Des milliers de morts, des millions privés de libertés civiles ?

Des milliers de morts, des millions privés de libertés civiles ? Stallman (2001)

À l’heure où les USA sont empêtrés dans une sombre histoire d’espionnage généralisé à grande échelle, il nous a paru intéressant de déterrer et traduire un article de Richard Stallman rédigé en 2001 juste après le 11 septembre.

Force est de reconnaître qu’une fois de plus il avait pressenti les conséquences néfastes que nous subissons aujourd’hui.

Sigg3net - CC by

Des milliers de morts, des millions privés de libertés civiles ?

Thousands dead, millions deprived of civil liberties?

Richard Stallman – 2001 – Site personnel
(Traduction : Lamessen, Slystone, Sky, Amine Brikci-N, Asta)

Dans de nombreux cas, les dommages les plus sévères que cause une lésion nerveuse sont secondaires ; ils se produisent dans les heures qui suivent le traumatisme initial, car la réaction du corps à ces dommages tue davantage de cellules nerveuses. Les chercheurs commencent à découvrir des façons de prévenir ces lésions secondaires et réduire les dommages ultimes.

Si nous ne faisons pas attention, les attaques meurtrières sur New York et Washington vont conduire à des effets secondaires bien pire encore, si le congrès étasunien adopte des « mesures préventives » qui écartent la liberté que l’Amérique représente.

Je ne parle pas de fouilles dans les aéroports ici. Les fouilles de personnes ou de bagages, tant qu’ils ne cherchent pas autre chose que des armes et ne gardent pas de traces de ces fouilles, est juste un désagrément : elles ne mettent pas en danger vos libertés civiles. C’est la surveillance massive de tous les aspects de nos vies qui m’inquiète : de nos appels téléphoniques, nos courriels et nos déplacements physiques.

Ces mesures sont susceptibles d’être recommandées indépendamment du fait qu’elles seraient efficaces pour leur objectif déclaré. Un dirigeant d’une entreprise développant un logiciel de reconnaissance faciale est dit avoir annoncé à des journalistes que le déploiement massif de caméras embarquant un système de reconnaissance faciale aurait empêché les attaques. Le New York Times du 15 septembre cite un congressiste prônant cette « solution ». Étant donné que la reconnaissance humaine du visage effectuée par les agents d’accueil n’a pas permis de stopper les pirates, il n’y a pas de raison de penser que les caméras à reconnaissance faciale informatisée aurait été d’une quelconque aide. Mais cela n’arrête pas les agences qui ont toujours voulu mettre en place plus de surveillance de pousser ce plan aujourd’hui, ainsi que beaucoup d’autres plans similaires. Il faudra l’opposition du public pour les stopper.

Encore plus inquiétant, une proposition visant à exiger des portes dérobées gouvernementales dans les logiciels de chiffrement a déjà fait son apparition.

Pendant ce temps, le Congrès s’est empressé de voter une résolution donnant à Bush les pleins pouvoirs d’utilisation de la force militaire en représailles des attaques. Les représailles peuvent être justifiées, si les auteurs des attaques peuvent être identifiés et ciblés avec soin, mais le Congrès a le devoir d’examiner les mesures spécifiques lorsqu’elles sont proposées. Donner carte blanche au président dans un moment de colère est exactement l’erreur qui a conduit les États-Unis dans la guerre du Vietnam.

S’il vous plait, laissez vos représentants élus et votre président non élu savoir que vous ne voulez pas que vos libertés civiles deviennent les prochaines victimes du terrorisme. N’attendez pas, Les lois sont déjà en cours d’écriture.

>>> Crédit photo : Sigg3net (Creative Commons By)

>>> Source : http://www.framablog.org/index.php/post/2013/06/09/stallman-2001

Patrons, laissez vos employés accéder à Internet !

Patrons, laissez vos employés accéder à Internet !

Patrons, laissez vos employés accéder à Internet !

 

De temps en temps, je reçois un email d’un lecteur qui me demande la version PDF d’un de mes articles, mon blog étant bloqué par le pare-feu de son employeur.

Aussi, je voudrais m’adresser à ceux qui emploient ces personnes: dans l’intérêt de votre business, laissez vos employés accéder librement à Internet. Oui, entièrement et librement.

« Mes employés sont payés pour travailler, pas pour aller sur Facebook »

« Je glanderais bien sur Facebook mais comme je n’y ai pas accès, je vais être productif », phrase que n’a jamais dit aucun employé dans l’histoire de l’humanité.

Vos employés sont payés pour effectuer un travail. Veiller à ce que ce travail soit accompli est de la compétence d’un supérieur hiérarchique. C’est la seule manière de savoir si une personne fait bien son travail. Le nombre d’heures prestées ou le nombre d’accès à Facebook ne sont en aucun cas représentatif de la productivité de la personne. Si vos employés passent la majeure partie de leur temps sur Facebook, ce n’est pas à l’employé qu’il faut en vouloir  mais bien au supérieur hiérarchique direct. Et encore, seulement si le travail n’est pas accompli. Car après tout, s’il l’est, de quoi vous plaignez-vous ?

Dans le monde actuel, vous ne savez jamais d’où peut venir la prochaine bonne idée, le prochain contrat juteux, la petite innovation qui multipliera vos marges par deux. En restreignant la liberté en ligne de vos employés, vous supprimez volontairement des opportunités. Vous vous coupez du monde et vous forcez vos employés à faire de même. À moins qu’ils ne surfent via leur téléphone, auquel cas vos efforts sont de toutes façons vains.

Les sites pornos ? si un de vos employé s’ennuie au point de passer son temps sur des sites pornos, une fois encore le problème n’est pas l’employé. Tant qu’il n’importune pas ses collègues et que le boulot est fait, où est le soucis ?

Que vous le vouliez ou non, Internet fait à présent partie intégrante de la vie. Le professionnel et le personnel se mêlent de plus en plus, des solutions complètement inattendues apparaissent à l’autre bout du monde.

Contrôler l’accès internet de vos employés revient à construire une prison. Une prison dans laquelle vos employés sont forcés de venir s’enfermer huit ou neuf heures par jour, les heures étant souvent contrôlées avec des badges à l’entrée. Une prison depuis laquelle les communications avec le monde extérieur sont limitées et surveillées.

Par un simple volonté de contrôle, vous brisez non seulement toute velléité de créativité ou de motivation, vous montrez également à vos employés que vous ne leur faites pas confiance. Ce en quoi, ils vous donneront forcément raison, procrastinant, s’ennuyant et comptant les minutes avant la permission quotidienne, le tout en regardant par la fenêtre. Car dehors, il fait beau. Dehors, les gens sont heureux, ils vont et viennent librement. Dehors, ils ont internet et ne comptent pas les heures.

Bien sûr, vous lirez ceci en souriant, en vous disant que votre business est différent, que vous n’avez rien à apprendre d’un blogueur. Rassurez-vous, je ne m’en fais pas pour vos employés. Car quelle est la seule chose dont rêve un prisonnier ? S’échapper pour de bon ! Et soyez certain qu’il le fera à la première occasion.

>>> Photo par Joshua Davis

>>> Source : http://ploum.net/post/patrons-laissez-vos-employes-acceder-a-internet

#Cyberdéfense : ceci n’est pas un manifeste, ceci est Internet

#Cyberdéfense : ceci n’est pas un manifeste, ceci est Internet

Aujourd’hui se tient au Sénat français un colloque sur la cyber défense. L’utilité même d’un tel colloque est inquiétante pour tout Internet et surtout pour les internautes, nous tous, nous Citoyens. Internet est un bien commun trop précieux pour être confié à des politiciens, des militaires, des diplomates, des commerçants, des marchands de « sécurité »… à n’importe quelle caste qui a toujours prouvé qu’elle ne savait agir que pour assurer sa propre survie en brandissant une menace terroriste.

cyberpeace

Internet survivra à vos castes,

Internet est par définition auto-immunisé.

