Manifeste des économistes déterrés

Gérard Foucher, animateur du Mini Show et auteur de « Les secrets de la monnaie, changer la monnaie pour changer le monde » vient de publier un document de référence qui résume en une trentaine de pages les thèses d’économistes hétérodoxes oubliés de l’histoire nous éclairant sur des alternatives possibles à la crise actuelle, dont l’idée d’un dividende universel comme aboutissement d’une réforme monétaire visant à rétablir la symétrie du pouvoir d’émission de la monnaie.

Le « manifeste des économistes déterrés » décrit l’état de la recherche économique de pointe qui commence à sortir de terre un peu partout sur la planète. Il cite ainsi des économistes Australiens, Allemands, Américains etc… qui analysent la cause des crises dans la nature du code monétaire.

Dans les solutions de changement de paradigme Gérard aborde la Théorie Relative de la Monnaie, ses fondements (libertés et symétrie spatio-temporelle) et explique la nature de son résultat fondamental (théorème des systèmes monétaires relativistes).

Manifeste des économistes déterrés

Pour une sortie de crise sans violence,

équitable et progressive.

 

Nous sommes face à une crise qui dure à ce jour (juin 2013) depuis plus de cinq années. Cette crise porte désormais un nom : La Grande Récession.
Depuis 2008, les conséquences ont été dramatiques non seulement d’un point de vue économique et financier, mais aussi au niveau humain. La Grande Récession a fini par atteindre les entreprises, les États, les ménages, les personnes. Le monde entier souffre.
L’Histoire retiendra probablement ces quelques années comme une période de crise majeure, mais selon ce que nous en ferons, il est aussi possible que l’Histoire s’en souvienne comme d’une période d’évolution profonde.
Pauvreté, inégalités grandissantes, chômage, montée des extrémismes, défiance
généralisée, conflits, corruption… les symptômes sont partout, visibles comme le nez au milieu de la figure.
Mais avons-nous vraiment identifié la nature de la maladie ? Avons-nous fait un diagnostic précis, exact ? Les remèdes que nous utilisons sont-ils bien adaptés, efficaces ? Est-il possible d’avancer un pronostic, de proposer des traitements inédits ?
Telles sont les questions auxquelles nous allons essayer de répondre ici.

Manifeste des économistes déterrés : l’interview

http://s.ytimg.com/yts/swfbin/watch_as3-vflrdHchm.swf

Interview réalisée par Marie-Laure Leila Le Guen pour la parution du « Manifeste des Économistes déterrés », une étude sur l’état actuel de la recherche économique au niveau international, par Gérard Foucher. (juin 2013)
« Un texte de grande qualité universitaire » (Yoland Bresson, économiste)
« Un excellent document de synthèse… Tout y est. Les décideurs vont-ils enfin écouter ce que les économistes disent ? » (Stanislas Jourdan, journaliste)

Le Manifeste des économistes déterrés est disponible en téléchargement libre et gratuit sur Scribd.

***

Interview d’un auteur iconoclaste.

Retranscription des propos recueillis en vidéo le 6 juin 2013 par Marie-Laure Le Guen – avec quelques modifications en accord avec Gérard Foucher.

Vous n’êtes pas économiste de formation. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous intéresser à l’économie et en particulier à la monnaie ?

J’ai toujours été intéressé par la monnaie, par l’argent, par le fait d’en gagner ou pas. Depuis que je suis tout petit, j’ai un rêve, c’est de faire fortune, de produire quelque chose, de monter des entreprises. Mais la monnaie était toujours un mystère, car j’ai toujours eu beaucoup de mal à comprendre d’où venait l’argent.

Quand j’étais petit et qu’on partait en vacances, mon père allait à la banque chercher de l’argent. Je me souviens d’un jour où on était en vacances et je voulais retourner au restaurant et ma mère m’a dit « non, on ne peut pas aller au restaurant, on n’a plus d’argent ». Je lui avais répondu: « Il n’y a qu’à aller à la banque ». Pour moi, c’était la tirelire où on allait chercher de l’argent… C’était facile.

Je m’aperçois, maintenant que je comprends ce qu’est la monnaie et d’où elle vient, qu’effectivement quand on a besoin d’argent, il faut aller à la banque. Le système monétaire est ainsi fait que si on veut avoir, non plus des billets comme avant, mais des chiffres sur notre compte en banque, il faut aller les demander à la banque ou que quelqu’un les ait demandés dans une banque.

Quand j’ai commencé à faire des recherches sur Internet, dans les librairies et les bibliothèques pour comprendre le mystère de la monnaie, j’ai eu l’impression de m’approcher enfin de ce que j’ai toujours eu envie de connaître depuis que je suis gamin.

Quelle est votre analyse de la crise économique actuelle ?

Au bout de 2-3 ans de recherches, j’ai réuni beaucoup de documents, beaucoup de bouquins. J’ai lu tout ça, regardé des quantités de vidéos sur Internet, lu des tas d’articles universitaires en anglais, en français, des choses compliquées et puis je me suis aperçu que j’avais découvert des choses qui avaient une importance sociale capitale et dont personne ne parlait.

