Tous auteurs, tous citoyens, tous politiques

Tous auteurs, tous citoyens, tous politiques

 

Jérémie Nestel revient sur le choix des différents partis politiques d’adouber la culture comme objet essentiellement marchand, tournant le dos à l’héritage des Lumières et au mépris du potentiel créatif qu’Internet offre. Tribune énervée.

Les questions de rémunération sont bien moins cruciales que la crise du lien social qui s’annonce et qui commence à séparer l’auteur de l’humanité. Albert Jacquard rappelait :

Les ressources ne peuvent être que  mondiales.

Si l’art est une ressource mondiale, elle ne peut être  considérée  comme une propriété privée.  Si la durée du droit d’auteur a toujours   été limitée, c’est bien que le privilège accordé “aux créateurs” a  toujours été considéré comme un prêt et non comme un dû.

Dans un contexte où les dépenses de logement contraignent les  ménages à des privations quotidiennes sur des postes   essentiels tels que l’alimentation ou la santé, est-il juste  d’appeler les Français à “compenser plus” pour maintenir une économie   culturelle qui leur devient étrangère faute de ressources  suffisantes ? En témoigne la Carte Musique Jeune évaluée à 25 millions d’euros  quand, dans le même temps, des études pointent  la précarité grandissante du monde étudiant.

Les salaires ont augmenté moins vite que certains produit de consommation. Pourrait-on alors induire que la baisse d’achat des produits culturels ne provient pas du piratage mais tout simplement d’une baisse du budget des ménages ?

Payer les erreurs de stratégie de l’industrie culturelle

Il a été démontré que la crise de l’industrie  culturelle dans le secteur de la musique était bien plus liée à son  incapacité à avoir su proposer des produits à valeur ajoutée anticipant la fin du disque  au profit des supports mobiles. Est-ce aux Français de payer les erreurs  de positionnement de ce secteur, alors que le budget des ménages est fragilisé ?

Devons nous rappeler que l’industrie du disque a démantelé tout un une filière de petits disquaires dans les années 80 et monopolise depuis tous les échanges et les médias étouffant toute dynamique par les labels indépendants ; elle a accumulé des richesses et s’est ainsi permise de très hauts niveaux d’investissements dont la culture n’a jamais eu besoin ; ce modèle économique basé sur la rareté est et a été profondément discriminatoire ; il n’a jamais su répondre à la problématique des artistes car cela n’est pas son but ; elle essouffle la culture; travestit les problématiques, dupe les artistes et nos gouvernants.

Belle alternative offerte par les politiques : taxer encore les Français ou les réprimer. Pour soutenir qui ? Pour soutenir quelle production ? Quels auteurs ?

Du point de vue de l’intérêt général, si pertes de l’industrie  culturelle il y a, n’ont-elles pas été  largement compensées par les apports de projet comme Wikipédia ?

Encore faudrait-il reconnaître que toute production artistique est issue d’une aventure collective, il n’y a pas d’art sans altérité.

L’effort des ménages pour soutenir la création est déjà  conséquent : à la part payée via l’impôt sur le revenu,  s’ajoute la taxe sur la copie privée à l’assiette en constante augmentation  (également payée par les personnes au RSA), la redevance sur la   télévision (3 122,8 millions d’euros en 2010)…  Ces efforts fiscaux et parafiscaux sont  à sens unique. Les films produits à l’aide des fonds liés à la redevance sur  la télévision, par les régions via les impôts locaux et sur des  produits financiers défiscalisés, ne sont jamais diffusés sous une licence libre à défaut de pouvoir être élevés dans le domaine  public. Des films produits à 90%  ou 100% par des fonds publics ou parapublics restent la propriété  privée de producteurs.

“Le partage non-marchand n’est pas une anomalie”

“Non, vraiment, le partage non-marchand n’est pas une anomalie”soulignait dernièrement Philippe Aigrain à Aurélie Filippetti et Fleur Pellerin, respectivement chargée de la culture et du numérique dans l’équipe de François Hollande, affirmant :

Les deux responsables socialistes semblent partager une conviction qui devient une sorte de maladie sénile de la social-démocratie en crise, selon laquelle les activités de ventes de biens numériques (et des services équivalents) seraient la mesure ultime de l’intérêt général en matière culturelle.

L’expression : “partage non marchand” inféode indirectement les conditions de partage “aux marchés”…  À la différence de la “licence art libre” qui se propose d’être un art de l’usage dans une économie de l’échange.