Nulle chance pour vous d’y introduire de nouvelles formes de cancers,

Qu’elles se nomment cyber commerce, cyber sécurité, cyber défense, cyber dissuasion, cyber terrorisme, cyber guerre ;

Internet, c’est le cyber échange qui ne peut conduire qu’à la cyber paix… et à la paix tout court.

Vous aurez beau réintroduire vos concepts qui ne conduisent nos états qu’à toutes les formes de guerres que l’homme puisse imaginer, et Dieu sait que les hommes sont imaginatifs pour se trouver des raisons de se faire la guerre….

Vous aurez beau essayer de séparer les peuples en tentant de poser des frontières sur Internet, et Dieu sait que les politiques y ont un intérêt pour tenter de légitimer leur illusion de pouvoir…

Vous n’y arriverez pas.

La cyber répression ou la cyber surveillance… au nom de ce que vous pourrez imaginer comme fumeux cyber concepts, n’est garante que de votre petite mort.

La somme des intelligences qui transitent dans les tuyaux d’Internet, c’ est un raz de marée.

Nager à contre-courant, c’est pour vous le meilleur moyen de mourir rapidement, et douloureusement.

La douleur s’exprimera dans vos concepts obsolètes de « république » ou de « démocratie » qui vous échappent octet après octet transitant sur Internet.

Peu importe comment vous appelez vos concepts politiques, diplomatiques ou militaires, en votant des lois qui restreignent jour après jour les libertés des citoyens, ou en essayant de dresser les peuples les uns contre les autres.

Si les états pouvaient autrefois s’immuniser contre leur propre peuple, sachez qu’aujourd’hui, ce temps est révolu. Le peuple a élu domicile sur Internet. Cet Internet, c’est chez lui. Internet c’est le peuple.

Vous voulez réguler Internet, vous voulez civiliser Internet ?

Alors que vous n’êtes pas même capables de moraliser vos propres castes ?

Vous vous exposez bêtement sur le réseau en y introduisant des systèmes critiques au nom du profit, pour ensuite voler les libertés des citoyens, pour tenter de préserver les intérêts vos cyber boutiques, vos cyber banques, de vos cyber infrastructures critiques… qui par définition n’ont rien à y faire.

Internet est un iceberg qui répond aux mêmes principes que la poussée d’Archimède,

Continuez à essayer de l’enfoncer, et vous le reprendrez en pleine figure.

A force de vouloir surveiller tout le monde, vous n’entendez plus personne.

Entendez Internet, ou Internet tuera vos états.

>>> Source sur : http://bluetouff.com/2013/05/16/cyberdefense-ceci-nest-pas-un-manifeste-ceci-est-internet/

>>> Publié le 16 mai 2013 par  (Olivier Laurelli) dans Broutilles

Un règlement dépouillant les citoyens de leur droit à la vie privée

Un règlement dépouillant les citoyens de leur droit à la vie privée

Une coalition d’organisations internationales et européennes, dont AccessBits of FreedomDigitale GesellschaftEDRI, La Quadrature du Net, Open Rights Group, et Privacy International, démarre une campagne commune et un site Internet, nakedcitizens.eu. Ce site permet aux citoyens de contacter leurs représentants au Parlement européen pour les appeler à protéger leur droit fondamental à la vie privée.

Un règlement dépouillant les citoyens de leur droit à la vie privée

Des organisations citoyennes exigent que les membres du Parlement européen protègent la vie privée des citoyens.

Depuis son lancement, la révision de la législation européenne encadrant la protection des données donne lieu à une campagne de lobbying sans précédent de la part d’entreprises privées et de gouvernements étrangers. Le Parlement européen examine en ce moment le texte proposé par la Commission européenne, et envisage d’y faire de dangereux amendements. Selon une coalition d’organisations citoyennes, si ces amendements étaient adoptés, ils dépouilleraient les citoyens de leur droit à la vie privée. Cette affirmation est basée sur l’analyse des 4 000 amendements actuellement examinés par le Parlement européen.

« Sans une protection efficace de nos données, nos vies privées sont mises à nu, pour être utilisées et exploitées abusivement par des entreprises privées et des gouvernements. » déclare Joe McNamee de l’organisation citoyenne European Digital Rights (EDRI) et porte-parole de la coalition. « Nous appelons les membres du Parlement européen à faire primer les droits des citoyens et à rejeter ces propositions dangereuses. »

En prévision du vote final de la commission « libertés civiles » le 29 mai, la coalition de la société civile met en lumière les cinq amendements les plus dangereux proposés par les membres du Parlement européen pour modifier le règlement encadrant la protection des données.

Le règlement proposé par la Commission européenne a pour objectif de renouveler et de moderniser le cadre législatif existant pour l’adapter à l’ère numérique, et de conférer aux citoyens un plus grand contrôle sur leurs données personnelles. Le lobbying démesuré venant de grandes entreprises et de gouvernements risque au contraire de réduire à néant ce cadre juridique.

Les citoyens doivent pouvoir faire confiance aux services en ligne qu’ils utilisent. Le niveau de confiance exceptionnellement bas rapporté par des études tant européennes qu’américaines n’est tout simplement pas viable, tant pour les citoyens que pour les entreprises.

La confiance doit être reconstruite en rendant aux citoyens le contrôle de leurs données grâce aux droits :
(1) d’accéder à leurs données personnelles et de les supprimer,
(2) de transférer simplement leurs données d’un service à un autre,
(3) d’être assurés que leurs données personnelles ne seront utilisées que pour la finalité précise et limitée à laquelle ils ont consenti
(4) d’être assurés que leurs données sont à l’abri des gouvernements étrangers,
(5) d’être assurés qu’en cas de faille de sécurité impliquant leurs données, les entreprises responsables les en informeront.

>>> Source & plus d’infos sur : http://www.laquadrature.net/fr/un-reglement-depouillant-les-citoyens-de-leur-droit-a-la-vie-privee

Aaron Swartz n’était pas un hacker solitaire mais le membre d’une armée

Aaron Swartz n’était pas un hacker solitaire mais le membre d’une armée

Nous ne sommes pas des criminels et nous sommes de plus en plus nombreux à rejoindre les rangs de l’armée d’Aaron Swartz.

Le 24 janvier dernier s’est déroulée une émouvante cérémonie à la mémoire d’Aaron Swartz, dans ce lieu hautement symbolique qu’est l’église de San Francisco qui abrite l’Internet Archive.

Parmi les personnalités qui se sont succédées, il y eut ainsi sa fiancée Taren Stinebrickner-Kauffman, le fondateur d’Internet Archive Brewster Kahle (allocution remarquée par Calimaq qui en a fait un billet dédié) et son ami Carl_Malamud, fondateur de Public.Resource.org.

C’est cette dernière intervention que nous vous proposons traduite ci-dessous (disponible ici en vidéo).

« J’aimerais que nous puissions changer le passé, mais c’est impossible. Par contre, nous pouvons changer le futur, et nous le devons. »

Open Knowledge Foundation - CC by-sa

L’armée d’Aaron

Aaron’s Army

Carl Malamud – 24 janvier 2013 – PublicRessource.org
(Traduction : brandelune, aKa, Lamessen, KoS, Pouhiou, Garburst, Luc, Tr4sK, Astalaseven)

Ne croyez pas un instant que le travail d’Aaron sur JSTOR était l’acte incohérent d’un hacker solitaire, un peu fou, un téléchargement massif un peu dingue décidé sur un coup de tête.