Je me suis aperçu que je pouvais mettre le doigt sur les racines de ce qui se passait. J’ai fait un petit programme sur YouTube qui s’appelle le Mini Show où j’ai commencé à parler un peu à ma façon de ces phénomènes et à les expliquer. Je me suis aperçu qu’il y avait beaucoup de spectateurs et je me suis dit que c’était le moment, avec toute la documentation que j’ai, d’analyser, de synthétiser et d’en faire quelque chose en français qui parle des secrets de la monnaie.

Ça débouche sur quelque chose de très important pour nous au présent, pour le futur de nos enfants, pour le futur de la planète en général parce que le système monétaire a des ramifications dans tous les domaines, y compris dans le domaine de l’écologie, évidemment de l’économie, évidemment des inégalités, évidemment de la richesse, de la finance etc.

L’analyse des secrets de la monnaie débouche sur une façon de changer beaucoup les choses. Ma conclusion, c’est que le centre névralgique d’une société c’est la façon dont la vie est gérée or la vie ce sont les échanges que nous faisons les uns avec les autres.

Il y a d’autres fonctions de la monnaie mais la fonction principale c’est matérialiser les échanges nécessaires à nos vies quotidiennes par des échanges de chiffres. Je me suis dit que peut-être qu’en changeant la façon dont ces chiffres sont créés, et distribués dans la société, et échangés entre nous, on pourrait changer la façon dont nous interagissons avec les autres.

Vous venez de publier un « Manifeste des économistes déterrés » … Qu’apporte de plus ce document par rapport à la pensée économique actuelle ?

Des informations récentes que les économistes n’ont pas, qu’ils ne possèdent pas, qu’ils n’ont pas trouvées ou qu’ils n’ont pas eu le temps de trouver.

Je vivais un paradoxe qui m’énervait. Maintenant que je fais des conférences pour diffuser mon livre, j’arrive en un ou deux heures à expliquer d’une manière à la fois analytique, synthétique et concise la nature du système existant et les solutions possibles, et ceci à un public souvent très peu sensibilisé sur le sujet (mais qui a envie d’apprendre).

Mais quand j’écoute les discours, les conférences, les colloques des spécialistes de ces questions, je m’aperçois que la création monétaire est présentée comme quelque chose de très accessoire dans le cursus universitaire habituel en France. On dirait que le fait qu’ils aient étudié pendant douze ou quinze ans le domaine de l’économie leur a fait oublier ce point essentiel.

En fait, il y a un point aveugle très important chez les spécialistes qui pourraient justement, s’ils étaient conscients de ces questions, avoir le poids médiatique et politique nécessaire pour peser sur les décisions.

Alors j’ai eu envie d‘aller encore plus loin et de chercher quel était l’état de la pensée économique en ce moment. Je suis tombé sur des économistes de grand renom, des américains, des allemands, des australiens, qui se sont aperçus que les techniques que nous employons actuellement pour relancer l’économie, donc pour sortir de la crise, ne fonctionnent pas, en particulier le fait de renflouer les banques en espérant qu’elles vont recommencer à prêter et donc créer de la monnaie. C’est ce qu’on fait actuellement sans remettre en question le fait de créer de la monnaie par de l’endettement supplémentaire alors que c’est précisément l’émission de monnaie par la dette qui a fait la crise.

Les économistes sur lesquels vous vous appuyez dans ce Manifeste ont publié leurs travaux bien avant la crise actuelle. En quoi leurs idées sont-elles applicables aujourd’hui ?

Ces économistes (John-Maynard Keynes, Milton Friedman, Henry Simons, Irving Fisher, Maurice Allais, Hyman Minsky, Joseph Schumpeter), avaient fait le même raisonnement – à savoir que renflouer les banques ne marchait pas très bien – et proposé des solutions mais ils n’avaient pas été écoutés. Parce qu’à l’époque il n’y avait pas Internet et qu’il suffisait au pouvoir bancaire et financier de choisir de faire parler plutôt les économistes favorables au système existant de manière à ce que les autres soient oubliés. C’est ce qui s’est passé au moment de la crise des années 30.

Des gens comme Irving Fisher, comme Henry Simons, même Keynes ou Friedman, avaient parlé de réformes dans les années 1930 et 1940, mais ce sont des solutions différentes qui ont été adoptées pour ne pas bousculer le principe de l’enrichissement par le crédit bancaire et la création monétaire.

Quand j’ai découvert les travaux de ces économistes hétérodoxes ces derniers mois et que j’ai découvert qu’ils reprenaient les travaux des grands anciens en les adaptant à notre économie actuelle et en les prolongeant puisque les choses ont évolué, j’ai eu envie d’écrire un papier quasiment universitaire pour communiquer cela à nos économistes nationaux qui apparemment ne sont pas encore au courant que ces recherches existent.

Quelles sont ces solutions qui ont été rejetées dans les années 30-40 et qui seraient adaptées à l’économie actuelle ?

Il y a deux remises en cause fondamentales : la remise en cause de la création monétaire par le crédit bancaire, c’est-à-dire la création de monnaie secondaire par le crédit bancaire, et la remise en cause de la distribution de cette monnaie.