Il est intéressant de rappeler qu’en 1936, au début du Front Populaire, dans un contexte de crise sociale, les réponses en terme de politique artistique étaient différentes, voire aux antipodes… Jean Zay (ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts ), tout en démocratisant l’accès au livre, proposa que  la durée des droits après la mort de l’auteur soit limitée à 10 ans.

D’autres politiques des “beaux-arts” doivent émerger, encourageant les nouvelles pratiques issues du mouvement  du copyleft.

L’avènement de l’imprimerie a permis à chacun de “pouvoir lire”,   Internet a permis à chacun de “pouvoir écrire”.  On aurait pu   penser que ce phénomène serait soutenu, amplifié par les hommes  politiques se référant à l’éducation populaire ou aux siècles des  Lumières. Il n’en a rien été.  L’auto-édition est déniée.

Nous n’avons certainement pas tous la vocation d’être des auteurs, mais n’oublions pas que l’école nous a ouvert la voie pour le devenir.

Une société qui admet que tout citoyen est un auteur n’a pas pour vocation de promouvoir la culture pour tous mais l’Art par tous. De fait , le libre accès à l’art n’est pas une anomalie c’est une condition première pour soutenir une société de l’échange.

Les choix du public

La numérisation des écrits, des photographies,  des films,  permet à  tout un chacun d’éditer son travail artistique sur Internet. Il n’y  a pas de limite à l’auto-édition, pas de filtres, pas d’éditeurs,  pas de programmateurs, pas de commissaires d’exposition.  Des œuvres  d’art peuvent êtres diffusées, copiées, transformées, vues par des  millions de personnes. Sur Internet le public est libre de faire ses  propres choix esthétiques, les interactions, la médiation, entre une œuvre et son public, n’est pas prise en charge par des institutions publiques ou privées.

L’Art par tous à l’opposé de la culture pour tous fragilise les modèles visant à instaurer des produits culturels standardisés. Il n’y a plus de consommateurs de culture, il y a des amateurs d’art.

Dans un contexte de crise social généralisée, où un musée en Europe brûle  des œuvres d’art pour protester contre des coupes budgétaires, il est intéressant de mettre en parallèle l’arrêt de financement des écoles de musique par les DRAC avec les 70 millions versés par l’État à la Hadopi.

Et si l’on peut affirmer que  les écoles de musique contribuent à faire émerger les auteurs de demain, peut-on en dire autant de la Hadopi ?

Le projet de partage de l’art pour tout être humain est un enjeu de société qui  ne peut être laissé aux mains des industries culturelles et des politiques.

Clivage imposé entre le numérique et la culture

La plupart des partis politiques ont séparé  les enjeux du numérique et les enjeux de la culture, au sein de commissions   distinctes. Cela a pour effet de cliver “les électeurs” en fonction  des différents groupes de pression…  Tel référent “numérique” pour l’Association de la Promotion et la  Recherche en Informatique Libre, tel autre “culture” pour les  sociétés d’auteurs.  À ce jeu, la démocratie devient un jeu de pouvoir d’influence.

Cette fragmentation des espaces de pensée entre le numérique, la  culture et le juridique en vient à empêcher toute position sur des  choix de société où l’intérêt général prime sur les intérêts particuliers.

Quoi d’étonnant, dans ces conditions, d’entendre Corine Ruffet, présidente de la commission culture de la Région Ile-de-France EELV, lors de la table ronde “La musique s’invite dans la  campagne”,  défendre devant des  lobbies pro-Hadopi “l’utilité  d’une police mondiale contre le piratage” alors que le même EELV via Fred Neau, référent libertés numériques proposait “la légalisation du  partage sur Internet” après la rencontre d’Eva Joly et Richard Stallman ? Étant entendu que la légalisation du  partage entraîne la fin de toute activité “de piratage”.

À cette table ronde,  le PS via Christophe Girard, affirmera  que François Hollande n’abolirait Hadopi que si son volet répressif était maintenu, et si l’on éduquait les jeunes  générations aux“dangers” du piratage. Quant au Parti de Gauche, il proposa la mise en place d’une plateforme d’État de diffusion des artistes. Le PG en est encore à penser Internet à l’heure du Minitel1.

Les lobbies des industries culturelles ont réussi a gagner la bataille idéologique vis-à-vis des politiques. Ils ont réussi à dénaturer les valeurs de partage de la connaissance qui sont la matrice de la République française depuis les Lumières.

La bataille du partage de l’art ne se mènera donc pas dans les urnes, les lobbies des industries culturelles ayant réussi dans tous les partis à faire admettre leur signifié : “le partage non-marchand” devrait être réprimé ou compensé.