Depuis longtemps, JSTOR a fait l’objet de critiques cinglantes de la part du net. Dans une conférence, Larry Lessig a qualifié JSTOR d’outrage à la morale et je dois vous avouer qu’il me citait. Nous n’étions pas les seuls à attiser ces flammes.

Emprisonner la connaissance derrière des péages, en rendant les journaux scientifiques accessibles uniquement à quelques gamins suffisamment fortunés pour aller dans des universités de luxe et en demandant vingt dollars par article pour le reste d’entre nous, était une plaie purulente qui choquait beaucoup de gens.

De nombreux auteurs de ces articles furent gênés que leur travail soit devenu la marge de profit de quelqu’un, un club privé du savoir réservé à ses adhérents.

Beaucoup d’entre nous ont aidé à attiser ce feu. Beaucoup d’entre nous s’en sentent coupables, aujourd’hui.

Mais JSTOR n’était qu’une des nombreuses batailles. On a essayé de dépeindre Aaron comme un hacker solitaire, un jeune terroriste à l’origine d’un carnage numérique qui fit 92 millions de dollars de dégâts.

Aaron n’était pas un loup solitaire, il faisait partie d’une armée, et j’ai eu l’honneur de m’engager à ses côtés pendant une décennie. De nombreuses choses ont été dites sur sa vie hors du commun, mais ce soir je ne parlerai que d’un aspect de celle-ci.

Aaron faisait partie d’une armée de citoyens qui pensent que la démocratie ne fonctionne que si les citoyens sont informés, s’ils connaissent leurs droits et leurs devoirs. Une armée qui estime que nous devons rendre la justice et le savoir accessibles à tous, et pas uniquement à ceux qui sont bien nés ou qui ont saisi les rênes du pouvoir, afin que nous puissions nous gouverner de manière plus éclairée.

Aaron faisait partie d’une armée de citoyens qui rejette les rois et les généraux et qui croit au consensus général et à son application pratique immédiate.

Nous avons travaillé ensemble sur une douzaine de bases de données gouvernementales. Lorsque nous travaillions sur quelque chose, les décisions n’étaient pas irréfléchies. Notre travail prenait souvent des mois, parfois des années, parfois même une décennie, mais Aaron Swartz n’a pas eu droit à sa part de décennies.

Longtemps, nous avons observé et bidouillé la base de donnée du droit d’auteur américain, un système si vieux qu’il utilisait encore WAIS. Le gouvernement , croyez-le ou non, avait revendiqué le droit d’auteur sur cette base de données du droit d’auteur. Il m’est impossible de concevoir qu’il puisse y avoir des droits d’auteur sur une base de données qui découle directement de la constitution des États-Unis, mais nous savions que nous jouions avec le feu en enfreignant les clauses d’utilisations. Nous étions donc très attentifs.

Nous avons récupéré ces données. Elles ont été utilisées pour alimenter l’Open Library d’Internet Archive ainsi que Google Books. Puis, nous avons reçu une lettre du Bureau du droit d’auteur indiquant qu’il abandonnait son droit d’auteur sur cette base de données. Mais avant cela, nous avons dû consulter de nombreux avocats par crainte que le gouvernement nous traîne devant les tribunaux pour téléchargement massif, malveillant et prémédité.

Ce n’était pas une agression irréfléchie. Nous travaillions sur les bases de données pour les améliorer, pour aider au fonctionnement de notre démocratie, pour aider notre gouvernement. Nous n’étions pas des criminels.

Lorsque nous avons libéré 20 millions de pages de documents de l’U.S District Court de leur péage à 8 cents par page, nous avons découvert que ces fichiers publics étaient infestés d’atteintes à la vie privée : noms de mineurs, noms d’informateurs, dossiers médicaux, dossiers psychiatriques, rapports financiers, des dizaines de milliers de numéros de sécurité sociale.

Nous étions des lanceurs d’alerte et nous avons transmis nos résultats aux juges en chef de 31 cours de justice de district et ces juges ont été choqués, consternés. Ils ont modifié ces documents puis ont incendié les avocats qui les avaient remplis. Finalement, la Conférence judiciaire a changé ses règles de respect de la vie privée.

Mais savez-vous ce qu’ont fait les bureaucrates qui dirigent le Bureau Administratif de la Cour des États-Unis ? Pour eux, nous n’étions pas des citoyens ayant amélioré les données publiques, nous étions des voleurs qui les privions d’1,6 millions de dollars.

Ils ont donc appelé le FBI et ont dit qu’ils avaient été hackés par des criminels, une bande organisée qui mettait en péril leur revenu de 120 millions de dollars provenant de la vente de documents publics du gouvernement.

Le FBI s’est installé devant la maison d’Aaron. Il l’ont appelé et ont essayé de le piéger pour qu’il les rencontre sans son avocat. Le FBI a installé deux agents armés dans une salle d’interrogatoire avec moi pour nous faire avouer les dessous de cette conspiration présumée.

Mais nous n’étions pas des criminels, nous étions seulement des citoyens.

Nous n’avons rien fait de mal. Ils n’ont rien trouvé. Nous avions fait notre devoir de citoyen et l’enquête du gouvernement n’a rien trouvé de répréhensible mais ce fut une perte de temps et d’argent.

Si vous voulez faire peur, faites asseoir quelqu’un avec deux agents fédéraux pendant un moment et vous verrez la vitesse à laquelle son sang se glace.

Il y a des gens qui affrontent le danger tous les jours pour nous protéger — les policiers, les pompiers et les services d’urgence — je leur en suis reconnaissant et je suis ébahi par ce qu’ils font. Mais le travail des gens comme Aaron et moi, faire des DVD et faire tourner des scripts shell sur des documents publics, ne devrait pas être une profession dangereuse.

Nous n’étions pas des criminels, mais des crimes furent commis, des crimes contre l’idée même de la justice.

Quand la procureure fédérale a dit à Aaron qu’il devrait plaider coupable de treize crimes pour avoir tenté de propager le savoir avant qu’elle ne puisse envisager de négocier sa peine, c’était un abus de pouvoir, une utilisation frauduleuse du système de justice criminelle, un crime contre la justice.

Et la procureure fédérale n’a pas agi seule. Elle fait partie d’un groupe dont l’intention est de protéger la propriété, pas les gens. Tous les jours, partout aux États-Unis, des démunis n’ont pas accès à la justice et sont confrontés à ces abus de pouvoir.

C’était un crime contre le savoir qu’une organisation à but non lucratif telle que JSTOR transforme un téléchargement qui n’a causé aucun préjudice ni dommage, en une procédure fédérale de 92 millions de dollars.

Et le monopole de JSTOR sur la connaissance n’est pas unique. Partout aux États-Unis, des sociétés ont planté leurs griffes sur les champs de l’éducation : universités privées qui volent nos vétérans, organismes de normalisation à but non lucratif qui rationnent les codes de sécurité publique alors qu’ils payent des salaires d’un million de dollars, et les conglomérats multinationaux qui évaluent la valeur des articles scientifiques et des documents juridiques à l’aune de leur marge brute.

