Un nouveau mode de vie pour le 21ème siècle

Un nouveau mode de vie pour le 21ème siècle

Garantir  le revenu de base, c’est donner à l’individu une nouvelle liberté pour développer ses multiples talents. C’est lui donner le pouvoir et l’initiative et mettre en place un nouveau mode de vie pour le 21ème siècle.

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Actuellement, le chômeur est jugé parce qu’il ne travaille pas ; celui qui a du travail est de plus en plus considéré comme un privilégié et le pensionné est regardé, soit comme quelqu’un qui a été rejeté trop tôt par la société, soit comme celui qui est enfin libre. Dans tous les cas de figure, le dénominateur commun est la liberté ou son absence.

Manque de reconnaissance et de liberté

Le choix est l’enchanteur de la créativité, mais cette dernière est conditionnée par un revenu qui amène certaines personnes à des compromissions pour sauvegarder le lendemain. On peut alors se demander ce qui subsiste de la liberté et de la faculté de pouvoir se réaliser dans son travail.

Parce qu’il doit garantir sa survie et son niveau de vie, l’individu est contraint à s’adapter sans pour autant trouver les moyens de se projeter avec plaisir dans cette activité qu’il doit subir.

Or, l’homme est heureux lorsqu’il croit qu’il peut entreprendre et par là se sentir reconnu et utile pour produire, pour gérer la cohérence socio-économique par une action politique, pour échanger et promouvoir le culturel, pour développer de multiples activités familiales et de loisirs.

Ainsi, l’individu se réalise à travers une gamme d’occupations. L’être humain n’est pas en manque d’activités mais bien en manque de reconnaissance, de liberté et de protection financière.

L’humanisme au cœur de l’État de droit

Si la recherche du revenu focalise toute l’activité, si la préparation à un travail salarié est l’unique objectif de la formation, on doit s’attendre à une baisse vertigineuse du capital social au profit d’une fuite en avant faite d’angoisse et de violence.

Et si en plus, la société ne construit que des systèmes peu cohérents qui favorisent la fraude, l’État de droit est en danger et l’avenir de nos enfants terriblement hypothéqué.

Créer un État de droit qui autorise l’accès à toute la gamme des activités humaines, c’est donner cette égalité des chances qu’il ne faut pas confondre avec un égalitarisme bêtement mathématique.

Etablir à la vitrine de nos sociétés des ouvertures vers le développement des talents, c’est sauvegarder leurs valeurs de rareté et d’humanisme face à la robotisation des activités et des services. Il faudra toujours développer des qualités et des talents que la machine ne pourra jamais acquérir…

Les conséquences du choix

Aussi, garantir le revenu de base, c’est mettre l’individu sous une protection minimale qui lui permet de s’épanouir grâce à une allocation de temps. Alors, il devient possible pour lui de se développer d’une manière paisible dans le contexte d’un choix d’activités et de formations.

En conséquence, augmenter le choix et ainsi favoriser l’épanouissement ne signifie pas punir ceux qui choisissent de travailler beaucoup et produisent de la richesse, ni à l’inverse culpabiliser ceux qui choisissent de travailler d’une manière non conventionnelle.

Il s’agit :

  • de gérer lucidement une dissociation de fait entre le travail et le revenu par l’octroi d’une allocation universelle ;
  • de reconnaître la valeur du temps en garantissant un revenu d’existence car tout choix est finalement un choix d’allocation de temps ;
  • d’avoir une politique économique délibérément orientée vers la croissance du revenu plutôt que la croissance du travail sans dignité humaine, car avec un revenu limité le choix n’est pas disponible ;
  • de dégager le travail et le loisir du sentiment de culpabilité qui diminue toujours le choix – il vaut mieux réserver ce sentiment aux grandes catégories morales que sont le droit et la justice ;
  • de refuser de mettre des conditions à l’octroi du revenu de base afin de donner la liberté de choix ;
  • d’avoir une politique d’éducation et d’insertion résolument tournée vers l’augmentation des talents multidimentionnels.

Voilà énumérées les conditions nécessaires, croyons-nous, à la conquête  d’une liberté.

Ainsi l’activité humaine sera-t-elle déployée sur un large spectre autorisant le choix et l’enchantement de la vie, antidotes puissants contre l’ennui, la violence et la morosité.

L’homme espère quand il croit qu’il peut. Lui donner du pouvoir et de l’initiative, c’est mettre en place, par contagion, un nouveau mode de vie pour le 21ème siècle et sauvegarder un État de droit fort, promoteur d’humanisme et de capital social.


>>> Crédit photo: AttributionNoncommercial Jessica Tardif

Ce texte est inspiré du livre : « De la défaite du travail à la conquête du choix » de B. Jarosson et M. Zarka, paru aux éditions Dunod.

>>> Source : http://revenudebase.info/2013/02/la-conquete-du-choix/

 

Citoyen ou salarié à vie ? Analyse critique du « salaire à vie » de Bernard Friot

Citoyen ou salarié à vie ? Analyse critique du « salaire à vie » de Bernard Friot

Revenu de base ou salaire à vie ? Les désaccords entre les défenseurs des deux projets ne sont pas que d’ordre sémantique. En effet, c’est deux visions de la société qui s’affrontent. Frédéric Bosqué revient dans cette tribune sur ce qui sépare le revenu de base du salaire à vie de Bernard Friot, mais aussi sur ce qui rassemble les militants de chacune des propositions.

salaire à vie VS revenu de base

Depuis plusieurs mois, j’entends, je lis, je vois des informations qui circulent autour du salaire à vie de Bernard Friot et de son « réseau Salariat ». Plusieurs de mes ami-e-s m’ont même dit, en s’appuyant sur les dires de son géniteur ou de ses volontaires, que salaire à vie et revenu de base seraient en quelque sorte de la même famille et que rien de vraiment significatif ne les séparerait si ce n’est leur appellation « revenu » et le « de base »… rien que ça.

En me référant à son livre L’enjeu du salaire (en particulier les pages 167 à 170), et à son interview vidéo en deux parties sur le site Actus Chômage, je voudrais remettre, entre revenu de base et salaire à vie, une perspective de choix civilisationnel afin de regarder si ces deux propositions sont si proches l’une de l’autre ou si leurs directions nous conduisent vers deux avenirs très différents. Ainsi, chacun pourra au mieux, dans le présent, choisir un salaire ou un revenu en fonction de l’avenir vers lequel il conduit, voire peut être un mix entre les deux, sait-on jamais !

Un simple aménagement de la société de production

Soyons d’accord au moins sur un point : je n’ai rien « contre » Bernard Friot que je n’ai pas le plaisir de le connaître. Et il va sans dire, mais c’est mieux en l’écrivant, que rien dans ce que je dirai ne portera atteinte à ce qu’il est. Je ne pense pas non plus qu’il a tort ou que j’ai raison. Je pense qu’il s’agit plutôt, en tout cas pour moi, d’un désaccord profond dans le sens d’un accord inharmonieux entre la civilisation proposée en fin de compte par un salaire à vie, et celle d’un revenu de base inconditionnel.

Je pense qu’au-delà du nom de chaque proposition s’ouvrent des perspectives radicalement différentes, « radical » étant pris ici dans le sens de profond. En effet, le salaire à vie décrit par le réseau salariat, est pour moi un aménagement de la société de production au profit de l’une de ses composantes : les salariés. Il est une réaction à la prise de pouvoir excessive, sur ce point nous sommes d’accord, d’une autre partie prenante de la société de production : les actionnaires. Personnellement, je ne ferai pas le choix de l’un contre l’autre, car les deux sont nés avec la société de production et les deux disparaîtront avec elle.

Rien de très nouveau d’ailleurs, puisque déjà en 1905, la charte d’Amien confirmait l’article 2 constitutif de la C.G.T. : « « La CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat » ! C’est d’ailleurs pour cela, me rappelait mon ami Patrick Viveret, que le mouvement avait pris pour nom « mouvement ouvrier », ouvrier faisant référence à l’Oeuvre comme projet de vie et non un simple emploi salarié. Loin de tirer la couverture, à droite ou à gauche, du lit de la société de production où nous nous sommes endormis à moitié, le revenu de base, lui, nous en sort… du lit ! Il nous appelle à nous réveiller et nous entraîne pas à pas vers une nouvelle société, celle de l’émancipation. Je pense, mais je peux me tromper, qu’il y aura autant de différences entre la social-démocratie, la civilisation actuelle, et l’ancien régime qu’il y aura de différences entre la social-démocratie et la société de l’émancipation.

C’est ce choix qu’ont fait les défenseurs du revenu de base. C’est pour cela qu’ils refusent de se faire enfermer dans toute idéologie, qu’elle soit libérale, socialiste ou écologiste, même si chacun milite dans un parti ou une organisation se référant à l’une ou l’autre de ces idéologies, voire à aucune ou plusieurs d’entre elles. Ils ont bien compris que l’évolution de la vie va vers l’individualisation des consciences, vers leur émancipation et que cette autonomie ne se gagnera pas contre les autres parties prenantes de notre société mais avec elles.