Il suffit de créer de la monnaie sans dette associée. Il ne faut pas que l’on soit obligé d’emprunter de l’argent à une banque pour que la collectivité ait de la monnaie grand public. C’est ridicule ! Il va forcément arriver un moment où on ne pourra plus payer les intérêts puisque notre masse monétaire augmente sans arrêt.

Il faut trouver un système qui nous permette de faire la transition entre le système existant où toute la monnaie est de la dette et un système futur où il n’y aurait plus que de la monnaie permanente non soumise à un intérêt qui circulerait en permanence entre les individus.

La solution que proposaient les grands anciens dans les années 1930, c’était d’aboutir peu à peu à un système dit de « 100% monnaie« . Pour l’instant, il y a 10% de monnaie de base pour 90% de monnaie grand public. Le 100% monnaie consiste à dire que l’État ou un comité monétaire ou les citoyens eux-mêmes – ce sont des décisions qui doivent être prises démocratiquement – une entité quelconque émet la monnaie pour la communauté sans que ce soit par de la dette et petit à petit on remplace la monnaie dette par de la monnaie libre de dette qui sera utilisée dans la société.

Les propositions des grands anciens et des économistes hétérodoxes qui commencent à émerger, c’est de reprendre le rôle de création de monnaie bancaire, de le redonner à une entité décidée démocratiquement, et que la nouvelle monnaie soit émise sans endettement associé pour remplacer la monnaie issue de la dette.

Il y a notamment un allemand, Michael Kumhof, que je cite abondamment dans mon travail qui a détaillé toutes les étapes du processus de transition d’une monnaie dette vers une monnaie garantie à 100 %.

On connaît le ‘Quantitative Easing’. Qu’est-ce que le ‘Quantitative Easing for the People’ que vous proposez de mettre en place ?

C’est une proposition faite par un économiste très sérieux, Steve Keen, un des économistes les plus pointus du moment, qui est écouté au plus haut niveau de décision, au FMI, à l’OCDE, depuis avril-mai 2013. Ce Quantitative Easing for the People (QE4P) vient au départ de l’échec du QE traditionnel (assouplissement quantitatif) qui consiste à renflouer les banques avec de la monnaie de base qui reste dans l’économie bancaire pour rééquilibrer le bilan des banques.

En gros, ces économistes que j’ai été déterrer avec l’aide des économistes contemporains, disent que comme cela ne marche pas de donner de la monnaie de base aux banques en espérant qu’elles vont créer de la monnaie grand public, alors pourquoi ne pas donner de l’argent directement aux gens ?

Cette idée, promue par l’économiste Steve Keen en Australie commence à être vraiment soutenue ailleurs, notamment par Lord Aider Turner, l’ancien président de la Financial Service Authority à Londres qui a failli devenir gouverneur de la Banque d’Angleterre.

C’est donc la notion de distribuer la monnaie, non pas par toute une cascade d’effets qui génèrent de l’endettement mais au contraire par de la monnaie libre de dette injectée directement dans les poches des citoyens. Par quel moyen? C’est ce dont il faut discuter sérieusement et maintenant.

Cette idée s’apparente donc à un revenu de base qui serait financé au moins en partie par création monétaire ?

Non, ce n’est pas ‘financé’ par création monétaire puisqu’on réformerait complètement la création monétaire. Concrètement, on arrêterait de créer de la monnaie en injectant de la monnaie de base dans les bilans bancaires, ce qui permet en théorie aux banques de prêter de l’argent, ce qui au bout du compte réinjecte de la monnaie dans la société. Ce système fonctionne bien pour maintenir la pyramide, mais passons à autre chose.

Si on veut, on peut revenir à une création monétaire par l’État. Ce serait déjà presque un progrès dans la mesure où il n’y aurait pas d’intérêt permanent à payer sur notre propre monnaie.

Il y a un groupe anglais, Positive Money, qui conseille de créer un comité monétaire indépendant qui décide chaque année de la quantité de monnaie à injecter dans la société soit sous forme de revenu directement aux citoyens, soit sous forme de dépense nationale. Ça peut être décidé démocratiquement.

Addendum de l’auteur: Si cette réforme monétaire aboutit, elle pourrait donc tout à fait s’intégrer au concept du revenu de base par redistribution, selon sa définition communément admise.

La solution que je préconise s’appuie sur les droits de l’Homme et sur le principe de subsidiarité, qui consiste à dire qu’il faut que ce soit la plus petite unité possible qui prenne les décisions qui la concernent. Les décisions nationales peuvent être prises par l’État, régionales par la région, départementales par le département, familiales par la famille, individuelles par l’individu. Pourquoi les décisions au niveau microéconomique qui se font par l’individu – avec qui je vais échanger ? – ne se feraient-elles pas au niveau le plus fin, c’est-à-dire celui de l’individu ?