Dans le procès JSTOR, la position plus qu’agressive des procureurs du Département de la Justice et des agents de la force publique était-elle une vengeance liée à l’embarras de nous avoir vu nous tirer à bon compte, en tout cas à leur yeux, de l’affaire du PACER ? Est-ce que la poursuite sans merci de JSTOR était la revanche de bureaucrates embarrassés d’avoir été ridiculisés dans le New York Times, d’avoir reçu un blâme du Sénat ?

Nous n’aurons probablement jamais la réponse à cette question, mais il semble certain qu’ils ont détruit la vie d’un jeune homme par simple abus de pouvoir. Ce n’était pas une question criminelle, Aaron n’était pas un criminel.

Si vous pensez posséder quelque chose et si je pense que ce bien est public, il me semble juste de vous voir au tribunal. Si vous avez raison et que je vous ai fait du tort, je prendrais mes responsabilités. Mais quand nous retournons le bras armé de la Loi contre les citoyens qui contribuent à accroître l’accès à la connaissance, nous brisons l’esprit de la loi, nous profanons le temple de la justice.

Aaron Swartz n’était pas un criminel. C’était un citoyen et un soldat courageux dans une guerre qui continue aujourd’hui, une guerre dans laquelle des profiteurs corrompus et vénaux essayent de voler, de profiter, d’assécher notre domaine public au profit de leurs gains privés.

Quand des gens essaient de restreindre l’accès à la loi, ou qu’ils essaient de collecter des droits de péage sur les routes du savoir, ou refusent l’éducation à ceux qui n’ont pas de moyens, c’est eux qui devraient subir le regard sévère d’un procureur outragé.

Ce que le Département de la justice a fait endurer à Aaron pour avoir essayé de rendre notre monde meilleur, ils peuvent vous l’infliger. Notre armée n’est pas réduite à un loup solitaire, elle est forte de milliers de citoyens, beaucoup d’entre vous dans cette pièce, qui se battent pour la justice et le savoir.

J’affirme que nous sommes une armée, et je mesure bien l’usage de ce mot car nous affrontons des personnes qui veulent nous emprisonner pour avoir téléchargé une base de données afin de l’examiner de plus près, nous affrontons des personnes qui croient qu’ils peuvent nous dire ce que nous pouvons lire et ce que nous pouvons dire.

Mais quand je vois notre armée, je vois une armée qui crée au lieu de détruire. Je vois l’armée du Mahatma Gandhi marchant pacifiquement vers la mer pour récolter du sel pour les gens. Je vois l’armée de Martin Luther King marchant pacifiquement mais avec détermination sur Washington pour réclamer ses droits, car le changement ne coule pas de source, il provient de luttes continues.

Quand je vois notre armée, je vois l’armée qui crée de nouvelles opportunités pour les pauvres, une armée qui rend notre société plus juste et plus égalitaire, une armée qui rend le savoir universel.

Quand je vois notre armée, je vois les gens qui ont créé Wikipédia et l’Internet Archive. Je vois ceux qui ont programmé GNU, Apache, BIND et Linux. Je vois ceux qui ont fait l’EFF et les Creative Commons. Je vois les gens qui ont créé notre internet en tant que cadeau au monde.

Quand je vois notre armée, je vois Aaron Swartz et j’ai le cœur brisé. Nous avons vraiment perdu l’un de nos anges gardiens.

J’aimerais que nous puissions changer le passé, mais c’est impossible. Par contre, nous pouvons changer le futur, et nous le devons.

Nous le devons à Aaron, nous nous le devons à nous-mêmes, nous le devons pour rendre notre monde meilleur, en faire un lieu plus humain, un endroit où la justice fonctionne et où l’accès à la connaissance est un droit de l’Homme.

>>> Crédit photo : Open Knowledge Foundation (Creative Commons By)

>>> Source sur : http://www.framablog.org/index.php/post/2013/02/11/aaron-swartz-armee

Rémunérer les amateurs pour valoriser les externalités positives

Rémunérer les amateurs pour valoriser les externalités positives

Il y a quelques jours, Rue89 a publié un entretien avec Bernard Stiegler, directeur de l’IRI (Institut de Recherche et d’Innovation), intitulé « Nous entrons dans l’ère du travail contributif« . Ce texte est particulièrement intéressant dans la manière dont il jette des ponts entre les transformations du monde du travail, sous l’effet du développement des pratiques collaboratives ; le modèle de l’Open Source et des logiciels libres appliqués à d’autres secteurs de l’économie ; la place croissante des travailleurs indépendants et le rôle concomitant des espaces de co-working et d’innovation (FabLabs, HackerSpaces, etc) ou encore la mutation des simples consommateurs en contributeurs actifs.

bees. Par Kokogiak. CC-BY. Source : Flickr.

L’interview contient un passage particulièrement intéressant concernant la place des amateurs dans cette nouvelle économie du travail contributif et l’idée qu’il conviendrait de les rémunérer :

C’est le règne des amateurs ?

Oui. Le contributeur de demain n’est pas un bricoleur du dimanche. C’est un amateur, au vieux sens du terme. C’est quelqu’un qui est d’abord motivé par ses centres d’intérêt plutôt que par des raisons économiques.

Il peut d’ailleurs développer une expertise plus grande que ceux qui sont motivés par des raisons économiques.

C’est un changement radical, comment le mettre en œuvre ?

C’est un nouveau modèle du travail. Je parle de « déprolétarisation ». On n’apporte pas seulement sa force de travail, mais du savoir. C’est une plus-value énorme.

[…]

Mais ces contributeurs, faut-il les rémunérer ? Si oui, comment ?

Oui, il faut les rémunérer. Je ne dirais pas exactement qu’il faut rémunérer les amateurs sur le modèle des intermittents, mais qu’il y a des solutions dont celle-ci.

Concernant le montant de la rémunération, il pourrait y avoir une formule avec une part salariale et une part sous la forme d’un intéressement contributif. On peut imaginer des trucs comme ça. Tout cela relève d’une valorisation de ce que l’on appelle les externalités positives.

Et Bernard Stiegler plus loin de conclure :

Nous vivons actuellement dans une phase de transition, où tout l’enjeu est, en France, pour le gouvernement actuel, d’arriver à dessiner un chemin critique pour notre société : un chemin où l’on invente une véritable croissance fondée sur le développement des savoirs, et où l’on dépasse le modèle consumériste.

Cette proposition de rémunération des amateurs rejoint plusieurs de mes préoccupations centrales et notamment mon intérêt pour le modèle de la contribution créative, développé par Philippe Aigrain et intégré dans les « Éléments pour une réforme du droit d’auteur et des politiques culturelles liées » de la Quadrature du Net.

Ouvrir et transformer les entreprises

Bernard Stiegler mélange à mon sens deux choses différentes dans ses propos. Des travailleurs contributeurs participants à l’activité d’une entreprise et des individus contributeurs créant en ligne des contenus assimilables à des oeuvres de l’esprit au sens de la propriété intellectuelle. La séparation entre les deux peut être assez poreuse, dans nos sociétés où nous devenons de plus en plus des travailleurs « intellectuels » (c’est chose flagrante dans le secteur du logiciel). Mais des circuits différenciés de rémunération peuvent être envisagés.

Bees. Par cipovic. CC-BY-NC-ND. Source : Flickr.

Bernard Stiegler écarte, à juste titre, le modèle des intermittents du spectacle pour rémunérer les amateurs-contributeurs. Ce mode de financement, assimilable à une forme de « fonctionnarisation » des créateurs traverse une crise profonde et il paraît difficile en ces temps de crise budgétaire de l’Etat d’étendre le système aux amateurs.