C’est pour cela qu’ils appellent de tous leurs vœux une compréhension mutuelle, une réconciliation de toutes les parties prenantes de notre société. Car si nous avons choisi la république (Res Publica, la chose publique) ET la démocratie (le gouvernement par le plus grand nombre) c’est parce que nous voulons, dans la diversité, continuer à vivre ensemble. En fait, le message profond des défenseurs du revenu de base est que chacun puisse expérimenter le chemin de son propre bonheur dans le respect des humains et de la nature. Préserver le bien commun et étendre nos libertés individuelles, voilà le projet civilisationnel du revenu de base. Mettre fin à l’utilisation de l’humain comme prothèse à vie de l’appareil de production et l’utilisation de la nature comme son support, voilà leur engagement Politique avec un grand P comme dans « PAIX ». J’attends avec une certaine impatience, le projet civilisationnel et l’engagement politique des défenseurs du salaire à vie.

Je vais donc essayer, au travers de la lecture de leurs écrits, de mettre en avant nos différences, non pas pour nous opposer de façon stérile mais pour mettre clairement sur la table les objets de notre dispute, dans le sens élevé auquel l’entendaient nos ancêtres Grecs et plus particulièrement leurs philosophes. C’est à partir de ces éléments saillants que je nous invite à entrer en dialogue, quand et où nous le voudrons, mais dans tous les cas, dans un esprit de fraternité qui sied à ceux qui aspirent à l’émancipation humaine.

Salaire à vie et revenu de base sont inconditionnels

Les défenseurs du revenu de base ont dû souvent faire face à diverses propositions qui se revendiquaient de la même famille qu’eux. Afin de bien distinguer chacune d’entre elles,  ils ont établi une grille de test simple auquel nous allons aussi soumettre le salaire à vie :

1.     Un salaire à vie est il inconditionnel ? Non, il est versé sous condition de majorité. Il faut avoir 18 ans.

2.     Le salaire à vie est-il égal pour tous ? Non, il est fonction d’une échelle de qualification qui compte quatre niveaux. Il y a bien une différence entre les humains et cette différence est exprimée par leurs niveaux de qualification. Mais par rapport à quoi ? par rapport à leur appartenance à l’appareil de production marchand.

3.     Le salaire à vie est-il versé de la naissance à la mort ? Non, nous l’avons vu, nouvelle distinction entre les humains : un mineur n’est pas un « vrai » humain.

4.     Le salaire à vie est-il cumulable ? Oui, puisque les niveaux de qualification s’empilent.

5.     Le salaire à vie est-il inaliénable ? Je n’ai pas trouvé de réponse à ce sujet.

Le salaire à vie n’est donc pas inconditionnel, il n’est pas non plus égal pour tous, il n’est pas versé de la naissance à la mort, il est par contre cumulable.

Mais pour autant, je le considère comme le plus proche cousin de nos revenus d’existence, de base, de vie, inconditionnels ou autres allocations universelles ou citoyennes … car comme eux, il est irréversible et laisse à penser que chacun, avec lui, pourra enfin un jour choisir son activité indépendamment du revenu en monnaie qu’il en tirera.

Nous avons donc une base commune ! Soyons heureux nous avons donc à partir de cette base commune une forte perspective d’amélioration !

 « Salaire » ou « Revenu », du Mineur à vie au Majeur de base

« L’attribution à chacun, à sa majorité, du premier niveau de qualification, reconnaît la potentialité de participer à la création de valeur économique » nous dit Bernard Friot.

Je suis en désaccord profond avec cette phrase qui encore une fois ne peut voir un humain autrement que comme prothèse à vie de l’appareil de production. Je refuse toute forme d’aliénation, qu’elle soit issue d’un collectif ou d’un individu. Un humain naissant ne sera jamais « un potentiel de participation à la valeur économique ». Il est bien plus que cela.

C’est quand même hallucinant qu’au XXIème siècle, on ne puisse comparer les humains entre eux que comme exerçant, même potentiellement, une activité de production dans le but de vendre cette production contre de la monnaie sur un marché ! À cette réduction de l’humain, à sa qualité de travailleur à vie, pire de salarié à vie, le revenu de base oppose une vision émancipatrice. Le revenu de base n’est pas versé parce que nous avons des capacités à produire mais simplement parce que nous existons. Le petit d’humain est accueilli pour lui-même, sans condition ni comparaison. Il est le même pour tous, il ne t’est pas donné pour ce que tu vas faire pour la société, vision utilitariste et matérialiste de l’humain et il n’est pas lié non plus à ton mérite personnel, vision élitiste et individualiste de l’humain.

Ici commence la raison pour laquelle nous disons revenu et pas salaire. Un revenu me revient, et justement il se trouve que le revenu de base me revient car il est un droit nouveau à jouir du patrimoine commun de toute l’humanité qui ne se réduit pas à celle qui occupe cet espace et ce temps mais qui s’étend à celle qui occupe tous les temps et tous les espaces. Depuis Yoland Bresson, nous savons que quel que soit son niveau de qualification, un geste technique n’a de valeur marchande que dans le champ économique dans lequel il est inscrit. Et ce champ économique n’a pas été créé que par l’individu qui accomplit cet acte marchand, ni par la génération actuelle qui l’a mis au monde, mais aussi par toutes celles et ceux qui nous ont précédés. Ainsi ce capital humain (je sais que ça va hérisser les poils de certains, mais bon autant mettre sur la table ce qui n’y est pas encore !), n’appartenant à personne, appartient à tous et nous devrions nous le répartir de façon strictement égalitaire.

Le revenu de base est donc un revenu qui me revient indépendamment de ceux qui me gouvernent, de ceux qui me font travailler, de ceux qui défendent mes droits et même de ceux qui m’ont donné la vie, voire indépendamment de mes propres talents. C’est en cela que le revenu de base est émancipateur de toutes les conditions qui s’exercent sur notre libre arbitre, qu’elles soient génétiques, psychologiques, culturelles, structurelles, voire conjoncturelles.

Oui, un salaire n’est pas un revenu, justement. Le salaire est né avec l’industrialisation de la production et l‘apparition de la machine. Pour moi, il n’est que la forme moderne de l’esclavage. D’ailleurs en droit, il implique un lien de subordination avec son employeur. Le salaire est souvent fonction du marché du travail, comme il existait à l’époque le marché des esclaves. Bien sûr, je ne nie pas la profonde influence positive qu’il a eu sur les conditions de travail grâce aux luttes sociales pour le faire croître, mais j’en dénonce le tréfonds aliénant. Que ce soit sous la domination des salariés qui fixeront son niveau, ses paliers, ses épreuves et son mérite, ou que ce soit sous sa domination actuelle liée aux actionnaires qui conditionnent ce qu’ils laissent aux salariés ; dans les deux cas ce sont des parties prenantes de la société de production qui le fixeront à partir d’une production marchande vendue sur un marché contre de la monnaie.

Je ne pousserai pas plus loin la comparaison. Retenons seulement que si nous voulons vraiment poursuivre l’émancipation de l’Humain, en préservant la diversité de ses activités marchandes ou non selon ses aspirations, le revenu ne doit plus dépendre d’aucun pouvoir, qu’il soit privé ou public, mais d’une décision constitutionnelle votée par une majorité qualifiée qui octroie sans condition un revenu à tout citoyen dès sa naissance et jusqu’à sa mort. Ce revenu inaliénable, égal pour tous, doit lui permettre de dire « oui » ou « non » à une activité marchande. Ce nouveau droit nous fera entrer dans une société nouvelle. Il changera profondément les rapports sociaux et mettra fin à ce chantage à la faim qu’exercent les parties prenantes de la société de production sur tous les humains et l’exploitation suicidaire de la nature et de toutes ses formes de vie.

« A vie » ou « de base » : du déterminisme au libre arbitre

Je ne serai donc jamais un mineur à vie ! Je suis un majeur de base. Ce n’est pas parce qu’une société de chats fera naître un chien que le chien deviendra un chat ! Nous devons nous organiser pour que chacun trouve sa place dans notre république, et que croissent Liberté, Égalité et Fraternité ensemble… entre chiens et chats !

Bernard Friot nous dit :

Les ressources relèvent de deux chèques, celui du revenu de base et le second obtenu sur le marché du travail. L’emploi demeure donc bien la matrice du travail, même si un forfait vient reconnaître la contribution au travail du hors-emploi

Oui et non ! Certes, la (r)évolution de l’instauration d’un revenu de base met en évidence, en effet, deux revenus. Un revenu d’activité lié à ma participation individuelle à la production d’un bien, d’un service ou d’une information, vendue ensuite sur un marché, et un revenu d’existence non lié à ma participation directe à la production marchande mais indexé sur elle.