Tant que les enjeux de l’art et de la culture seront traités, au sein des partis politiques, dans une négation du public, les processus de transformation sociale se feront hors des partis politiques.

Tous auteurs, tous citoyens, tous politiques.

>>> Source : http://owni.fr/2012/04/21/tous-auteurs-tous-citoyens-tous-politiques/

Une plateforme pour promouvoir le revenu de base ? Yes we can !

Une plateforme pour promouvoir le revenu de base ? Yes we can !

Chers lecteurs, amis, visiteurs,

Après tant de mois et d’années pour certains à nous battre pour l’instauration d’un revenu de base, notre mouvement est sur le point de passer à la vitesse supérieure.

Après plusieurs discussion avec l’Association pour l’Instauration d’un Revenu d’Existence, le collectif Pour un revenu social (POURS), les décroissants, avec Olivier Auber, initiateur du site de l’Appel pour le revenu de vie, et bien d’autres personnes encore, j’ai décidé de proposer le lancement d’une plateforme d’action commune. Ce projet a été reçu avec optimisme par tous et j’ai donc travaillé depuis à sa concrétisation. Aujourd’hui, je suis dans la mesure de vous présenter une proposition concrète de site web d’une plateforme hébergée sur l’url

revenudebase.info

Ce site sera le votre : il n’est pas affilié à une quelconque autre organisation que la communauté des supporters du revenu de base qui s’est spontanément formées depuis des années sur internet et les réseaux militants. Plus qu’un site d’information de plus, son objectif est réellement d’être un levier d’efficacité pour toutes les actions que nous menons pour promouvoir ce revenu de base synonyme de Liberté. Il sera, si vous y contribuez, l’endroit de référence pour retrouver tous les événements liés au revenu de vie, ainsi que pour rentrer en contact avec des groupes locaux d’action, mais aussi les autres partisans francophones.

En résumé, ce site sera l’outil qu’il nous manque aujourd’hui pour mettre véritablement en mouvement cette idée qui nous est chère, avec l’ambition d’enfin la faire éclore dans la société.

J’ai travaillé avec de nombreuses personnes pour recueillir leurs attentes vis à vis du projet. A partir de là, nous avons rédigé un cahier des charges, dont la réalisation a été confiée à une personne de confiance : Glenn Rolland, de la société Gnuside. Glenn est non seulement un professionnel hors pair, mais il est également fervent partisan du revenu de vie et aura donc à coeur de nous livrer un site de qualité.

Malgré tout, cela nécessitera à Glenn ainsi qu’à un graphiste professionnel plusieurs jours de travail (cf devis). L’AIRE a décidé de contribuer au projet à hauteur de 1500 euros. Pour compléter cette généreuse donation, nous avons décidé de lancer une demander de contributions individuelles auprès des différentes personnes qui ont manifesté jusque là leur intérêt pour l’idée du revenu de vie. Il nous manque aujourd’hui 2200 euros pour achever le financement de cette plateforme.

C’est naturellement l’objet de ce message (mais pas que). Si le projet vous intéresse, nous vous proposons de participer financièrement en vous rendant ici. De là, vous pourrez apporter la contribution de votre choix, et de ma manière anonyme si vous le souhaitez (cocher la case pour masquer le montant de votre participation).

Je suis à votre entière disposition pour répondre à vos questions. N’hésitez pas à me contacter en commentaire ou par mail.

Merci d’avance à tous pour votre soutien. Chaque donation compte, aussi modeste soit-elle !

Stanislas Jourdan


>>> Illustration PaternitéPas d'utilisation commerciale Dan Finnan

>>> Source sur : http://www.tetedequenelle.fr/2012/04/plateforme-promouvoir-le-revenu-de-base/

Yoland Bresson contre-attaque

Yoland Bresson contre-attaque

Yoland Bresson, économiste qui a théorisé la « valeur temps » et donc le Revenu d’Existence inconditionnel, explique preuve à l’appui que la conditionnalité qui reste présente dans le Revenu Citoyen de Villepin n’est pas une bonne chose.

Je suis évidemment d’accord avec Yoland Bresson. Je l’ai expliqué un peu différemment dans les critiques que j’ai faites. C’est en fait la « dégressivité » assumée du Revenu Citoyen qui est de fait l’équivalent d’un impôt extrêmement fort sur tout revenu supplémentaire, et qui décourage de travailler « trop ».