Pour ce qui est du travail collaboratif en entreprise, j’avais pris l’exemple dans un précédent billet de l’entreprise canadienne Sensorica, qui fonctionne déjà de manière décentralisée et ouverte sur la base de contributions :

SENSORICA n’a pas d’employés, mais des contributeurs, qui peuvent apporter selon leurs possibilités de leur temps, de leurs compétences ou de leur argent. Pour rétribuer financièrement les participants, la start-up utilise un système particulier qu’elle a créé et mis en place, dit Open Value Network.

Ce système consiste en une plateforme qui permet de garder trace desdifférentes contributions réalisées par les participants aux projets de SENSORICA. Un dispositif de notation permet aux pairs d’évaluer les contributions de chacun de manière à leur attribuer une certaine valeur. Cette valeur ajoutée des contributions confère à chacun un score et lorsqu’une réalisation de SENSORICA atteint le marché et génère des revenus, ceux-ci sont répartis entre les membres en fonction de ces évaluations.

Cela va donc plus loin que ce que Bernard Stiegler envisage (rémunération via une part salariale et une part sous la forme d’un intéressement contributif), parce que la propriété même de l’entreprise est partagée, ce qui en fait un bien commun à part entière. A ce sujet, il faut lire les vues de Michel Bauwens sur la Peer-to-Peer Economy et l’émergence de nouvelles structures de production, basées sur la « coopération radicale » et la gestion en commun des ressources. On rejoint aussi le concept d’ »économie de la pollinisation » développé par Yann Moulier-Boutang.

Rémunérer les créateurs en ligne

Mais il est clair qu’une large part du « travail contributif » dont parle Bernard Stiegler ne s’exerce pas aujourd’hui dans le cadre d’entreprises, mais est effectué par les individus sur leur temps « libre », par le biais de la création et de la mise en ligne de contenus assimilables à des oeuvres de l’esprit, qu’il s’agisse de textes, de photos, de vidéos, etc. Cette création s’effectue de manière décentralisée, à partir des sites personnels des individus ou via des plateformes de partage de contenus, type YouTube ou Facebook, exercant un puissant effet de recentralisation.

Le poids de ces « User Generated Content » dans la valeur globale d’Internet est énorme, mais il est globalement rejeté dans l’ombre dans la mesure où ils sont essentiellement produit pas des amateurs, alors que les schémas mentaux traditionnels n’accordent de valeur aux contenus culturels que s’ils sont produits par des professionnels. Il est à ce sujet assez inquiétant de voir que la Commission européenne vient de lancer des travaux sur les User Generated Content, sur des bases complètement biaisées qui ne peuvent que maintenir cette césure artificielle entre les contenus amateurs et professionnels.

C’est le grand mérite des « Éléments pour la réforme du droit d’auteur et des politiques culturelles liées » de dépasser la distinction professionnels/amateurs et d’envisager rémunérer également rémunérer ces derniers pour les « récompenser » d’avoir posté des contenus en ligne.

Cette rémunération passerait par des systèmes de financement mutualisés qui pourraient prendre trois formes :

  • La mutualisation coopérative volontaire : ce sont les systèmes de crowdfunding que nous connaissons déjà, de type KickStarter, Ulule, KissKissBankBank, qui commencent déjà à produire des effets importants pour la production des contenus en dehors des circuits traditionnels ;
  • La mutualisation organisée par la loi : il s’agit là de la contribution créative, qui consiste à prélever un surcoût sur les abonnements internet des foyers connectés pour rémunérer les contenus en fonction de leur taux de partage en ligne. Elle s’accompagne d’une légalisation du partage non-marchand et présente pour principale différence par rapport à des propositions de type licence globale de s’appliquer aussi bien aux contenus culturels produits par des professionnels qu’à ceux créés par des amateurs. Toute personne postant volontairement des contenus en ligne pourrait prétendre en toucher une part.
  • Le revenu de base (ou revenue de vie, revenu d’existence, etc) : consistant à accorder à tous les citoyens un revenu inconditionnel durant toute leur existence sans contrepartie. C’est sans doute la mesure qui prendrait le mieux en compte l’émergence de cette nouvelle économie de la contribution et la nécessité de valoriser ces externalités positives que nous sommes tous amenés à générer.

A bee at work. Par Andreas. CC-BY-SA. Source : Flickr.

Faire évoluer la conception de la valeur

Lors de notre audition par la mission Lescure en septembre dernier pour le collectif SavoirsCom1, nous avions beaucoup insisté, Silvère Mercier et moi, sur la nécessité de prendre en compte les productions amateurs dans la problématique du financement de la création. Ce que nous avions dit, c’est que dans une économie de l’abondance, le fait de ne pas reconnaître de valeur aux contenus produits par les amateurs conduit à ce que cette valeur soit captée par des plateformes de type YouTube, Facebook ou autre, qui se les « approprient » par le biais de leurs conditions générales d’utilisation (CGU). C’est devenu une source majeure de monétisation et une affaire comme celle qui a frappé Instagram récemment a montré toutes les tensions que pouvaient générer ce bras de fer pour l’appropriation des contenus amateurs.

D’autres évènements survenus récemment n’ont fait que confirmer l’importance de faire sortir les contenus amateurs de l’angle mort dans lequel ils sont encore plongés. L’affaire de la Lex Google a été particulièrement emblématique de ce point de vue. L’enjeu pour la presse française dans ce dossier n’était pas seulement économique ; il était aussi d’ordre symbolique. Il s’agissait pour ces professionnels issus de l’univers du papier de conforter leur statut vis-à-vis de nouveaux entrants comme les pure player de l’information. De ce point de vue, l’accord signé entre la presse et Google les conforte majoritairement dans cette « légitimité ».

Mais il existait un enjeu plus large, qui aurait pu consister justement à faire apparaître la valeur des contenus produits par les blogueurs-amateurs et leur rôle dans la diffusion de l’information en ligne. J’avais de ce point de vue avancé, qu’aussi bien pour les professionnels que les amateurs, une solution de type contribution créative aurait été largement préférable à ce financement de la part de Google, qui renforce encore la main mise du moteur de recherche sur l’écosystème de l’information en ligne.

Bluetouff sur son blog va encore plus loin et estime que si Google paye la presse française, alors la presse devrait également payer les internautes, car eux aussi donnent de la valeur aux articles en les partageant !

Et si la presse rémunérait sa vraie source de valeur… comme Google le fait pour elle ?

Google n’est pas le seul à générer du trafic. Les internautes qui partagent des informations sur Facebook et sur Twitter … voilà l’origine première de la valeur des sites des presse aujourd’hui, car ce sont eux qui permettent à la presse d’accroitre le plus considérablement leurs revenus publicitaires. Est-ce pour autant que la presse va décider de reverser une partie de ses revenu publicitaires aux internautes qui partagent le plus leur information ? Ceci serait pourtant légitime…

On en arrive alors à l’idée d’un « travail invisible », accompli par les internaites et c’est une des notions-clé du récent rapport Colin & Collin sur la fiscalité du numérique. Ce rapport contient en effet en filigrane l’idée que les individus, par les données qu’ils produisent du fait de leurs activités sur Internet, accomplissent un « travail gratuit », source de valeur, qui devrait être pris en compte dans le régime fiscal des géants du web que sont des entreprises comme Google, Amazon, Facebook ou Apple. L’idée concomitante d’un taxe sur l’exploitation des données personnelles me paraissait aussi intéressante, malgré ses difficultés d’application concrète. Je lui reprocherai surtout de ne pas faire suffisamment la distinction entre les simples données produites par les individus (données personnelles) et les contenus assimilables à des oeuvres, qui ne sont pas à mon sens à ranger dans la même catégorie.