Le but du revenu de base n’est pas de modifier la nature du revenu d’activité. Que ceux qui veulent produire des biens, des services et de l’information, qui vont être vendus ensuite sur un marché en monnaie, s’arrangent entre eux ! Il y a pour cela la loi, les droits, et tout ce qui est nécessaire pour répartir en monnaie le fruit de cette production marchande. Je ne dis pas que c’est bien ou mal, je dis qu’ils décident entre eux. Pour ma part, je pense qu’il faut étendre la démocratie au marché et pour cela je me battrai pour que toutes les parties prenantes de l’économie participent aux choix de la répartition de ce qu’ils ont produit et que jamais l’une d’entre elles ne décide sans les autres.

L’histoire nous a montré et nous montre encore aujourd’hui les excès possibles issus de la volonté de toute puissance de chacune des parties prenantes de la société de production : clients, fournisseurs, salariés, actionnaires, société civile… Pour ce faire il nous faudra même changer la loi, car il n’existe pas un droit de l’entreprise mais seulement un droit des sociétés de capitaux. Même les SCOP sont soumises au droit des sociétés de capitaux. Il n’existe aucune possibilité, en droit, d’entreprendre sans que le centre de l’entreprise soit un capital en monnaie ! Mais ce n’est pas ici le lieu de débattre de ce thème et justement, ce n’est pas le champ d’engagement du revenu de base.

Le sujet du revenu de base est de créer un nouveau type de revenu pour tous les humains indépendamment de leur participation à une activité marchande. Un revenu d’existence qui donne le droit de choisir une activité grâce à ce revenu, et non pour en avoir un.

Le sujet du revenu d’existence, qui un jour sera un revenu d’autonomie, c’est le pouvoir de chaque citoyen de dire « oui » ou « non » à une activité marchande. Son sujet, c’est le « JE » au cœur du « NOUS ». Nous pensons que l’on peut tout à fait vivre et se développer en relocalisant sa production voire en la démonétisant pour en user directement ou l’échanger gracieusement. Nous pensons que de plus en plus d’activités « de base » nécessaires à la vie engendrent une abondance qui n’est limitée « à vie » que par leur monétisation et leur appropriation par certaines parties prenantes de la société de production. Nous revendiquons le droit d’exister et de créer, indépendamment de la monétisation que nos activités engendrent. Seul un découplage des revenus des seules activités marchandes permettra cette métamorphose vitale de notre civilisation marchande en une civilisation humaine fondée à la fois sur la préservation de notre bien commun ET sur l’extension de nos libertés individuelles.

Pour un nouveau contrat social

Le contrat social implique que nous abandonnions une partie de notre liberté individuelle au profit d’une volonté commune constituée en association. C’est elle qui préserve mes droits individuels contre toutes les parties prenantes de la société. En particulier elle est là pour m’assurer de la jouissance durable du bien commun nécessaire à la vie. Mais aujourd’hui, nous sommes contraints à produire bien plus que ce qui nous est suffisant, en raison de ce chantage à la faim qui, par le salaire, nous met un anneau dans le nez. Seule une déconnexion du revenu de l’activité marchande viendra à bout de ce nouvel esclavage. Ce lien toujours clair entre salaire et production marchande, entre salaire et utilité sociale, doit être coupé définitivement, par un revenu d’existence ou de base. Le revenu d’activité, lui, restant assis sur cette production marchande qu’il soit salarial ou non.

À l’inverse du Salaire à vie qui rattache clairement son niveau à une qualification qui est fonction de l’appareil de production.

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Aujourd’hui, la société de production est capable de produire bien plus que le nécessaire. Et pourtant, partout dans le monde, des humains meurent de faim, de froid, d’ignorance et de maladie pendant que d’autres remplissent leur coffre et leur caddie d’objets inutiles à la vie. Avec 80 milliards de dollars, on met fin à la misère. Soit la bagatelle de 0,01 % des transactions financières dans le monde des actionnaires, 10% du budget militaire mondial des états, ou encore 100% du budget de la nourriture pour animaux domestiques en 2010. Une crise de valeurs ? Oui mais pas financière ! Les volontaires du revenu de base ne sont pas là pour s’immiscer dans les combats éternels que se livrent ceux qui ne veulent pas produire et échanger sans contrepartie à leur travail, mais leur cause est celle de ceux qui depuis longtemps pensent en termes de gratuité, de fraternité, de liberté, de justice, d’émancipation et d’abondance.

Bien sûr, il faut mettre fin à l’injustice sociale, aux conditions de travail ignobles auxquelles sont soumises certains salariés dans le monde, le viol outrancier de la nature et de ses formes de vie, la guerre économique que se livrent des entreprises exsangues car soumises à une demande solvable sans cesse réduite par la productivité des machines, l’intensification des cadences et l’appropriation fanatique des acteurs financiers de la monnaie nécessaire à faire circuler les richesses réelles. Un simple revenu « de base », permettant à terme de dire « oui » ou « non » à une activité marchande serait un signal majeur pour remettre chacun à sa place. Les rapports sociaux changeraient profondément et chacun pourrait enfin refuser un emploi pour prendre une activité marchande ou non marchande de son choix. Cumulable avec toute forme de revenu, qu’il soit salarial ou non, chacun pourrait choisir, en fonction de son aversion aux risques, l’activité qu’il voudrait conduire et le niveau nul, légitime ou excessif des contreparties qu’il voudrait en échange de ses talents.

Transition VS révolution

« Tous les changements révolutionnaires dans la définition du travail abstrait qu’opère déjà le salaire à vie continuent à être niés, a fortiori, par ce que rend possible le salaire universel. » nous dit Bernard Friot

Dans un processus de changement profond et vital d’une organisation, que ce soit un foyer, une entreprise, ou la communauté mondiale, l’important n’est pas ceux qui vont s’adapter aux nouvelles règles mais ceux qui ne vont pas s’y adapter. La question de fond sera : comment la nouvelle organisation va-t-elle intégrer la plus grande diversité possible pour continuer sa progression sans vivre une douloureuse «contre-révolution »? De toute façon, dans un cas comme dans l’autre, l’organisation devra intégrer ce qui est devenu nécessaire à sa survie ou bien elle périra. Jared Diamond nous a montré dans son livre Effondrement que le manque de cohésion sociale et l’incapacité à consommer les ressources au rythme de leur renouvellement sont les deux causes les plus fréquentes de disparition des civilisations qui nous ont précédées.

C’est pour cette raison, mais c’est un choix personnel, que j’ai abandonné toute forme de révolution au profit de la transition, quoiqu’une transition soit une (r)évolution mais avec un changement d’ère ! Cela fait 27 ans que je suis un volontaire engagé pour remettre la finance au service de l’économie et l’économie au service de la vie. Je suis engagé avec mes ami-e-s pour l’instauration d’un revenu de base inconditionnel pour tous. Je suis également engagé (entre autres) pour une réappropriation de la monnaie par les citoyens dans le mouvement « Sol », que Patrick Viveret a initié. Je pense donc appartenir à la même famille des humains progressistes qui ne peut se réduire à la seule « gauche marxiste».

Qu’est-ce qui est commun à tous mes engagements ? La volonté de réunir tous les camps, de les faire dialoguer, de faire en sorte que chacun sorte du camp dans lequel il est né ou dans lequel les évènements de sa vie l’ont placé. L’objectif est de trouver à nouveau un centre de l‘union, où les volontaires de chaque camp pourront à nouveau trouver les causes et non plus les cibles de nos problèmes communs et bâtir enfin les bases d’une nouvelle civilisation plus humaine et plus respectueuse de la nature. Tous sont les bienvenus pour surpasser la souffrance et la douleur humaine et engendrer la poursuite de l’émancipation humaine !

Il s’agit d’accueillir tous ceux qui veulent mettre fin à ces passions archaïques d’accumulation sans mesure, de spoliation systématique,  de pouvoir  unilatéral sur les autres, de production sans régulation, d’exclusion bestiale et la liste pourrait s’étendre quasiment à l’infini tant notre culture colporte encore de germes propices à la régression humaine. Il s’agit de donner la chance à chacun de prendre un nouveau départ, de ne plus répéter le passé, d’opérer sa métamorphose, de passer de la chenille au papillon ! Et ce sont toutes ses chenilles en cours de transition qui sont la société en transition. C’est à chacun d’entre nous d’élever ses comportements au niveau de ses valeurs  et d’aider les autres à faire de même. Comme le dit Gandhi :  » Sois le changement que tu veux voir dans le monde… ».

Invitation au dialogue

La dispute (toujours au sens grec) et le dialogue que je propose à nos camarades du « Salaire à vie », se résume à deux constats temporaires sur le revenu de base et le salaire à vie.

Par son caractère modeste « de base », le revenu de base procède par transition en faisant gagner progressivement toutes les parties prenantes de la société de production. Le fait que chacun pourra continuer à se regrouper en association ou en entreprise avec ou sans but lucratif, autour d’une capital financier ou humain, pour exercer une activité marchande ou non, introduira une diversité de choix propice à un enrichissement mutuel que la démocratie par la négociation, permettra de réguler et de faire progresser. Le revenu de base renforcera notre volonté de faire société dans la diversité. En même temps, le fait de déconnecter le revenu de la seule activité marchande introduira un germe de changement que le corps social pourra intégrer sans rejet ni lutte excessive avec, à terme, l’assurance, comme tous les droits précédents, d’atteindre un revenu d’autonomie suffisant pour dire « oui » ou « non » à une activité marchande et entrer dans une société de l’émancipation pour préserver notre bien commun et étendre nos libertés individuelles.