Si les individus sont libres et égaux en dignité et en droits, il faudrait qu’ils aient tous les mêmes droits. Le droit à l’autonomie et la liberté économique est un droit fondamental puisque c’est le droit à la vie qui est matérialisé par les échanges de biens réels eux-mêmes matérialisés par les échanges monétaires. Allons donc jusqu’au bout de notre raisonnement de liberté et d’égalité, qui nous donnera peut être la fraternité et donnons la décision économique au niveau le plus fin de subsidiarité, c’est-à-dire l’individu.

monnaie-positive

Nous savons que nous avons actuellement une masse monétaire x où nous sommes en crise donc on sait qu’il en manque déjà un peu. Quand nous aurons la quantité nécessaire pour que l’égalité des individus entre eux soit respectée, il conviendrait que chaque individu reçoive la même part de monnaie tout au long de sa vie – un peu comme un revenu de base.

Or ce n’est plus de la monnaie dette, elle reste dans l’économie : elle n’est plus reprise par de l’intérêt. Elle est émise une fois pour toutes. In fine, la masse monétaire augmente très légèrement au rythme des injections de dividendes universels individuels citoyens.

Au final, je suis en ligne avec la Théorie Relative de la Monnaie de Stéphane Laborde : pour que l’égalité soit parfaitement respectée entre les individus à un instant t et au niveau des individus entre eux dans le temps, il suffit que chaque part de la masse monétaire reçue au cours de la vie soit le même pourcentage de la masse monétaire globale pour chacun. Il n’y aura donc pas d’inégalité construite au fil des générations.

On peut supposer qu’avec la mise en place d’un tel système, on arrive à respecter l’égalité et la dignité de chaque individu. Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura pas d’inégalités, puisqu’il y aura toujours des gens qui produiront plus que d’autres et s’enrichiront plus que d’autres, mais au moins, au niveau de la base de la distribution de la monnaie, d’un minimum de production potentielle pour chaque individu, on a une égalité.

La question que tout le monde se pose, c’est de savoir si une telle injection de monnaie dansl’économie ne va pas créer de l’inflation…

Oui, je sais. En fait c’est un problème de brouettes. On imagine tout de suite le Zimbabwe, la République de Weimar, les gens avec des brouettes pleines de billets pour aller acheter la baguette au coin de la rue.

Effectivement, ce sont des dévaluations monstrueuses qui ont pour source le paiement d’une dette. Ce n’est pas le fait qu’il y ait beaucoup de monnaie imprimée qui a fait que la monnaie a perdu de sa valeur, c’est le fait qu’il était nécessaire pour ces pays-là d’imprimer beaucoup de monnaie pour payer une dette extérieure dans une monnaie qu’ils ne pouvaient pas créer. C’est un problème qui ne se présente pas quand un peuple, quand un pays ou une zone économique comme l’Europe reprend la souveraineté de sa monnaie et que donc elle crée sa propre monnaie pour sa propre zone.

Deuxième chose, pour être légitime en reprochant à un nouveau système d’avoir un défaut, il faut prouver que le système existant n’a pas ce défaut-là. Ça me semble assez logique. Or on sait, il suffit de regarder les statistiques, que dans le domaine immobilier par exemple, les prix à Paris ont été multipliés par dix mille en cent ans. Dix mille, c’est beaucoup d’inflation.

C’est peut-être un peu comme le Zimbabwe ou la République de Weimar mais comme c’est sur des périodes plus longues, ça se voit moins.
Et puis troisième chose, on n’est pas seulement face à un problème économique, on est aussi face à un problème éthique. On est face à l’usurpation par une partie de la population d’un système de création monétaire subtil qui permet un enrichissement exponentiel d’1% de la population aux dépens du reste de la population. On est face à une forme d’exploitation difficile à détecter qui est profondément contraire à la liberté des uns et à l’égalité de tous.

Quand on est face à un problème comme ça, c’est un peu comme si on était face à l’esclavage en 1850 et qu’on se dise : supprimer l’esclavage, c’est bien joli mais comment vont faire les propriétaires de plantations de canne à sucre ? Qu’est-ce qu’ils vont devenir s’ils n’ont plus d’esclaves ? Eh bien on s’en fout. À la limite, on rénove le système monétaire et on redonne l’égalité monétaire à chaque citoyen et on l’enlève aux privilégiés, ça va faire de l’inflation : eh bien on s’en fout. La question, c’est de régler un problème majeur qui est un bug central dans nos sociétés et qui a des conséquences inimaginables.

Ceci dit, le problème de l’inflation dans un système pyramidal, c’est que les émetteurs de la monnaie savent exactement dans quel secteur la monnaie injectée va être supérieure à l’augmentation de production et donc va générer de l’inflation. C’est aussi un problème d’asymétrie d’accès à l’information et à la monnaie.

Pour terminer, avec un système où chacun reçoit la monnaie non pas parce qu’il l’a empruntée, non pas parce qu’elle tombe au goutte à goutte du sommet d’un centre émetteur mais reçoit sa monnaie en même temps que tout le monde, au même montant que tout le monde tout au long de sa vie en proportion de la masse monétaire, où est le problème de l’inflation ?