Dire qu’avec 1500 € de revenu le Revenu Citoyen serait nul, cela signifie, que la ponction réalisée sur le revenu total Revenu Citoyen + Revenu du travail = 850 € + 1500 € = 2350 € est de 850 € soit 36 %. Un taux totalement insupportable, qui de plus serait en amont de l’impôt sur le revenu !

Cela ne peut que fortement désinciter les citoyens à facturer leurs prestations à autrui (je récuse le terme « emploi » qui n’a du point de vue de la TRM aucun sens, à part un sens de privation des libertés, un sens esclavagiste, je ne vois que des contrats librement acceptés et récusables entre citoyens libres).

De plus le Revenu Citoyen n’a pas à être versé aux uns et pas aux autres, mais à tous les Français, brisant ainsi la conditionnalité, brisant toute stigmatisation et donc les contrôles insupportables et infaisables en pratique sur les revenus mensuels de millions d’individus !

Il s’agit donc de penser l’impôt sur le revenu de façon extrêmement claire et simplifiée, à compter du Revenu de Base Citoyen, avec une règle qui ne fait aucun distingo entre les Français. C’est à dire appliquer le principe de relativité à la définition de l’impôt. S’il est progressif alors il est progressif de la même façon du commencement à la fin, sans aucun seuil.

Il est certain ensuite que l’inconditionnalité véritable (et donc l’absence de visée esclavagiste, la véritable dimension de liberté citoyenne), n’est pas assurée par le discours de Villepin. Il devra sans doute modifier et clarifier ces points.

Ceci étant dit, c’est bien la proposition de Villepin qui, à ce jour, et à ce jour seulement, constitue la meilleure offre claire et annoncée en vue de 2012.

Je vous laisse avec la première partie de cette vidéo de Yoland Bresson, qui explique parfaitement la notion de champ, de continuité (cf mes multiples appels à comprendre le calcul différentiel, et la critique des définitions « à seuils » !).

La deuxième partie est excellente aussi

La TRM elle aboutit au même résultat via un chemin différent, moins économique, plus physique et mathématique, en se basant sur les libertés individuelles et un raisonnement essentiellement théorique sur les principes de relativité et d’espace-temps.

Il est bon qu’un même résultat soit trouvé à partir de chemins différents, ça ne fait qu’en renforcer la pertinence et les principes explicatifs. De la même façon un même résultat mathématique est la plupart du temps démontré avec plusieurs méthodes.

YOLAND BRESSON: “LE REVENU D’EXISTENCE SERA AU CENTRE DU DÉBAT EN 2012″

YOLAND BRESSON: “LE REVENU D’EXISTENCE SERA AU CENTRE DU DÉBAT EN 2012″

 

L’un des tous premiers défenseurs du revenu universel en France revient sur 30 années de combat pour une idée plus que jamais d’actualité.

Yoland Bresson, économiste, est auteur de plusieurs ouvrages dont Le revenu d’existence ou la métamorphose de l’être social paru en 2002 ; et plus récemment Une clémente économie : Au-delà du revenu d’existence. Il est l’un des tous premiers défenseurs du revenu d’existence depuis les années 80, et a fondé l’Association pour l’Instauration d’un Revenu d’Existence. Il est donc un interlocuteur privilégié sur le sujet du revenu universel, et c’est pourquoi je suis allé à sa rencontre pour un entretien de près d’une heure.

Bonjour Yoland Bresson, vous êtes économiste et défendez depuis très longtemps le revenu universel, que vous nommez “revenu d’existence”. Comment en êtes-vous arrivé à cette proposition, et quel a été votre cheminement ?

Aussi surprenant que ça puisse paraître, c’est le Concorde qui a été le point de départ de toute la réflexion. Au titre de professeur-économètre, j’ai fait partie de l’équipe franco-américaine en 1972 à qui on a confié la tâche de fixer le prix des billets du supersonique. Malgré tous les modèles économiques que nous avons essayé, rien n’a vraiment fonctionné. Du coup, on a décidé de passer par une enquête pour essayer de comprendre ce qui pouvait motiver les gens et à quel niveau de prix certains peuvent être désireux de prendre le Concorde.