Par son caractère « à vie », le salaire à vie, selon moi, reste un projet trop global, centralisé, faisant système et basé sur des rapports de force excessifs. Il ne peut faire gagner l’une des parties prenantes de notre société que contre la destruction d’une autre, ce qui appellera pour moi des processus forcément violents et non démocratiques pour contenir la réaction violente de ceux qu’ils voudront détruire et réduira notre volonté commune à faire société. Son engagement et ses perspectives sont clairement de rester à l’intérieur même d’une société de production dans laquelle, l’humain, producteur marchand et salarié pour l’éternité, restera lui une prothèse « à vie ». L’appareil de production marchand restera central. La nature et la Vie ne seront jamais que son support éternel. Le fait que ce soient les salariés ou les actionnaires d’une entreprise marchande qui décident, collectivement ce qui est valorisable ou pas en monnaie pour chacun, continuera à freiner la poursuite de l’émancipation humaine.

Il me tarde de pouvoir discuter de tout cela, dans un esprit de fraternité, avec Bernard Friot et les volontaires du salaire à vie. C’est dans une compréhension plus grande de nos différences que nous pourrons construire nos désaccords mais c’est aussi dans leur acception que nous pourrons, peut-être, voir émerger à vie une base commune et cela, mes ami-e-s, sera pour moi autant un salaire qu’un revenu.


Pour prolonger le débat, le livre de Frédéric Bosqué sur alternativeshumanistes.info

>>> Crédit photo Paternité savagecats PaternitéPartage selon les Conditions Initiales BarbaraLN

>>> Source sur : http://revenudebase.info/2013/01/revenu-salaire-vie-friot/

 

Où va l’économie numérique ? : robotisation ou monopolisation ?

Où va l’économie numérique ? : robotisation ou monopolisation ?

“C’est peut-être difficile à croire, mais avant la fin de ce siècle, 70 % des emplois d’aujourd’hui sera remplacé par l’automatisation. Oui, cher lecteur, même votre travail vous sera enlevé par des machines. En d’autres termes, votre remplacement par un robot n’est qu’une question de temps”, affirme Kevin Kelly (@kevin2kelly) dans un passionnant article pour Wired intitulé : “meilleurs que les humains : pourquoi les robots vont (et doivent) prendre votre job”.

Votre remplacement par un robot n’est qu’une question de temps !

Ce bouleversement est induit par une deuxième vague dans l’automatisation, estime Kevin Kelly : une vague centrée sur la cognition artificielle, les capteurs bon marché, l’apprentissage automatique et l’intelligence distribuée. Et cette automatisation profonde va toucher tous les emplois, du travail manuel au travail intellectuel.

Après avoir remplacé les travailleurs à la chaîne, les robots vont remplacer les travailleurs dans les entrepôts. Ils seront capables de récupérer les colis, les trier et charger les commandes dans les camions. Le ramassage des fruits et légumes continuera à être robotisé, jusqu’à ce qu’aucun être humain n’y participe plus, hormis dans quelques fermes spécialisées. Dans les pharmacies, les robots distribueront les médicaments tandis que les pharmaciens se concentreront sur le conseil au patient. Le nettoyage des bureaux ou des écoles sera pris en charge par des robots nocturnes qui commenceront par faire des choses faciles à faire comme nettoyer les planchers ou les fenêtres avant finalement d’être capables de nettoyer les toilettes. Nos camions et voitures seront demain pilotés par des robots…

Alors que les robots ne vont cesser d’être intégrés aux tâches manuelles, ils vont également affecter le travail en col blanc. Narrative Science sait écrire des articles sur le sport à partir de statistiques et de résultats sportifs ou générer des résumés de performance boursière d’une entreprise à partir de textes trouvés sur le web. “Tout travail de paperasserie sera pris en charge par les robots, y compris une grande partie de la médecine. Même les domaines de la médecine qui ne sont pas définis par la paperasserie, comme la chirurgie, seront de plus en plus robotisés. Les tâches de routines de tout travaux à forte intensité d’information pourront être automatisées.” (…) La prise de contrôle par les robots sera épique… Et elle a déjà commencé.”

Si nous sommes à un point d’inflexion, estime Kelly, c’est parce que les machines ont acquis de l’intelligence. “Nous avons des idées préconçues sur la façon dont un robot intelligent devrait regarder et agir, et celles-ci peuvent nous faire oublier ce qui se passe déjà autour de nous. Nous pensons que l’intelligence artificielle doit être proche de celle de l’homme. Mais c’est là faire la même erreur que de croire que le vol artificiel devrait ressembler au vol des oiseaux et battre des ailes. Les robots vont penser différemment. Pour comprendre à quel point l’intelligence artificielle a déjà pénétré nos existences, nous devons nous débarrasser de l’idée que celle-ci sera la même que celle des hommes.”

Les robots de demain seront aussi simples à utiliser que des… ordinateurs

Prenez Baxter, le robot de travail de Rethink Robotic, conçu par Rodney Brooks (Wikipedia,@rodneyabrooks), l’inventeur du robot aspirateur Roomba. Baxter est un des premiers exemples d’une nouvelle classe de robots industriels créés pour travailler aux côtés des humains. Baxter n’a pas l’air impressionnant. Il a de grands bras musclés et un affichage à écran plat comme de nombreux robots industriels. Et les mains de Baxter effectuent des tâches manuelles répétitives, tout comme les robots d’usine savent le faire. Mais il est différent de trois façons importantes, souligne Kevin Kelly.

Les capacités de Baxter
Image : les capacités de Baxter.

Tout d’abord, il peut regarder autour de lui et indiquer où il regarde en bougeant les grands yeux animés qu’il a sur la tête. Il est capable de percevoir les humains qui travaillent près de lui pour éviter de les blesser. Et les humains peuvent voir s’il les voit. Jusqu’à présent, les robots industriels ne savaient pas faire cela, ce qui expliquait qu’ils devaient être physiquement séparés des humains. Un robot d’usine typique est la plupart du temps emprisonné dans un grillage ou une cage en verre. Ils sont tout simplement trop dangereux parce qu’ils ne sont pas conscients des autres. Cette isolement empêchait jusqu’à présent que de tels robots de travaillent dans une petite boutique par exemple, où il n’est pas facile de trouver de la place pour isoler quelque chose. On ne pouvait pas leur faire passer ou récupérer des matériaux facilement, sans mesures de sécurité lourdes. Mais avec Baxter, vous pouvez le brancher sur une prise de votre garage et travailler à ses côtés, sans risque.

N’importe qui peut former Baxter. Il n’est pas aussi rapide, puissant et précis que d’autres robots industriels, mais il est plus intelligent. Pour apprendre quelque chose au robot, il vous suffit de saisir ses bras et de les guider pour qu’il fasse les mouvements corrects de la séquence qu’il doit faire.“C’est une forme d’apprentissage simple consistant à montrer ce qu’il faut faire. Baxter apprend une procédure, puis la répète. Tout travailleur est capable de faire cet apprentissage au robot. Vous n’avez même plus besoin de savoir lire ou écrire.” Jusqu’à présent, les robots industriels nécessitaient des ingénieurs et des programmeurs hautement qualifiés pour écrire des milliers de lignes de code (et les déboguer) pour instruire le robot d’un simple changement de tâche. Le coût réel d’un robot industriel classique n’est pas son matériel, mais son fonctionnement, souligne Kevin Kelly. Les robots industriels coûtent plus de 100 000 dollars à l’achat, mais il faut compter au moins jusqu’à 4 fois ce montant pour le programmer, le former, le maintenir à jour ou le faire évoluer.

La troisième différence est donc que Baxter ne coûte pas cher. Vendus au prix de 22 000 dollars, nous sommes là dans un rapport de coût bien différent de ses prédécesseurs. Baxter est le premier robot-PC, et comme avec un ordinateur, l’utilisateur peut interagir directement et immédiatement avec lui, sans avoir besoin d’experts et l’utiliser pour des choses peu sérieuses voir frivoles. “De petits fabricants peuvent se l’offrir pour lui faire emballer des marchandises, pour personnaliser la peinture de leurs produits ou gérer leurs machines d’impression 3D. Et vous pourriez même vous en servir pour équiper une usine qui fabrique des iPhone”, s’amuse Kevin Kelly.

Brooks spécule déjà sur comment ses robots vont transformer la fabrication d’une manière encore plus brutale que la dernière révolution technologique. “Pour le moment, nous pensons l’industrialisation par rapport à la Chine. Mais les coûts de fabrication s’effondrent à cause des robots et les coûts de transports sont appelés à devenir un facteur plus important que les coûts de production. La proximité ne sera pas chère. L’avenir est à un réseau d’usines localement franchisées où les produits seront fabriqués à quelques kilomètres de l’endroit où on en a besoin.”