Le fait qu’on injecte de la monnaie va monétiser des choses qui ne le sont pas encore. Il va y avoir des activités qui actuellement ne sont pas comptées dans le PIB. Le gars qui écrit un bouquin qu’il donne gratuitement sur Internet et reçoit sa part de monnaie va continuer à le donner et être payé avant de l’avoir donné. L’injection de monnaie va générer la reconnaissance d’une nouvelle production. Le revenu augmente en même temps que la production monétisée. C’est la définition d’une non-inflation.

Envie d’ajouter quelque chose en conclusion ?

Je voudrais m’adresser aux économistes, aux professionnels. J’ai écrit Les Secrets de la monnaie pour m’adresser au grand public, le Manifeste des économistes déterrés s’adresse lui aux universitaires, aux professionnels, aux gens qui auraient envie de lancer des recherches hétérodoxes.

On voit des professeurs qui disent qu’ils voudraient bien sortir du néoclassicisme mais qui n’ont pas le temps de parler d’Irving Fisher parce que ce n’est pas au programme. Les étudiants en économie disent qu’ils sont très embêtés parce qu’ils ne savent pas répondre à ceux qui leur demandent d’expliquer l’origine de la crise. Je trouve ça dommage, pour ne pas dire révoltant, que tous ces gens-là n’aient pas accès à ces informations comme moi qui ai le temps de faire ces recherches. Ils n’ont pas le temps car ils sont tenus pas leurs études, leurs crédits de recherche.

J’ai écrit le Manifeste des économistes déterrés pour vous montrer à vous, économistes, chercheurs, étudiants, qu’il y a d’autres gens dans le monde qui font des recherches, qui proposent des solutions, qui analysent de manière très claire et très pertinente les cycles économiques, la nature de la monnaie, la nature du crédit et comment remédier à toutes les implications destructrices que ça a sur notre société.

Je vous donne cet ouvrage, qui est technique, pour vous donner une photographie, un bilan de l’état actuel de la recherche de pointe en économie, et pour vous dire que ça commence à jaser là-haut au FMI, dans les banques centrales, à l’OCDE. Lisez vite ce truc-là, comme ça au moins vous serez au courant et vous pourrez peut-être faire pareil ici.

>>> Vous pouvez consulter le Manifeste des Économistes Déterrés en cliquant ici.

 

>>> Sources & plus d’infos sur :

 

>>> Gérard Foucher – Juin 2013 – Licence Creative Commons CC-BY

>>> Du même auteur : Les secrets de la monaie – Changer la monnaie pour changer le monde – http://libertybooks.eu

 

Conférence de François Elie : Quelle école pour la société de l’information ?

Conférence de François Elie : Quelle école pour la société de l’information ?

Le 27 avril dernier François Elie donnait une conférence remarquable et remarquée lors de la troisième édition de Fêtons Linux à Genève.

Nous l’avons jugée suffisamment importante pour en faire un article dédié (vidéo + transcript) et vous inviter à trouver vous aussi la demi-heure au calme pour l’écouter.

Les députés ont récemment abandonné la priorité du libre dans l’éducation. En écoutant François Elie, vous comprendrez pourquoi cette triste décision est tout sauf anodine.

Quelques extraits pour se motiver 😉

« Je vais vous décevoir tout de suite parce que vous vous attendez à ce que je dise qu’il est très très important d’utiliser le logiciel libre dans les écoles. Bon ça y est je l’ai dit. On peut passer à autre chose. »

« Si l’école doit être quelque chose, elle doit essayer de n’être ni l’école de l’initiation, ni l’école de l’apprentissage. Elle doit être au contraire l’école où on apprend à maîtriser les choses pour ne pas dominer les Hommes. »

« Il faut cesser d’opposer l’enseignement de la programmation d’une part et l’enseignement des usages, c’est important mais ça c’est l’école des maîtres et des esclaves. Ce qu’il faut enseigner, vite et à tous, c’est la science, pas la technologie ou l’usage. C’est en amont de la programmation, l’algorithmique. C’est en amont, de telle instanciation, du codage, du chiffrement, la théorie, quelque chose qui comme les maths n’ont besoin que d’une craie et d’un tableau noir. »

« Puisqu’on n’enseigne pas la physique dans une voiture, pourquoi devrait-on nécessairement apprendre l’informatique sur un ordinateur ? »

« L’école est le lieu, l’enjeu d’un affrontement colossal entre ceux qui voudraient ceux qui voudraient qu’elle reste l’école de la liberté et ceux qui voudraient en faire autre chose, une école qui serait cliente captive d’un marché, des industries numériques pour l’éducation. »

« On peut difficilement enseigner la liberté avec des outils qui cherchent à dominer. Ça va être compliqué d’utiliser des outils qui sont faits pour ne pas être partagés pour apprendre à des élèves à partager. Ça va être compliqué d’enseigner à des élèves comment il faut protéger ses données en utilisant des réseaux sociaux qui sont faits pour justement les capturer. Bref apprendre l’ouverture avec ce qui est fait pour fermer, c’est compliqué. »

« Je disais à une syndicaliste, vous aurez du mal à faire la révolution avec Word. Elle n’a pas compris ! J’avais été invité à une université d’été d’Attac, et là je leur avais dit : Je ne vais plus au MacDo mais vous êtes encore sous Windows. »