Mais le rapport Colin & Collin repose sur une philosophie qui ne me paraît pas si éloignée de celle qui est à l’oeuvre dans la contribution créative, à savoir la nécessité de reconnaître la valeur de la contribution des myriades d’amateurs dans le système de l’économie numérique et celle de peser pour éviter une trop grande centralisation des échanges sur des plateformes qui finissent par capter l’essentiel de la valeur produite.

Cette valeur, il est juste qu’elle revienne sous une forme ou une autre aux individus qui ont contribué à la faire émerger. Le détour par la fiscalité ferait qu’une partie de cette valeur serait redirigée vers l’Etat. Mais la mise en place de financements mutualisés aboutirait à un retour plus direct de la valeur vers les individus qui l’ont créée. Les deux formules ne sont cependant pas nécessairement à opposer, mais elles peuvent jouer un rôle complémentaire de rééquilibrage du système.

Contrairement à ce que l’on pense trop souvent, la contribution créative n’est pas seulement une réponse apportée au problème du piratage des oeuvres. Elle vise également à faire évoluer le système économique global lui faire prendre en compte les caractéristiques essentielles de la révolution numérique et en premier lieu, l’explosion du nombre de créateurs et « l’empowerment » culturel qui en résulte. « Développer une véritable croissance liée aux développements des savoirs » comme l’appelle Bernard Stiegler de ses voeux, nécessite de mettre en capacité les individus de s’investir dans les pratiques créatives et cela passe par une forme de rémunération des amateurs.

Les propositions de Bernard Stiegler sont stimulantes, mais ce qui leur manque peut-être, c’est de s’appuyer sur la théorie des biens communs, qui paraît mieux à même de lier tous ces éléments en un tout cohérent.

>>> Source sur : http://scinfolex.wordpress.com/2013/02/06/remunerer-les-amateurs-pour-valoriser-les-externalites-positives/

>>> Auteur

Mais #INDECT, ça sert à quoi ?

Mais #INDECT, ça sert à quoi ?

Qu’est ce que INDECT ?

INDECT, l’équivalent d’Echelon pour l’Europe, c’est bon, mangez-en qu’ils nous disent !

Oui, sauf que…

Si vous ne connaissiez toujours pas le projet européen INDECT, dédié à la surveillance généralisée par video-surveillanceProtection, voici une petite vidéo en français qui résume à peu près tout.

Cette vidéo n’est pas officielle, mais issue d’Anonymous, d’où la voix robotisée. De ce fait, suivant votre degré de paranoïa, vous pourriez percevoir quelques images terrifiantes, mais ce ne saurait être que coïncidences avec la future réalité.

D’ailleurs, ça me fait penser qu’aux États-Unis, il y a aussi le NGI, dans un concept très similaire.

Voici un communiqué supplémentaire à lire sur l’opération #OpBigBrother #IDP13 – International Day For Privacy

>>> Sources :  http://korben.info/quest-ce-que-indect.html

http://neosting.net/video/indect-ca-sert-a-quoi.html

>>> Vidéo diffusée en janvier 2013 par Korben &  sur leurs bogs respectifs.

Liberté et égalité en ligne passent par une loi sur la neutralité du net

« Liberté et égalité en ligne passent par une loi sur la neutralité du net » (C. Paul)

 

Alors que la ministre de l’économie numérique Fleur Pellerin organise mardi une énième table ronde sur la neutralité du net, le député PS de la Nièvre Christian Paul, président du groupe d’étude sur l’internet à l’Assemblée Nationale, publie sur Numerama cette tribune par laquelle il appelle le Gouvernement à légiférer pour « réaffirmer le principe de la neutralité du net » :

Liberté et égalité en ligne passent par une loi sur la neutralité du net

Christian PAUL, député (PS) de la Nièvre,
président du groupe d’étude sur l’internet à l’Assemblée nationale

Les réseaux numériques ont changé nos vies. Les activités économiques et sociales, culturelles et citoyennes s’y déploient chaque jour de manière plus innovante. Un retour en arrière s’annonce-t-il ? Une régression générale, qui conférerait à quelques-uns la maîtrise du net, se profile-elle derrière les duels récents, comme celui qui oppose Google et Free ? Sans recul, ni retard, réaffirmons le principe de neutralité du net.
Réseau plaçant chacun sur un pied d’égalité, sans modèle économique pré-établi et jugé pour cela par certains en France sans avenir à l’époque du minitel, Internet doit sans doute à son ouverture son étonnante capacité d’évolution. Il est d’abord un précieux bien commun d’un nouveau type : un bien commun informationnel.
Quelques imperfections dérangent ce paysage trop parfait… Sur nos mobiles, l’accès à l’Internet est loin d’être sans entraves. Certains usages, comme le P2P ou la téléphonie sur IP sont encore trop souvent proscrits ou indûment surtaxés. Mais, globalement, le réseau est ouvert et, jusqu’à récemment, chacun des acteurs qui le composent restait à sa place.
Cet équilibre est aujourd’hui menacé en France par une triple pression et une dépression. Il y a tout d’abord celle des fournisseurs d’accès Internet qui estiment être dans l’incapacité de continuer à faire leur métier, à monétiser leurs équipements, et à déployer les réseaux de nouvelle génération (fibre, 4G…). Il y a ensuite celle de l’État qui s’émeut – à juste titre – de la faible contribution de certains éditeurs de services en ligne aux finances publiques. Il y a également la pression de trop nombreux détenteurs de droits, qui n’ont pas encore su prendre le virage du numérique et aimeraient rétablir artificiellement des péages. Il y a, enfin et surtout, le faible nombre de grands éditeurs de service en ligne français qui donne la tentation de court terme de défavoriser cette catégorie d’acteurs au profit des «champions nationaux» existants.
L’initiative de Free de filtrer par défaut les publicités pour ses abonnés doit être analysée dans ce contexte. Ne nous trompons pas pour autant de cible. Free a contribué avec d’autres à l’émergence d’un accès internet haut débit illimité de qualité en France. Ne nous trompons pas non plus de combat. Nous n’avons aucune garantie que les bénéfices d’une telle modification de l’écosystème seraient réinvestis dans le déploiement de nouveaux réseaux. Le signal négatif envoyé aux éditeurs de service établis en France serait par contre clair et net. Et l’histoire a déjà arbitré en faveur de l’ouverture.
Économique, le danger est également démocratique. C’est un défi de civilisation. Au-delà du seul réseau, l’ouverture réelle du monde numérique n’est évidemment pas parfaite. Les discriminations qui sont parfois le fait d’un Apple ou d’un Facebook nous préoccupent. Le laissez-faire d’un Twitter nous interpelle. Nous ne réglerons pas tous les problèmes du numérique d’un seul coup en protégeant la neutralité du net, mais nous ne créerons pas non plus un monde meilleur en permettant le blocage, le filtrage, le bridage ou toute autre discrimination indue liée aux contenus, aux émetteurs ou aux destinataires des échanges numériques de données par les FAI ou tout autre intermédiaire technique.
Dernièrement, les remises en cause des équilibres du net prennent des formes très séduisantes pour les internautes, comme un filtrage des publicités ou des échanges réellement illimités depuis un mobile vers le «cloud» de son fournisseur d’accès. Si le consommateur a un avantage de court terme dans ces «services gérés» – plus prioritaires, plus contrôlés, ou juste moins chers – son intérêt à moyen terme est dans la compétition des offres de service.
Ne permettons pas aux distributeurs de prendre trop de pouvoir sur leurs clients et sur leurs fournisseurs, les éditeurs de service en ligne. Ne laissons pas trop vite l’Internet se transformer en un réseau dual, avec d’un côté, en premium, la consommation d’un «bouquet de services», imposé par le fournisseur d’accès, et de l’autre, un net public résiduel, ramené à une « qualité suffisante » que nous serions bien en mal de définir et de protéger. Chacun doit rester maître de ses communications, et le net des communautés et des acteurs innovants ne doit pas être le parent pauvre de celui des géants.
L’innovation doit rester la règle, aussi bien en périphérie qu’au cœur du réseau. Pour prévenir les menaces, à l’ère des pionniers doit succéder celle des urbanistes du net, et des urbanistes durables. Un régulateur, mieux armé par une nouvelle loi, doit veiller à ce que la neutralité soit la règle et encadrer ses exceptions motivées, dont notamment les fameux «services gérés». L’autorité judiciaire – et elle seule – doit arbitrer les conflits entre droits fondamentaux. Cette loi sera un facteur essentiel de liberté et d’égalité en ligne.
Voilà pourquoi nous étions nombreux en 2011 à lancer ce débat public, avec une proposition de loi sur la neutralité du net. Rien depuis ne conduit à y renoncer. La pluralité des enjeux, que l’on ne saurait réduire à la seule économie, rend une initiative législative particulièrement nécessaire. Prévenons les risques, ils sont nombreux. Ensuite, il sera trop tard.