Les étapes de notre remplacement par des robots

Kevin Kelly propose une matrice pour comprendre comment le remplacement de nos activités par des robots va évoluer.

Il y a d’abord les emplois que l’homme peut accomplir, mais que les robots peuvent faire encore mieux. Les humains savent tisser le coton, mais les métiers automatisés savent le faire encore mieux que nous et pour quelques centimes. La seule raison d’acheter du tissu fabriqué à la main aujourd’hui, c’est parce qu’on peut apprécier les irrégularités, les imperfections humaines qu’il présente. Mais beaucoup d’imperfections humaines n’ont pas de valeur, dans la conduite de véhicules par exemple.

Pourtant, pour les tâches complexes, nous avons toujours tendance à croire qu’on ne peut pas faire confiance aux ordinateurs et aux robots, souligne Kevin Kelly. C’est pourquoi nous avons été lents à reconnaître la façon dont ils maîtrisent certaines routines conceptuelles et parfois même leur maîtrise de routines physiques. Le pilote automatique sait faire voler un 787, mais, irrationnellement, nous plaçons des pilotes dans le cockpit pour assister le pilote automatique… au cas où. Dans les années 1990, les évaluations informatisées de prêts bancaires ont remplacé les évaluateurs humains. “Nous avons accepté une fiabilité absolue dans la fabrication de robots, bientôt nous allons l’accepter dans l’intelligence robotique et de service.”

Il y a ensuite les emplois que les humains ne peuvent pas faire, mais que les robots savent très bien faire. Si l’homme a du mal à visser une vis en laiton sans aide, l’automatisation est capable d’en visser des milliers à l’heure. Sans automatisation, nous ne saurions pas fabriquer d’ordinateurs qui exigent un certain degré de précision, de contrôle et d’attention que nos corps d’animaux ne possèdent pas. Aucun groupe humain ne saurait chercher à travers toutes les pages web du monde entier sans employer un robot pour cela. Les plus grands avantages que l’on tire des robots et de l’automatisation viennent du fait qu’ils occupent des emplois que nous serions incapables de faire. Nous n’avons pas la capacité d’attention pour scanner chaque millimètre de cellule à la recherche de cellules cancéreuses. “Nous ne donnons pas de bons emplois aux robots. La plupart du temps, nous leur donnons des emplois que nous serions incapables de faire. Sans eux, ces emplois resteraient vacants.”

Il y a également les nouveaux emplois créés par l’automatisation, ceux que nous ne savions pas que nous pourrions faire. Grâce aux robots et à l’intelligence informatique, nous pouvons faire des choses que nous n’aurions jamais imaginé faire. Conduire un chariot sur Mars, imprimer un motif sur un tissu qu’un ami nous a envoyé par e-mail… Des possibilités créées principalement grâce aux nouvelles capacités des machines. Ce sont autant d’emplois que les machines rendent possibles. Avant que nous n’inventions l’automobile, la climatisation, les écrans plats et les dessins animés, aucun habitant de la Rome Antique n’avait souhaité pouvoir regarder de dessins animés en se rendant à Athènes dans un confortable char climatisé. Les premières intelligences artificielles intégrées aux jeux d’action ont donné à des millions d’adolescents l’envie, le besoin, de devenir des concepteurs de jeux professionnels. Un rêve qu’aucun garçon de l’époque victorienne n’a jamais eu. Chaque succès de l’automatisation génère de nouvelles professions – professions que nous n’aurions pas imaginées sans l’impulsion de l’automatisation. Pour le dire autrement, la majeure partie des nouvelles tâches créées par l’automatisation sont des tâches que seulement d’autres automates peuvent réaliser. Il y a fort à parier que les professions qui gagneront le plus d’argent en 2050 dépendront d’automatismes et de machines qui n’ont pas encore été inventées, estime Kevin Kelly. Autrement dit, nous ne pouvons pas voir ces emplois d’où nous sommes, car nous ne pouvons pas encore voir les machines et les technologies qui les rendront possibles. Les robots créent des emplois que nous ne savions même pas que nous voudrions faire. Et ce n’est pas si trivial. “Nos désirs sont inspirés par nos inventions antérieures. L’industrialisation a fait bien plus que prolonger la durée de vie moyenne des hommes. Elle a permis à un grand pourcentage de la population de décider de ce qu’elle voulait être : ballerine, musicien, mathématicien, athlète, créateur de mode, maître de yoga, auteur de fan-fiction… Demain, bien des machines seront capables de faire certains de ces métiers à notre place. Mais nous ne cesserons pas de rêver à trouver de nouvelles réponses à ce que nous voulons faire.”

“Notre travail est de trouver et fabriquer de nouvelles choses, qui deviendront plus tard des tâches faites par les robots.” Dans les années à venir, les robots pilotes de voitures et de camions vont devenir omniprésents. Et cette automatisation va engendrer de nouvelles occupations humaines par exemple pour optimiser nos trajets.

“La révolution technologique éclatera quand tout le monde aura son robot personnel, quand les descendants de Baxter seront à notre entière disposition”, estime Kevin Kelly. Imaginez-vous à la tête d’une petite ferme biologique. Votre flotte de robots ouvriers accomplira le désherbage, luttera contre les ravageurs de culture, récoltera les produits tels que prescrits par un robot surveillant qui ne sera rien d’autre qu’une sonde dans le sol. Les robots effectueront tout ce qui peut être mesuré.

A l’heure actuelle, tout cela semble impensable. Nous ne savons pas imaginer un robot capable d’assembler un ensemble d’ingrédients dans un cadeau ou fabriquer des pièces de rechange pour notre tondeuse à gazon ou des matériaux pour notre cuisine. Nous ne pouvons pas imaginer que nos enfants auront des douzaines de robots dans leurs garages, ni qu’ils seront les premiers concepteurs d’appareils.

“Un jour, tout le monde aura accès à un robot personnel, mais en posséder un ne garantit pas le succès”, nuance Kevin Kelly. “Au contraire, le succès ira à ceux qui innovent dans l’organisation, l’optimisation et la personnalisation du processus de réalisation de travaux réalisés avec les machines. Le regroupement géographique de la production deviendra important, non pas pour assurer une différence de coût de main-d’oeuvre, mais à cause de la différence qu’introduira l’expertise humaine. C’est la symbiose homme-robot. Notre mission humaine sera de continuer à faire des emplois pour les robots et c’est une tâche qui ne sera jamais finie.”

L’intégration des robots à notre environnement suit une loi naturelle estime Kelly qui en détaille les étapes temporelles avec humour :

1. Un robot/ordinateur ne peut pas faire les tâches que je fais.
2. OK, il peut faire beaucoup d’entre elles, mais pas tout ce que je fais.
3. OK, il peut faire tout ce que je fais, sauf qu’il a besoin de moi quand il tombe en panne, ce qui est fréquent.
4. OK, il fonctionne parfaitement sur des trucs de routine, mais j’ai besoin de le former à de nouvelles tâches.
5. OK, il peut faire mon ancien boulot ennuyeux, parce qu’il est évident que ce n’était pas un travail que les humains étaient censés faire.
6. Wow, maintenant que les robots font mon ancien boulot, mon nouveau travail est beaucoup plus amusant et paie plus !
7. Je suis tellement content qu’un robot/ordinateur ne peut absolument pas faire ce que je fais maintenant.

“Ce n’est pas une course contre les machines. Si nous luttons contre elles, nous perdrons. Il s’agit d’une course avec les machines. Vous serez payé à l’avenir en fonction de la façon dont vous travaillez avec les robots. Quatre-vingt-dix pour cent de vos collègues de travail seront des machines invisibles. Et la plupart des choses que vous ferez ne seront pas possibles sans elles. Il y aura une ligne floue entre ce que vous faites et ce qu’elles font. Vous pourriez ne plus le considérer comme un emploi, du moins au début, car tout ce qui semble être une corvée sera fait par des robots.

Nous devons laisser les robots prendre le relais. Ils vont faire des travaux que nous avons faits, et les faire beaucoup mieux que nous. Ils prendront des emplois que nous ne pouvons pas faire du tout. Ils vont faire des travaux que nous n’avions même jamais imaginé qu’ils pourraient être faits. Et ils vont nous aider à trouver de nouveaux emplois pour nous-mêmes, de nouvelles taches qui élargissent qui nous sommes. Ils nous permettront de nous concentrer toujours plus sur ce que nous avons de plus humain. Laissons les robots prendre nos emplois et laissons-les nous aider à imaginer les emplois qui compteront demain.”

Mais tous les emplois ne sont pas interchangeables

Bien sûr, la vision de Kevin Kelly paraîtra à beaucoup d’entre nous à la fois stimulante et naïve. Stimulante par que Kelly dresse un pont entre robots et ordinateurs. Naïve, car il laisse penser que tout emploi équivaut à un autre.