« L’école est l’endroit où on dit le plus de mal de Wikipédia, il faut le savoir. Par contre on dit beaucoup de bien de Diderot, de l’Encyclopédie, du siècle des Lumières. Embêtant quand même, parce que moi je suis persuadé que Diderot adorerait Wikipédia. Mais il n’adorerait pas Wikipédia pour lire mais pour écrire dedans. Il ne s’agit pas d’apprendre aux enfants à se méfier de ce qu’on lit dans Wikipédia, il faut leur apprendre à écrire dans Wikipédia. Mais ça il faut du temps. »

« L’école a tout à apprendre de la culture des hackers. Il faut apprendre à travailler comme des hackers. Nietzsche a une formule magnifique il dit « Plutôt périr que travailler sans joie ». On peut vouloir travailler comme un maître ou travailler comme un esclave. On peut aussi faire de sa vie quelque chose de plus joyeux, aimer son travail. On peut apprendre à aimer son travail à l’école. On peut apprendre à exister par la valeur de ce qu’on fait, par la valeur de ce qu’on montre, par l’image qu’on a, et pour ça, et bien le logiciel libre pourrait nous aider pour refonder l’école, pour apprendre à collaborer, pour apprendre à partager, pour apprendre à bricoler, produire ses propres outils, se former, se former sans cesse, être en veille permanente. Toutes ces qualités qui sont celles des hackers ce sont celles qu’on attend d’un élève. »

« Alors je reviens à Marx. Au 19ème siècle, il avait posé une bonne question : « À qui appartiennent les moyens de production ? » Et bien les moyens de production des contenus et des outils de l’école doivent appartenir à l’école. Donc la question du logiciel libre n’est pas une petite question, c’est la question même de l’école. Et la question n’est pas à l’utilisation. C’est de se mettre à l’école de ce mode de production, pour produire les savoirs, les contenus, pour rendre possible une éducation, une instruction des élèves qui leur permette d’accéder à la liberté, non par la technologie ou par les usages, mais par la science. »

 

 

François Elie : Quelle école pour la société de l’information ? Program or be programmed ?

>>> Source sur : http://www.framablog.org/index.php/post/2013/06/11/francois-elie-education-conference

Mais #INDECT, ça sert à quoi ?

Mais #INDECT, ça sert à quoi ?

Qu’est ce que INDECT ?

INDECT, l’équivalent d’Echelon pour l’Europe, c’est bon, mangez-en qu’ils nous disent !

Oui, sauf que…

Si vous ne connaissiez toujours pas le projet européen INDECT, dédié à la surveillance généralisée par video-surveillanceProtection, voici une petite vidéo en français qui résume à peu près tout.

Cette vidéo n’est pas officielle, mais issue d’Anonymous, d’où la voix robotisée. De ce fait, suivant votre degré de paranoïa, vous pourriez percevoir quelques images terrifiantes, mais ce ne saurait être que coïncidences avec la future réalité.

D’ailleurs, ça me fait penser qu’aux États-Unis, il y a aussi le NGI, dans un concept très similaire.

Voici un communiqué supplémentaire à lire sur l’opération #OpBigBrother #IDP13 – International Day For Privacy

>>> Sources :  http://korben.info/quest-ce-que-indect.html

http://neosting.net/video/indect-ca-sert-a-quoi.html

>>> Vidéo diffusée en janvier 2013 par Korben &  sur leurs bogs respectifs.

Nouvelle video du Message #democratie

Nouvelle video du Message #democratie

Un assez bon résumé. Invitation à la contagion :) #partage

Pour plus d’info => http://le-message.org

Parce que ce n’est pas aux hommes de pouvoir d’écrire les règles du pouvoir
« Nous voulons une Assemblée Constituante démocratique, donc tirée au sort »

 

« Le logiciel libre peut redonner sens à nos vies »

« Le logiciel libre peut redonner sens à nos vies »

Cette citation en titre est du philosophe français Bernard Stiegler. Une vidéo de Simon Lincelles intitulée « Introduction à l’économie contributive » et co-écrit par Bernard Stiegler vient nous montrer comment l’esprit du libre peut transformer la société tout entière.

Il est impératif que vous preniez le temps de visionner cette vidéo. Après ce visionnement, vous ne serez plus jamais le même.

Vidéo de Simon Lincelles (Ars Industrialis)

Malgré quelques inexactitudes, nous partageons l’hypothèse que le logiciel libre (et Wikipédia) représentent un espoir et un modèle pour l’avenir de notre économie.

Remarque: Cette vidéo est le troisième épisode d’une série initiée ici.

>>> Sources :

Notre Dame des Luttes

 

Notre Dame des Luttes

Notre Dame des Luttes

Il n’y a pas que les fans de jeux vidéo qui se lancent dans la mise en ligne gratuite de documentaires… Le photojournaliste Jean-François Castell & Les Films Du Rocher, une structure associative qui réunit des documentaristes, viennent de mettre gratuitement et à disposition de tous sur YouTube, un documentaire de 52 minutes qu’il consacre au combat des opposants au projet d’aéroport de Notre Dame Des Landes, près de Nantes.