Le gouvernement confondrait-il République et féodalité ?

Benjamin Bayart. Le gouvernement confondrait-il République et féodalité ?

Suite aux débordements de fin d’année 2012 concernant des propos tenus autour de différents hashtags de type #SiMonFilsEstGay sur le service Twitter, la toile s’est enflammée, comme Paul Da Silva, et le gouvernement s’est exprimé. Le problème n’est en réalité pas du côté de Twitter, ni de ses utilisateurs qui se sont exprimés avec parfois une bonne dose de haine et de violence (sacro-sainte liberté d’expression), mais la réponse dans une tribune dans LeMonde.fr de Najat Vallaud-Belkacem, ministre des droits des femmes et porte-parole du gouvernement, titrant ; « Twitter doit respecter les valeurs de la République« . La ministre semble vouloir s’entretenir avec Twitter pour trouver une solution et le rendre responsable. Le filtrage n’est alors plus très loin.

Benjamin Bayart (FDN) a tenu à lui répondre à son tour, en s’exprimant dans une tribune libre, que je me permets de reprendre mot pour mot, et que je ne peux que vous encourager à lire.


Dans une tribune récente, publiée par Le Monde, Najat Vallaud-Belkacem nous a expliqué qu’au nom des valeurs de la République, il était nécessaire d’accorder au Seigneur de Touitteur droit de haut et basse justice sur ses terres. Dans la mesure où ça ne fait pas partie des valeurs habituellement défendues par la porte-parole du gouvernement, essayons d’analyser comment elle est arrivée à ce contresens.

La forme de la tribune

La tribune de la porte-parole du gouvernement est subtilement articulée. Pour les gens qui connaissent bien les questions de droit sur Internet, le billet est même équilibré et relativement juste. Mais pour le reste du bon peuple de France, il est largement faussé.

En effet, la ministre explique de manière claire le problème : des propos racistes, antisémites, ou homophobes sont tenus très ouvertement sur twitter. Elle explique que c’est illégal, mais également dangereux : les problèmes liés à l’homosexualité sont à l’origine d’un grand nombre de suicides chez les jeunes, et laisser impunis des propos de ce type y contribue. Et elle demande donc à Twitter de trouver une solution pour que ce ne soit plus possible.

Ensuite, de manière beaucoup moins lisible, par des allusions à la loi dite de confiance en l’économie numérique, au régime juridique de responsabilité des intermédiaires techniques, aux limites fixées en 2004 par le Conseil constitutionnel à ce régime, elle rappelle le contexte juridique. Twitter ne pourrait agir que dans un certain nombre de cas très précis, et le gouvernement souhaite simplement ouvrir un dialogue.

Quand on connaît les références nécessaires, c’est assez lisible. Le gouvernement veut juste froncer les sourcils en public, mais ne va pas bouleverser le droit. Quand on ne connaît pas ces références, on retient que Twitter va devoir empêcher les gens d’être méchants, en rétablissant l’ordre dans sa cour de récré.

Cette présentation est donc pernicieuse : elle vise à dire des choses fausses à une majorité de gens, tout en calmant d’avance la critique.

Le fond de la tribune

Le fond du propos ministériel, une fois qu’on en a retiré la mauvaise foi de sa formulation, pose cependant problème. Quand des gens se comportent mal, mettons qu’ils volent des mobylettes, ou qu’ils braconnent, ou qu’ils disent des choses interdites, les valeurs de la République nous disent que la police (pouvoir exécutif) et la justice (pouvoir judiciaire) doivent intervenir pour faire respecter la loi (pouvoir législatif), il me semble.

Ce que nous dit la porte-parole du gouvernement c’est que le seigneur des lieux doit se charger de faire la police et de réprimer les débordements quand ils ont lieu chez lui. Le gouvernement appelle donc à ce que sur Internet, on rétablisse les privilèges de juridiction donnant des pouvoirs de police et de justice aux seigneurs locaux.

Neutralité du Net

Vu comme ça, on sent bien que c’est une bêtise. Pour arriver à cette bêtise, la méthode est simple. Première étape, on rend Twitter responsable de ce qui se passe sur son réseau. Il devient donc responsable des bêtises que je peux dire avec mon compte twitter, me supprimant mon statut d’adulte responsable. Pour éviter de s’attirer les foudres de la loi, ou les gros yeux du gouvernement (on est léger en foudre en ce moment), Twitter va donc devoir surveiller ce que font les citoyens pour détecter les comportements problématiques et intervenir (police). Ensuite, il faudra bien qu’il puisse empêcher la publication des messages, puisqu’il en est responsable. Il a donc un droit de censure sur tout le contenu qu’il transporte (justice).

C’est un des nombreux pièges du débat sur la neutralité des réseaux : le rôle des intermédiaires techniques est fondamental. C’est sur ce rôle que repose celle de nos libertés qui est la mère de toutes les autres, la liberté d’expression. Rendre les intermédiaires techniques responsables de ce que font les utilisateurs, c’est rétablir un système féodal, et tuer la liberté d’expression. C’est exactement l’inverse qu’il faut faire : les intermédiaires techniques doivent être responsables du bon transport des propos de tous, sans discrimination. C’est la justice qui se chargera de sanctionner les abus prévus par la loi, pas Twitter.

L’ordre public

Enfin, sur le fond du problème qui n’était pas le fond du billet. Si le gouvernement se préoccupe vraiment du risque que les propos homophobes font courir à notre jeunesse, d’abord c’est une bonne nouvelle, ensuite il faut changer de méthode. Les propos homophobes les plus dangereux ne sont pas ceux qui circulent sur twitter et ne sont relayés par personne, mais ceux qui sont tenus par des élus (…)

Mme la ministre, faites appliquer la loi. Demandez aux procureurs d’agir systématiquement contre les propos homophobes, racistes ou antisémites. Twitter se fera un devoir de répondre à toutes les demandes d’identification des auteurs, j’en suis certain.

Mais ne rendez pas l’outil responsable de l’usage, c’est la première étape de la sortie de l’État de droit.