L’automatisation du monde, que ce soit par des robots, des machines apprenantes, des serveurs ou des algorithmes, n’a pas les mêmes conséquences sur tous les emplois, comme le souligne pourtant sa matrice. Si les emplois de conception se déplacent à mesure que l’automatisation évolue, ce n’est pas le cas des emplois de manutention notamment. Mais l’automatisation ne concerne pas que les emplois productifs. Dans le commerce où la banque déjà, dans les services à la personne demain, des secteurs où l’emploi pèse très lourd et ne sont pas nécessairement délocalisables, les automates se démultiplient également, faisant disparaître nombre d’emplois qui ne sont pas tous remplacés par des emplois de conception.

Comme le soulignaient Erik Brynjolfsson et d’Andrew McAfee dans Race Against the Machine : les machines ont pris la place de certains types d’emplois qui n’ont pas été remplacés. Malgré la croissance économique, celle des emplois n’a pas suivi le même rythme (voir “Vers une innovation sans emplois”). Kevin Kelly semble balayer du revers de la main le fait que les emplois de conception dont nous aurons besoin demain pour faire fonctionner ces robots n’adressent ni les mêmes volumes, ni les mêmes publics que les emplois manuels perdus.

Pourtant, beaucoup d’économistes souhaitent rester optimistes. L’économiste du Laboratoire de recherche sur les systèmes intelligents du Centre de recherche de Palo Alto et du Santa Fe InstituteBrian Arthurqui pourtant dénonçait encore récemment que l’économie numérique ne crée par suffisamment d’emplois, souligne que la productivité américaine pourrait retrouver une croissance de 2 à 3 % par an dans la prochaine décennie à mesure que la robotisation se développera, explique Art Pline pour le magazine KiplingerHarold Sirkin, un expert du Boston Consulting Group, prédit qu’à moyen terme, l’automatisation va rendre les services et les biens plus abordables et développer l’emploi. Reste que tous les spécialistes n’ont pas cet optimisme. David Autor, économiste au MIT estime que pour contrecarrer les impacts de la robotique sur l’emploi, il faudra s’appuyer sur l’éducation et la formation des travailleurs pour les faire monter en compétences. Pas si simple.

Pas d’innovation sans automatisation

Néanmoins, là où Kelly touche juste, c’est quand il pointe que nous n’échapperons pas à l’automatisation du monde. Au contraire, même : il semble bien ne pas y avoir d’innovation sans automatisation. C’est d’ailleurs certainement notre manque d’automatisation qui explique en partie notre retard de compétitivité. Comme le souligne l’économiste Michel Volledans un entretien publié par Dominique Lacroix : “La France a 5 fois moins de robots que l’Allemagne et 2 fois moins que l’Italie. De plus, le parc français de robots a vieilli. En France, la durée de vie des robots est de 20 ans, en Allemagne, elle est de 10 ans.

Quand on discute de système d’information avec des dirigeants d’entreprise français, on entend très souvent : “L’informatique coûte trop cher”. On en a un exemple avec Henri Proglio à la tête d’EDF. La seule consigne donnée à son Directeur des systèmes d’information a été : “Diminuez le coût de l’informatique”. C’est exactement l’opposé de ce qu’il faut faire. Une informatique modernisée rend l’entreprise plus fluide, permet d’améliorer la relation client, de mieux la documenter.”

Même constat dans les chiffres de la Fédération internationale de la robotique. Fin 2011, la France comptait 34 000 robots, un chiffre à peine plus élevé que celui de l’Espagne (29 000), très inférieur à celui de l’Italie (61 000) ou de l’Allemagne (163 000). Et comme le soulignait Emmanuel Schafroth pour Yahoo! Finances : “l’écart se creuse par rapport à nos concurrents. L’industrie française a installé un peu plus de 3 000 nouveaux robots en 2011, les Allemands près de sept fois plus ! (…) Selon Alexandre Mirlicourtois, directeur des études économiques de Xerfi études, l’industrie française est tout bonnement en voie d’obsolescence : “nos calculs montrent qu’au niveau mondial, 8 à 10% du parc est mis au rebut chaque année, contre 4% seulement en France. Un robot dure plus d’une vingtaine d’années en France contre 10 ans seulement dans le reste du monde”, note-t-il.”

Chris Anderson, dans son livre, Makers, la nouvelle révolution industrielle ne dit pas autre chose quand il évoque par exemple le fonctionnement de l’usine de Tesla Motors aux alentours de Détroit, entièrement automatisée avec des robots Kuka. Une usine ressemblant plus à une énorme machine à commande numérique configurable pour fabriquer presque n’importe quoi, permettant de fabriquer simultanément plusieurs modèles d’automobiles différentes, avec des pièces totalement différentes et même en les alternant entre elles.

“Quoiqu’il arrive de Tesla, son modèle de production triomphera. Il reflète simplement l’orientation prise par la puissance des technologies de fabrication numérique. Ce n’est pas une coïncidence si les robots Kuka sont construits en Allemagne. Cette automatisation flexible explique pourquoi l’industrie manufacturière de l’Allemagne parvient à prospérer malgré ses coûts relativement élevés face à la concurrence chinoise au point d’être le moteur de l’économie européenne.”

“L’ordinateur ne se contente pas de piloter l’usine moderne, il en devient le modèle même. Infiniment flexibles et adaptables, les robots industriels universels peuvent être associés pour créer la machine universelle. Et comme les ordinateurs, ils fonctionnent à n’importe quelle échelle, celle de votre bureau comme celle de l’usine Tesla. C’est cela – pas seulement l’essor d’une technologie avancée, mais aussi sa démocratisation – qui est la véritable révolution.”

Un récent rapport de la Fondation pour l’innovation politique, think tank libéral français, presse la France à robotiser son économie pour la sauver, en en présentant les enjeux et les stratégies : la robotisation détruit certes des emplois industriels (mais qui seraient détruits à terme), mais elle seule permet d’ouvrir de nouveaux débouchés et de nouvelles méthodes de production. “En rendant de la compétitivité à l’outil industriel Français, les robots sont l’allié de l’emploi industriel”, estime leur auteur, Robin Rivaton, qui appelle à favoriser le renouvellement du parc de robot des industries françaises et à développer leur production en France.

La technologie n’est pas responsable de la montée des inégalités : les monopoles qu’elle favorise, oui !

Pourtant, c’est Paul Krugman, prix Nobel d’économie et éditorialiste star du New York Times qui explique peut-être le mieux que le développement des technologies n’est peut-être pas le coupable idéal. Dans un récent édito intitulé “Robots et barons voleurs” il tente une explication pour comprendre pourquoi les profits des entreprises sont à la hausse alors que les salaires et la rémunération du travail ne suivent pas. Depuis les années 90, les bénéfices des entreprises ont augmenté au détriment des travailleurs en général, y compris des travailleurs les plus diplômés, ceux qui étaient censés réussir dans l’économie d’aujourd’hui et qui, jusque dans les années 90 avaient plus profité que les travailleurs moins diplômés des fruits de la croissance. La technologie désormais déplace tous les travailleurs et pas seulement les moins diplômés. “L’une des raisons pour lesquelles certains fabricants de haute technologie tentent un mouvement de retour de leur production aux Etats-Unis est que la pièce la plus précieuse d’un ordinateur, la carte mère, est essentiellement fabriquée par des robots, donc la main-d’oeuvre asiatique bon marché n’est plus une raison pour les produire à l’étranger. “

Dans leur livre Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee soutiennent que des histoires similaires se jouent dans de nombreux domaines, y compris dans de plus en plus d’industrie de services tels que la traduction ou la recherche juridique. La plupart des emplois déplacés sont hautement qualifiés et à hauts salaires : les inconvénients de la technologie ne frappent plus seulement les travailleurs manuels, souligne Krugman.

Barry Lynn et Phillip Longman de la New America Foundation soutiennent, de façon convaincante, à mon avis, que l’augmentation de la concentration des entreprises pourrait être un facteur important dans la stagnation de la demande de main-d’œuvre : les sociétés utilisant leurs monopoles grandissants pour augmenter les prix sans verser de gains proportionnels à leurs employés. Je ne sais pas qui du monopole ou de la technologie explique le plus la dévaluation du travail”, confesse Krugman, mais il est plus que temps d’y réfléchir vraiment.

Comme le souligne Izabella Kaminska sur Alphaville, le blog du Financial Times, si nous connaissons une stagnation de l’innovation, ce n’est pas parce que l’humanité serait devenue moins innovante, mais parce que les intérêts en place ont une plus grande incitation à imposer de la rareté, à ralentir l’innovation. Ce que viendra d’ailleurs confirmer Krugman quelques semaines plus tard, comme l’explique encore Izabella Kaminska : la puissance des robots et de la technologie permettent certes de réduire le taux d’emploi. Mais plutôt que d’aider ceux qui ont perdu leur emploi à cause de la technologie, les entreprises utilisent la puissance de leurs monopoles pour augmenter le rendement du capital. C’est ce qui explique la montée d’inégalités.