Baptisé « Notre Dame des Luttes« , ce documentaire tourné de mi-novembre à mi-décembre 2012 illustre parfaitement la lutte qui se déroule actuellement là bas, entre les militants écologistes et les forces politiques et policières.

A Notre Dame des Landes, le combat contre le projet de nouvel aéroport de Nantes n’est pas seulement physique, avec manifestations, jets de projectiles et constructions de barricades. Il est aussi fortement médiatique. A cet égard, Internet a pris une place de choix dans la communication des opposants au projet qui espèrent mettre la lumière sur leur action pour faire connaître les raisons de leur rejet de la nouvelle zone aéroportuaire, et s’attirer une solidarité nationale telle qu’il deviendra politiquement impossible de continuer à défendre la mise en route du chantier.

« Merci pour ce film !« , « Merci, je suis bouleversée« , « Magnifique reportage ! Bravo et merci à tous« , « Merci pour votre travail« … les félicitations et les remerciements sont déjà légion …

>>> Sources & plus d’infos sur :

Le contexte postindustriel

Le contexte postindustriel

Nous allons vivre dans un nouveau monde dont la matière première sera l’information. Les citoyens pourront répondre aux défis de l’ensemble des crises en utilisant plusieurs nouvelles technologies d’information, non seulement très puissantes et dont les effets peuvent être combinés. Découverte en vidéo, suivie d’un texte intégral, synthèse des travaux d’une trentaine d’auteurs dont certains sont membres du collectif Démocratie Ouverte.

Résumé :

Nous allons vivre dans un nouveau monde dont la matière première sera l’information :

 L’information reportage et l’information opinion

la première est l’élément de base servant à comprendre l’état de la situation d’une société devenant postindustrielle et la deuxième sert à observer l’état d’âme de ses acteurs.

• La prise de parole citoyenne et les réseaux sociaux

          éléments de base des négociations entre la société civile et les élites politiques et économiques afin de rédiger un nouveau contrat social.

• La stratégie des prix dynamiques

          éléments de base du développement d’un nouveau modèle économique basé sur la proximité.

Les citoyens pourront répondre aux défis de l’ensemble des crises en utilisant plusieurs nouvelles technologies d’information, non seulement très puissantes et dont les effets peuvent être combinés :

• Le numérique

          élément de base du système de communication entre tous les acteurs de la société.

• Le géoréférencement

          élément de base de l’économie de proximité.

• Le mobile

          élément de base de l’utilisation du cyberespace.

• L’interactivité

          élément de base de l’accès aux connaissances.

• La civilisation de l’image

élément de base du sens donné aux informations.

>>> Par Michel Cartier le 9 Octobre 2012

Le nouveau monde qui émerge

Le nouveau monde qui émerge

Nous allons vivre dans un nouveau monde dont la matière première sera l’information. Les citoyens pourront répondre aux défis de l’ensemble des crises en utilisant plusieurs nouvelles technologies d’information, non seulement très puissantes et dont les effets peuvent être combinés. Découverte en vidéo, suivie d’un texte intégral, synthèse des travaux d’une trentaine d’auteurs dont certains sont membres du collectif Démocratie Ouverte.

Résumé :

• Depuis plus de mille années, la société a été régie par ses élites  politiques. Depuis deux cents ans, les consortiums  économiques ont imposé leurs lois avec l’appui des classes politiques. Maintenant nous basculons vers une société de la connaissance : notre nouvelle structure sera politico-économico-médiatique.

• Ce sera un nouveau monde parce que ses structures politiques vont changer à cause des prises de parole citoyennes, que les structures économiques vont changer à cause du nouveau modèle de proximité et que les structures culturelles vont changer à cause du nouveau type d’accès à la connaissance.

• Pour la première fois de notre histoire tous les citoyens de la planète font face à un ensemble de crises crées par notre individualisme et qui ne pourront être résolues avec le modèle capitaliste qui les engendré. Mais, les citoyens ont aussi accès à des nouveaux outils capables de rémédier à ces crises.

• Notre fragmentation en tant que citoyens nous empêche de prendre des décisions, d’où l’absence de projets mobilisateurs actuellement. La disparition de la confiance rends impossible la rédaction d’un contrat social, donc d’un projet de société pour trois ou quatre années encore.

>>> Source & Suite sur : http://democratieouverte.org/open-blog/le-nouveau-monde-qui-emerge-13

>>> par Michel Cartier le 6 Octobre 2012

Créer et maintenir les lois comme les logiciels libres?

Créer et maintenir les lois comme les logiciels libres?

Lorsque vous parcourez un article de l’encyclopédie libre Wikipédia, vous pouvez bien évidemment le lire, mais aussi écrire (le fameux bouton « Modifier ») et consulter tout son historique, sans oublier converser autour avec les autres contributeurs (lien « Discussion »). Il en va de même avec tout logiciel libre déposé sur une plateforme collaborative comme celle de GitHub (dont l’approche et les fonctionnalités sociales ont donné un coup de vieux à Sourceforge).

Il y a là une manière bien spécifique de fonctionner et une invitation à s’impliquer.