 

 

>>> Publié par Cyrille Neosting dans Actualité le  | Liens : http://nst.im/Z2oDc6 Image | Mots-clés : 

>>> Source & plus d’infos sur : http://neosting.net/actualite/tribune-libre-benjamin-bayart-le-gouvernement-confondre-republique-feodalite.html

15 jeunes demandent une démocratie plus ouverte à Hollande

Mercredi 23 janvier, François Hollande remettait ses voeux à la jeunesse.

Comme le « Top-Down » fait un peu trop 2012 et qu’on est maintenant en 2013, un peu de « Bottom-Up » s’est invité dans cette remise de voeux : 15 jeunes des 4 coins de la France ont planché pour remettre eux aussi des voeux au Président. La préparation des voeux s’est déroulée sur un WE, animé de main de maître par Martin Hirsch et Isabelle Giordano.

Etant parmi ces « jeunes », j’ai eu l’occasion de m’apercevoir que les attentes en terme d’ouverture, de transparence et de collaboratif sont récurentes dans cette génération.

J’ai aussi profité de mes rencontres avec François Hollande pour lui parler du collectif Démocratie Ouverte, de l’Open Governement Partnership dans lequel il serait bon que la France s’engage …et pour lui remettre tout un dossier sur Parlement & Citoyens, ce service qui permet à chacun de participer à l’élaboration de certaines lois (lancé le 13 février 2013).

Après une séance de travail avec François Hollande, nous avons précisé 15 voeux que nous avons chacun pu énoncer publiquement à Grenoble, avant le discours du Président.

Parmi des propositions sur l’emploi, l’éducation, l’orientation, la police ou encore le développement durable, certains voeux concernaient directement une demande d’ouverture, de participation ou de transparence. Morceaux choisis :


L’exclusion de la vie politique et des décisions

Monsieur le Président,

Nous constatons que nous avons beaucoup d’envies, beaucoup d’énergie, beaucoup d’idées pour améliorer les choses. Mais nous constatons également que nous sommes exclus des politiques locales et nationales où nous pourrions les proposer ou les concrétiser par nous-mêmes au lieu d’attendre qu’un élu, qu’un ministre, le fasse pour” nous.

Nous rêvons d’avoir une place dans les mairies, dans les conseils régionaux, dans les institutions publiques où nous aurions un pouvoir exécutif et non pas seulement un rôle consultatif. Arrêter de nous faire venir quelque part “parce que ça fait bien”. Arrêter de nous prendre pour des idiots immatures incapables de réfléchir à des solutions. Parce que nous sommes capables nous aussi de construire des solutions. Nous souhaitons être associés aux décisions qui nous concernent directement. Nous rêvons d’une société qui ne fasse plus « pour », mais « avec » les jeunes.

Nous proposons donc que les mairies et les conseils régionaux accueillent un quota de jeunes par le biais des services civiques ou des associations. Et peut-être que les listes électorales pourraient avoir un quota de jeunes élus, comme pour la parité ?

La transparence

Monsieur le Président,

Nous constatons que beaucoup de citoyens et en particulier les jeunes ont du mal à accéder à la bonne information au bon moment et au bon endroit. Nous nous retrouvons souvent face à un mille-feuilles administratif, que ce soit dans les domaines de l’orientation, de la santé, de l’entreprenariat, de la justice, des aides au logement … ou tout simplement de l’engagement.

Nous rêvons d’une société et de services publics plus transparents, facilement accessibles, avec un accompagnement gradué et une véritable pédagogie, surtout lorsque c’est la première fois qu’on se retrouve face à un de ces services publics !

Nous proposons de généraliser la publication de l’ensemble des données du service public sur des plateformes web, dans des formats ouverts qui permettent la réutilisation de ces données.

Par exemple, si l’ensemble des associations mutualisaient leurs besoins et leurs projets sur ce type de plateforme, on pourrait facilement créer des applications favorisant l’engagement temporaire ou permanent dans ces associations.

Au delà de l’ouverture des données publiques, nous proposons de créer des lieux destinés à guider l’engagement, à l’accompagner, à mettre en relation les porteurs de projets et toutes les bonnes volontés prêtes à aider.

Une démocratie ouverte

Monsieur le Président,

Nous constatons que la politique ne fait vraiment pas rêver les jeunes, et pourtant nous ne demandons qu’à nous engager. Pour la planète, pour les autres, contre la pauvreté et la misère, pour le respect des droits humains… Alors qu’aucun de nous n’est engagé dans un parti politique, nous sommes presque tous engagés dans des associations !

La démocratie va mal telle qu’elle existe aujourd’hui. Beaucoup de jeunes ne se déplacent même plus pour aller voter. Et un nombre trop grand de citoyens votent sans conviction et n’ont aucun espoir sur les possibilités des politiciens à réellement changer les choses.

Nous rêvons qu’une démocratie ouverte soit mise en oeuvre. C’est-à-dire transparente, participative et collaborative. Nous voulons que les citoyens, jeunes et moins jeunes, puissent y prendre part autrement qu’en votant une fois tous les cinq ans.

Nous sommes une génération connectée … et le numérique ouvre en grand les portes du collaboratif, pour prendre des décisions de manière plus partagée mais aussi pour impliquer les citoyens qui le veulent dans la mise en œuvre de politiques publiques plus efficaces. Une démocratie ouverte serait une formidable source d’efficacité, de création d’activités et de vivre ensemble.

Nous proposons que vous mettiez en place à l’échelle nationale une démocratie ouverte, tout comme à l’échelle locale il existe des villes qui expérimentent la transparence et la participation. A Bobigny par exemple, la mairie offre régulièrement l’opportunité de participer à l’élaboration de sa politique publique et l’occasion de remonter les informations, qu’elles soient positives ou négatives.

Nous vous proposons de faire “avec” les citoyens, et non plus seulement “pour” eux.

Nous vous proposons d’ouvrir des débats publics et des consultations sur des plateformes web avant toute grande réforme. L’ensemble des sources, avis, expertises, idées et propositions pourraient être disponibles et centralisées sur ces plateformes.

L’Europe

Monsieur le Président,

Nous constatons que les différents pays européens se livrent parfois une concurrence acharnée qui nuit à chacun plutôt qu’elle ne profite à tous.

Nous constatons aussi que l’Europe nous parait lointaine, inaccessible, technocratique.

Nous rêvons de nous sentir européens au moins autant que nous nous sentons français. Il s’agit bien sûr de culture européenne partagée …mais de manière opérationnelle, nous formulons le vœux d’une Europe plus solidaire, harmonisée fiscalement, qui puisse parler d’une seule voix dans le monde, qui ait une armée propre, une justice …mais surtout une démocratie ouverte et partagée.

Nous sommes une génération habituée à voyager. Erasmus nous a permis d’étudier dans tous les pays européens. Internet fait tomber les frontières et nous partageons déjà beaucoup avec nos voisins.

Nous pensons que nous sommes prêts à faire le pas. Nous sommes prêts à avoir un passeport européen, un président élu qui mène dans certains domaines une politique unique et assumée collectivement.

Nous proposons qu’en tant que président d’un pays central et fondateur de l’Europe, vous initiez un débat européenne autour de ces questions. Nous proposons de participer à cette réflexion sur une démocratie ouverte à l’échelle européenne, plus proche des citoyens, plus transparente et collaborative.

 


Enfin, après avoir écouté nos voeux, le Président a fait un discours que vous pouvez retrouver en vidéo ci-après :

>>> Publié par Armel Le Coz le 29 janvier 2013

>>> Source sur : http://democratieouverte.org/voeux

>>> http://www.elysee.fr/chronologie/#e2340,2013-01-23,v-ux-a-la-jeunesse-a-grenoble