Pour le dire plus simplement, ce n’est pas tant la technologie (la “robotisation” du monde) qui explique la montée des inégalités, que le développement de monopoles basés sur ces technologies.

Hubert Guillaud

>>> Source : http://www.internetactu.net/2013/01/17/ou-va-leconomie-numerique-23-robotisation-ou-monopolisation/

>>> Par  le 17/01/13

Un kit libre pour démarrer une civilisation

Un kit libre pour démarrer une civilisation

 

Dans un récent billet intitulé Open Source Ecology ou la communauté Amish 2.0 nous nous faisions l’écho d’un projet assez extraordinaire consistant à placer sous licence libre les spécifications d’une cinquantaine de machines agricoles permettant théoriquement à un village d’accéder à l’autosuffisance.

Un projet qui méritait bien les honneurs d’une conférence TED que nous avons choisi de vous reproduire ci-dessous.

Soit dit en passant, les conférences Ted, au format court caractéristique et de plus en plus souvent sous-titrées en français, constituent avec le temps une véritable mine d’or pour tout internaute curieux de mieux comprendre et appréhender les enjeux d’aujourd’hui et de demain. Je suggère fortement à tout enseignant d’indiquer cette ressource à leurs étudiants et de leur en montrer quelques unes en classe (les interventions sont placées sous licence Creative Commons By-Nc-Nd).

Leur slogan est : « des idées qui méritent d’être diffusées ». Celle-ci, comme les autres, le mérite amplement.

PS : Une ressource signalée par l’excellente revue de presse hebdomadaire d’InternetActu.

—> La vidéo au format webm
—> Le fichier de sous-titres

Transcript

Marcin Jakubowski – Avril 2011 – Open Source Ecology

Marcin Jakubowski: Open-sourced blueprints for civilization

Salut, je m’appelle Marcin, fermier, ingénieur. Je suis né en Pologne, je vis désormais aux États-Unis. J’ai lancé un groupe intitulé « Open Source Ecology » (« Écologie en Accès Libre ») Nous avons identifié les 50 machines les plus importantes qui, selon nous, permettent à la vie moderne d’exister, depuis les tracteurs et les fours à pain aux graveuses de circuits imprimés. Nous avons essayé de créer une version accessible, FLVM, une version « faites-le vous-même » que n’importe qui pourrait construire et entretenir en ne supportant qu’une partie du coût. Nous appelons cela le Kit de Construction du Village Global.

Laissez-moi vous raconter une histoire. J’ai fini à trente ans avec un doctorat en fusion énergétique, et j’ai découvert que j’étais inutile. Je n’avais aucune compétence pratique. Le monde m’a offert des options, et je les ai prises. On pourrait appeler cela un style de vie consumériste. J’ai créé une ferme dans le Missouri et appris les choses en rapport avec l’économie de la ferme. J’ai acheté un tracteur, qui cessa de fonctionner. J’ai payé pour qu’on me le répare, et puis il cessa à nouveau de fonctionner. Alors peu de temps après j’étais moi aussi financièrement incapable de fonctionner.

J’ai réalisé que les outils bon marché, vraiment appropriés, dont j’avais besoin pour établir une ferme durable n’existaient tout simplement pas encore. J’avais besoin d’outils robustes, modulaires, hautement efficaces et optimisés, peu chers, fabriqués à partir de matériaux locaux et recyclés qui dureraient toute une vie, non conçus pour l’obsolescence. Je me suis rendu compte que j’allais devoir les construire moi-même. Et c’est ce que j’ai fait. Je les ai ensuite testés. Et je me suis rendu compte que la productivité industrielle peut être atteinte sur de petites échelles.

Alors j’ai publié les plans en 3D, les schémas, les vidéos d’explication et les budgets sur un wiki. Des participants du monde entier sont apparus, réalisant des prototypes de nouvelles machines à l’occasion de visites de projet dédiées. Jusque-là, nous avons prototypé 8 des 50 machines. Le projet commence à grandir de façon autonome.

Nous savons que l’accès libre a réussi avec les outils de gestion de la connaissance et de la créativité. Le même phénomène est en train de se produire avec le matériel. Nous nous concentrons sur le matériel parce que c’est lui qui peut changer la vie des gens de manière réellement tangible. Si on peut baisser les barrières autour de l’agriculture, de la construction, de la production, nous libèrerons une quantité énorme de potentiel humain.

Cela ne vise pas seulement les pays en développement. Nos outils sont conçus pour le fermier, l’ouvrier, l’entrepreneur ou le producteur des États-Unis. Nous avons vu beaucoup d’intérêt chez ces gens-là, qui peuvent maintenant lancer une société de construction, de fabrication de pièces détachées, d’agriculture bio ou simplement revendre de l’électricité. Notre but est de devenir un répertoire en ligne de plans si clairs, si complets, qu’un simple DVD peut servir de kit de démarrage.

J’ai planté une centaine d’arbres en une journée. J’ai compacté 5000 briques en une journée en utilisant la terre sous mes pieds et j’ai construit un tracteur en six jours. De ce que j’ai vu, ce n’est que le commencement.

Si cette idée est vraiment solide, alors les implications sont considérables. Une meilleure distribution des moyens de production, une chaîne logistique respectueuse de l’environnement, et une nouvelle culture du “faites-le vous-même” pourrait espérer venir à bout d’une rareté artificielle. Nous explorons les limites de ce que nous pourrions faire pour rendre le monde meilleur avec des technologies physiques en accès libre.

Merci.

Consultez la source | Article initialement publié sur Framablog
sous licence Creative Commons By-Sa | Auteur : aKa |

La conséquence inattendue du libre : la politique

La conséquence inattendue du libre : la politique

Dernièrement, j’ai partagé avec vous trois éléments que je trouve cruciaux pour l’informatique de demain et qui, je pense, ont été très mal négociés par le monde du logiciel libre. Tellement mal négociés que je doute que le logiciel libre puisse jamais rattraper son retard. Il s’agit de l’expérience utilisateur, de la décentralisation et du respect de la vie privée.

À certains égards, les libristes comme moi font de plus en plus penser à une tribu de Papous vivant à l’écart, n’ayant que très peu de contacts avec le reste du monde. Ainsi, à l’heure où plus personne n’utilise Flash, le projet prioritaire de la Free Software Foundation reste l’implémentation d’un lecteur Flash libre. Le FOSDEM, grand messe des libristes, possède des salles réservées aux discussions des développeurs ADA ou Smalltalk mais aucune n’a pour sujet les réseaux sociaux libres ou HTML5 et Javascript.

Soyons réalistes : si le libre est partout, on cherchera à trouver plus d’une poignée de produit grand public et libres au sens de la FSF. Les plus grands succès du libre comme Android et, dans une moindre mesure, Ubuntu, sont rejetés des puristes.

Le libre devrait-il toujours s’associer avec le propriétaire pour réussir ? A-t-il donc échoué ? Est-il mort ? Faut-il renier toutes ces années ?

Non car, pour réussir, le propriétaire n’est-il pas désormais obligé de s’associer avec le libre ? Les deux ne sont-ils pas intrinsèquement liés ? La pureté est-elle essentielle au succès ?

Mais au-delà de l’informatique, le libre a étendu son influence dans un domaine où peu l’attendaient : la politique. Si le libre n’a pas su gérer techniquement la décentralisation et la vie privée, les idées sous-jacentes ont fait leur chemin dans la conscience collective. Au point d’envahir la place publique.

Dernièrement, les chemins de fer belges ont diffusé par accident les données personnelles de plus d’un million d’utilisateurs, prenant complètement au dépourvu une classe politique ne sachant même pas s’il s’agissait d’un fait grave ou pas. Ce sont les citoyens qui ont répondus les premiers, qui ont géré la crise et qui ont mis en place l’information nécessaire. Là où le libre n’a pas su apporter une solution technique, il a néanmoins préparé le terrain pour que les citoyens puissent faire face.

Si beaucoup de sociétés privées ne voient que le court terme ou le prix, de plus en plus d’administrations découvrent la nécessité de l’intéropérabilité et financent des projets comme LibreOffice. Le modèle même de collaboration du libre s’invite de plus en plus souvent au sein des collectivités, afin de mettre en commun les ressources comme on peut le voir notamment avec CommunesPlone.

Le libre n’a pas su tenir toutes ses promesses techniques. Mais il a finalement apporté beaucoup plus que de la technique. Il change le monde. Son influence se fait sentir dans les conférences et jusque dans les partis politiques existants (citons Ecolo en Belgique, chez qui c’est particulièrement visible). Cet univers libriste a même été le terreau d’un nouveau mouvement politique : le Parti Pirate.

Car si tous les libristes sont loin d’adhérer à la philosophie du Parti Pirate, force est de constater que celui-ci rejoint souvent les préoccupations du libre : liberté individuelle, respect de la vie privée et transparence de la politique, le code source de notre société. À tel point que beaucoup de pirates passent au logiciel libre suite à leur engagement politique !

