès lors le revenu de base ne saurait être entendu philosophiquement comme un revenu de solidarité, mais plutôt comme une « revenu primaire », nécessairement détaché de toute référence au travail salarié.

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Pour autant, il nous faudra répondre à ceux qui pensent que le droit au revenu ne peut être dissocier du devoir de travailler. Et lorsqu’ils parlent de travail, ils pensent évidemment au travail qui donne lieu à rémunération, et donc principalement au travail-emploi au sens de André Gorz, et ils n’envisagent pas d’autres formes de travail qui pourraient ne pas donner lieu à rémunération. Quels sont les fondements économiques du revenu de base qui en font un revenu primaire ?

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La redistribution de la rente associée à la monnaie

Enfin, pour un certain courant, le revenu de base est avant tout l’output d’une réappropriation citoyenne de la monnaie. Pour des auteurs comme Stéphane Laborde ou Gérard Foucher, le fait que la création monétaire se fasse actuellement uniquement par la distribution de crédits par les banques permet à ces dernières de s’octroyer une rente illégitime : l’intérêt sur de l’argent qu’ils ont créé. Ils proposent alors une forme de création monétaire qui serait à la fois plus juste et moins destabilisatrice, le dividende monétaire : il s’agit de créer la monnaie en la distribuant directement aux citoyens, plutôt que de compter sur les banques pour accroître la masse monétaire par le crédit.

Encore une fois, le revenu de base n’est non pas ici un revenu de solidarité, mais bien un revenu primaire, associé au bien commun que constitue la monnaie et à la répartition équitable du droit sur ce bien.

Le revenu de base est un revenu primaire : osons le défendre comme tel !

Le revenu de base, qu’il soit compris comme l’expression d’une répartition égalitaire de la rente associée à un patrimoine naturel commun, à un héritage industriel et scientifique ou à la création monétaire, ou encore comme la rémunération de nos activités productives qui ne peuvent s’inscrire dans le cadre restreignant du salariat, ne peut donc être compris comme un revenu de solidarité. Il est un revenu primaire et il faudra se battre dans les médias et dans l’opinion publique pour qu’il soit compris comme tel.

Quel montant pour le revenu de base ? Éléments pour un débat

Le montant du revenu de base est une question qui divise ses partisans et suscite un débat très vif. Jean-Éric Hyafil et Amaru MBape proposent un cadre d’analyse afin de débattre plus sereinement de ce sujet.

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André Gorz souhaitait un revenu de base suffisant pour vivre, ou plutôt suffisant pour « permettre de refuser [un] travail ou [des] conditions de travail « indignes » ou encore pour développer une activité autonome.

Un revenu de base respectant un tel critère de choix est intéressant à plusieurs titres. Il permet d’envisager une amélioration du rapport de force employeur/employé. Il met l’accent sur les notions d’autonomie et d’épanouissement comme fondements du sens donné au travail, et non sur la seule subsistance autorisée par un salaire. Il peut ainsi conduire au développement de modes de production alternatifs (auto-production, coopératives ouvrières et coopératives municipales, économie sociales et solidaire, économie collaborative…) et favoriser l’émergence d’une sphère de la gratuité et de la convivialité.

Cependant pour certains, un revenu de base trop élevé risquerait de ‘désorganiser’ notre économie. Mais au-delà de quel montant le revenu de base risque-t-il d’être destabilisateur ? Choisissant une approche pragmatique – sans négliger l’importance intrinsèque d’un revenu de base suffisant au sens gorzien – ce texte vise à donner quelques éléments d’analyse pour estimer quelle pourrait être cette borne supérieure que le revenu de base ne devrait pas dépasser, sans toufefois proposer de montant défini.

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