Dans la mesure ou Wikipédia ou GNU/Linux sont d’incontestables réussites, l’un des plus célèbres penseurs du Net, Clay Shirky, s’est récemment demandé, au cours d’une brillante intervention TED, si on ne pouvait pas fortement s’en inspirer pour faire évoluer la politique en générale et l’élaboration de nos lois en particulier.

Ce que l’on pourrait résumer également ainsi : est-ce que le logiciel libre a des choses à dire, voire à enseigner, à la démocratie ?

Peut-on améliorer la politique avec les outils du logiciel libre ?

Could we use open-source tools to improve politics?

Mathew Ingram – 29 septembre 2012 – Gigaom.com
(Traduction : Lamessen, Barbidule, Evpok, David, peupleLa)

Les principes du logiciel libre ont contribué à créer de nombreux logiciels efficients et utiles, y compris le système d’exploitation GNU/Linux et la surpuissante ressource que représente Wikipédia. Cette même approche pourrait-elle être utilisée pour ouvrir le processus de création des lois ? Clay Shirky assure que c’est possible.

La philosophie du logiciel libre a permis entre autres de construire un système d’exploitation et une encyclopédie collaborative de grande qualité. Pourrait-on en faire de même avec la législation et la politique ? C’est ce que le théoricien de la communication Clay Shirky a proposé dans une récente et remarquée conférence TED (Technology Entertainment Design) à Edimbourg. L’idée est alléchante, employer les méthodes de GNU/Linux et Wikipédia pour rendre les gouvernements plus ouverts et impliquer davantage les concitoyens, mais est-ce véritablement transposable ? L’écriture de logiciels et de services Web est très différente de celle des lois, et l’histoire du logiciel libre a connu son lot de guerres quasi-religieuses. Mais c’est peut-être notre meilleur espoir.

Après avoir fait une sorte de tour d’horizon du mouvement open source, en accordant la part belle à GNU/Linux, Shirky a consacré une grande partie de son discours à Github, plateforme collaborative et sociale de dépôt de logiciels qui permet à n’importe qui d’éditer, de « forker » en créant sa propre version, et de suivre les changement que font les autres. De GitHub à l’idée de législation collaborative, il n’y a qu’un pas. Et c’est ce que Shirky semble avoir à l’esprit. Il y a déjà eu quelques tentatives de réalisation directement via GitHub. Ainsi, un développeur allemand a déposé l’intégralité des lois allemandes sur la plateforme. De cette façon, les citoyens peuvent recommander et suivre les changements.

C’est séduisant sur le papier : une simple plateforme logicielle dédiée à la collaboration pourrait changer la façon dont on développe et met en œuvre les lois. Mais est-ce réaliste ?

Beaucoup de sceptiques disaient au départ que Wikipédia n’avait aucune chance de marcher. Pourtant elle est bel et bien là et sa réputation et sa fiabilité sont excellentes, malgré quelques ratés, comme l’incident récent impliquant l’auteur Philip Roth. Il est vrai cependant que de nombreux critiques pensent que la « cabale » des éditeurs qui contrôlent l’encyclopédie collaborative a trop de pouvoir.

Force est de reconnaître que le fonctionnement des gouvernements reste de toutes les façons trop opaque à l’ère d’Internet, et donc que Github ne peut pas faire empirer les choses. D’ailleurs, Shirky n’est pas le seul à le penser : le développeur Abe Voelker a proposé un « Github pour lois » qui propose exactement la même approche pour concevoir des lois collaborativement. D’autres expériences basées sur ces mêmes idées d’ouverture ont déjà eu lieu en Finlande, en Irlande et surtout en Islande avec la rédaction collective de sa nouvelle Constitution (NdT : lire à ce sujet L’Islande, la crise, la révolution et moi, et on notera en France l’initiative d’Étienne Chouard avec sa Constitution nationale d’origine citoyenne sur un wiki).

Un des problèmes posés par la transposition d’une solution technique comme Github à un processus culturel et politique de grande ampleur, c’est que créer des lois, même mineures, est très différent de bidouiller un bout de code afin que GNU/Linux puisse reproduire les styles de polices de caractères Windows, ou encore modifier l’article sur George Bush dans Wikipédia (sachant que ces deux exemples en apparence inoffensifs ont donné lieu à de vives polémiques au sein de leur communauté respective). Comment peut-on dès lors espérer que des politiciens puissent, dans les faits, se servir d’un processus similaire pour changer la manière dont fonctionne le gouvernement, le parlement et ses lois ? Comme le suggère Shirky dans sa conférence, il y a une bureaucratie bien installée qui n’a probablement aucun intérêt à renoncer à ce contrôle au profit du bon peuple.

Dans son livre Here comes Everybody, Shirky a montré l’impact positif d’Internet sur la dynamiques des groupes. Son admiration pour Github semble prendre place dans une recherche d’outils collaboratifs et ouverts axée sur l’humain. Il est clair que nous en avons besoin, et même si Github n’est peut-être pas la bonne réponse, à ce stade, tout peut valoir la peine d’être tenté.

Consultez la source | Article initialement publié sur Framablog
sous licence Creative Commons By-Sa | Auteur : aKa |