On pourrait y voir une idéologie libriste à l’œuvre. J’y vois surtout un pragmatisme. Une génération a découvert, à travers tous les projets libres, les bienfaits de la collaboration à l’échelle planétaire, l’efficacité de la gestion transparente. Une génération biberonnée à la mixité culturelle, maternée au débat technique et à la remise en question permanente sans a priori de race, de sexe, d’apparence physique.

Cette génération qui ouvre les yeux et qui se dit : « Si on a réussi à le faire pour des projets techniquement ultra-complexes, pourquoi est-ce que cela ne marcherait pas avec la gestion de la chose publique ? ».

Peut-être que la plus grande conséquence du libre n’est pas à chercher dans les milliards de lignes de code ni dans les millions de pages Wikipédia mais là, parmi ceux qui, ayant fait l’expérience de l’ouverture, de la transparence et de l’égalité ne peuvent plus concevoir un état obscur, complexe et trop souvent inique.

Peut-être que le libre est avant tout un modèle de société, une école de vie.

>>> Source : http://ploum.net/post/la-consequence-inattendue-du-libre-la-politique

>>> Licence : Creative Commons License
The La conséquence inattendue du libre : la politique by Lionel Dricot, unless otherwise expressly stated, is licensed under a Creative Commons Attribution 2.0 Belgium License.

« Le logiciel libre peut redonner sens à nos vies »

« Le logiciel libre peut redonner sens à nos vies »

Cette citation en titre est du philosophe français Bernard Stiegler. Une vidéo de Simon Lincelles intitulée « Introduction à l’économie contributive » et co-écrit par Bernard Stiegler vient nous montrer comment l’esprit du libre peut transformer la société tout entière.

Il est impératif que vous preniez le temps de visionner cette vidéo. Après ce visionnement, vous ne serez plus jamais le même.

Vidéo de Simon Lincelles (Ars Industrialis)

Malgré quelques inexactitudes, nous partageons l’hypothèse que le logiciel libre (et Wikipédia) représentent un espoir et un modèle pour l’avenir de notre économie.

Remarque: Cette vidéo est le troisième épisode d’une série initiée ici.

>>> Sources :

Notre Dame des Luttes

 

Notre Dame des Luttes

Notre Dame des Luttes

Il n’y a pas que les fans de jeux vidéo qui se lancent dans la mise en ligne gratuite de documentaires… Le photojournaliste Jean-François Castell & Les Films Du Rocher, une structure associative qui réunit des documentaristes, viennent de mettre gratuitement et à disposition de tous sur YouTube, un documentaire de 52 minutes qu’il consacre au combat des opposants au projet d’aéroport de Notre Dame Des Landes, près de Nantes.

Baptisé « Notre Dame des Luttes« , ce documentaire tourné de mi-novembre à mi-décembre 2012 illustre parfaitement la lutte qui se déroule actuellement là bas, entre les militants écologistes et les forces politiques et policières.

A Notre Dame des Landes, le combat contre le projet de nouvel aéroport de Nantes n’est pas seulement physique, avec manifestations, jets de projectiles et constructions de barricades. Il est aussi fortement médiatique. A cet égard, Internet a pris une place de choix dans la communication des opposants au projet qui espèrent mettre la lumière sur leur action pour faire connaître les raisons de leur rejet de la nouvelle zone aéroportuaire, et s’attirer une solidarité nationale telle qu’il deviendra politiquement impossible de continuer à défendre la mise en route du chantier.

« Merci pour ce film !« , « Merci, je suis bouleversée« , « Magnifique reportage ! Bravo et merci à tous« , « Merci pour votre travail« … les félicitations et les remerciements sont déjà légion …

>>> Sources & plus d’infos sur :

Des hypothèses pour un futur inconnu

Des hypothèses pour un futur inconnu

À plus long terme, d’ici dix ans ? : ce qui pourrais se passer et les questions que cela suppose.

(Synthèse des travaux d’une trentaine d’auteurs)


Résumé :

Nous basculons dans l’inconnu : dans un nouveau monde où l’accès à la connaissance se fera à partir de notre maison, au bureau, dans l’automobile ou dans la salle de classe, tapissés d’écrans et d’objets smarts qui y déverseront un tsunami quotidien d’informations non validées. Nous allons devoir apprivoiser de nouveaux outils pour vivre dans cette future société  :

 

• Durant l’ère industrielle le connu était le citoyen et la société ; l’inconnu maintenant est le rôle que la famille et les groupes d’intérêts vont jouer entre ces deux pôles. Dans le futur les outils à apprivoiser seront l’informatisation des nouveaux espaces de connectivité.

• Durant l’ère industrielle le connu était la somme des connaissances accumulées dans les encyclopédies et les dictionnaires traditionnels ; l’inconnu sera les savoirs hétéroclites placés dans Google. Dans le futur, les outils seront les nouveaux moteurs de recherche.

• Durant l’ère industrielle le connu était les échanges personnels que permettait le livre, le disque, le journal ou le film ; l’inconnu sera les consensus que nous devrons développer pour vivre ce rêve commun qu’est le projet de société. Dans le futur, les outils seront les réseaux sociaux axés non pas sur l’individu mais les collectivités.

• Durant l’ère industrielle le connu était les messages de style top down envoyés par les classes dirigeantes aux téléspectateurs anonymes et passifs ; l’inconnu est l’émergence des réactions bottom-up des groupes d’intérêts. Dans le futur l’outil sera l’interactivité grand public.

>>> Source & Suite sur : http://democratieouverte.org/open-blog/des-hypotheses-pour-un-futur-inconnu-33

>>> Par Michel Cartier le 10 Octobre 2012

Le contexte postindustriel

Le contexte postindustriel

Nous allons vivre dans un nouveau monde dont la matière première sera l’information. Les citoyens pourront répondre aux défis de l’ensemble des crises en utilisant plusieurs nouvelles technologies d’information, non seulement très puissantes et dont les effets peuvent être combinés. Découverte en vidéo, suivie d’un texte intégral, synthèse des travaux d’une trentaine d’auteurs dont certains sont membres du collectif Démocratie Ouverte.

Résumé :

Nous allons vivre dans un nouveau monde dont la matière première sera l’information :

 L’information reportage et l’information opinion

la première est l’élément de base servant à comprendre l’état de la situation d’une société devenant postindustrielle et la deuxième sert à observer l’état d’âme de ses acteurs.

• La prise de parole citoyenne et les réseaux sociaux

          éléments de base des négociations entre la société civile et les élites politiques et économiques afin de rédiger un nouveau contrat social.

• La stratégie des prix dynamiques

          éléments de base du développement d’un nouveau modèle économique basé sur la proximité.

Les citoyens pourront répondre aux défis de l’ensemble des crises en utilisant plusieurs nouvelles technologies d’information, non seulement très puissantes et dont les effets peuvent être combinés :

• Le numérique

          élément de base du système de communication entre tous les acteurs de la société.

• Le géoréférencement

          élément de base de l’économie de proximité.

• Le mobile

          élément de base de l’utilisation du cyberespace.

• L’interactivité

          élément de base de l’accès aux connaissances.

• La civilisation de l’image

élément de base du sens donné aux informations.

>>> Par Michel Cartier le 9 Octobre 2012

Le nouveau monde qui émerge

Le nouveau monde qui émerge

Nous allons vivre dans un nouveau monde dont la matière première sera l’information. Les citoyens pourront répondre aux défis de l’ensemble des crises en utilisant plusieurs nouvelles technologies d’information, non seulement très puissantes et dont les effets peuvent être combinés. Découverte en vidéo, suivie d’un texte intégral, synthèse des travaux d’une trentaine d’auteurs dont certains sont membres du collectif Démocratie Ouverte.

Résumé :

• Depuis plus de mille années, la société a été régie par ses élites  politiques. Depuis deux cents ans, les consortiums  économiques ont imposé leurs lois avec l’appui des classes politiques. Maintenant nous basculons vers une société de la connaissance : notre nouvelle structure sera politico-économico-médiatique.

• Ce sera un nouveau monde parce que ses structures politiques vont changer à cause des prises de parole citoyennes, que les structures économiques vont changer à cause du nouveau modèle de proximité et que les structures culturelles vont changer à cause du nouveau type d’accès à la connaissance.

• Pour la première fois de notre histoire tous les citoyens de la planète font face à un ensemble de crises crées par notre individualisme et qui ne pourront être résolues avec le modèle capitaliste qui les engendré. Mais, les citoyens ont aussi accès à des nouveaux outils capables de rémédier à ces crises.

• Notre fragmentation en tant que citoyens nous empêche de prendre des décisions, d’où l’absence de projets mobilisateurs actuellement. La disparition de la confiance rends impossible la rédaction d’un contrat social, donc d’un projet de société pour trois ou quatre années encore.

>>> Source & Suite sur : http://democratieouverte.org/open-blog/le-nouveau-monde-qui-emerge-13

>>> par Michel Cartier le 6 Octobre 2012