Tous les modèles économiques étaient fondés sur le postulat de départ que plus l’on travaille, plus on gagne de l’argent. La problématique revenait donc à faire gagner du temps aux gens qui travaillent beaucoup et ont de l’argent à investir. Or, dans les faits, les plus motivés n’étaient pas forcément les moins occupés mais plutôt ceux qui avaient le plus de souplesse dans leur emploi du temps. Paradoxalement, les grands patrons de l’industrie se situent dans dans cette catégorie là, bien qu’ils passaient leur temps à dire qu’ils étaient submergés de travail. Il y avait une grande différence dans la perception du temps, et finalement on observait – après coup – que plus on était riche, plus on avait du temps disponible. Il y avait donc une corrélation quasi-parfaite entre ces deux facteurs, ce qui mettait en cause presque tous les modèles de productivité, de temps de travail, le rapport loisir/travail. Partant de ce constat, j’ai cherché la loi de répartition des revenus.

N’est-ce pas un peu paradoxal ? Vous écrivez vous-même dans votre livre : « celui qui conserve le plus de temps libre doit recevoir plus ». Mais celui qui conserve le plus de temps libre, c’est le patron dont vous parliez à l’instant, non ?

Effectivement mais on ne l’explique qu’après coup, en rentrant dans le processus de l’attribution des ressources. En fait, l’économie est essentiellement un processus d’échange de temps : nous recevons de l’argent en paiement du temps que nous consacrons à une activité et nous libérons du temps en récompensant celui qui le prend pour faire ce dont nous avons besoin à notre place. Chaque échange est producteur d’une richesse : du temps disponible. Finalement, qui gagne le plus dans les échanges ? C’est celui qui libère le plus de temps pour lui. Et voilà la logique du jeu économique.

C’est ainsi que j’ai établi la loi de répartition des revenus, une formule un peu compliquée publiée dans L’Après Salariat. Le résultat nous donnait une loi de distribution des revenus théoriques qui tendait à montrer que tout le monde devait au moins recevoir la quantité de monnaie correspondant à la valeur du temps c’est à dire la valeur commune du temps, ne serait-ce que pour commencer à participer aux échanges, en termes économiques. Pour rentrer dans le jeu économique, il faut donc tout simplement que chacun reçoive inconditionnellement le montant de monnaie qui est le cœur du système. Un peu comme dans le Monopoly ! En s‘appuyant sur cette base, on éliminerait ainsi l’extrême pauvreté.

Ce n’est pas du tout de ce que je recherchais au départ. Mais à partir de là s’est enchainé toute une réflexion. Cela remettait en cause beaucoup d’observations que les uns et les autres apportaient au fonctionnement général des sociétés et de l’économie.L’Après Salariat a été publié en 1984 et a participé à une convergence étonnante. Philippe Van Parijs, spécialiste de philosophie politique à Louvain, concluait son analyse la nature de la société par la nécessité d’une allocation universelle ; en Allemagne, Claus Offee, sociologue, arrivait aussi à l’idée qu’il fallait un “basic income” ; en Angleterre, Keith Roberts, spécialiste de sécurité sociale, est parvenu à la nécessité d’un “citizen income” en cherchant une organisation optimale de sécurité sociale.

En 1984 ! C’était il y a longtemps ça ! Où en est-on maintenant ?

Philippe Von Parjis a reçu un prix pour son travail et nous a réuni à Louvain pour fonder le Basic Income European Network (BIEN) que nous avons décidé de réunir en Congrès tous les deux ans. Aujourd’hui, ce sont des congrès mondiaux qui réunissent 200 à 250 participants présidé par un Brésilien, Eduardo Suplici. En France, c’est Henri Guitton, professeur d‘économie malheureusement décédé depuis, qui a lu mon bouquin et m’a appelé pour me dire : « vous avez la réponse à la question que je me suis posé pendant toute ma vie de chercheur ! ». De là, nous avons fondé l’Association pour l’Instauration d’un Revenu d’Existence (AIRE).

Malgré l’ancienneté de cette proposition, comment expliquez-vous qu’elle ne soit pas débattue sur la place publique ?

Pour commencer, notre société a lutté contre la rareté des ressources depuis 8000 ans et cela a énormément façonné les mentalités. L’idée que nous puissions donner de l’argent ou autres à quelqu’un sans qu’il ne participe à la production des ressources est assimilée à du parasitisme.

Le deuxième élément, c’est qu’au sortir de la guerre, les pays occidentaux ont connu un miracle : le plein emploi salarié a amené le salariat à sa perfection, avec une protection sociale de qualité, l’intégration se faisait spontanément puisque tout le monde avait un emploi… Bref, on a connu les Trente Glorieuses, une sorte de paradis, malgré les quelques critiques. Ce n’est rien à l’échelle de l’histoire de l’humanité mais ça a considérablement marqué les pays développés. Or, une fois cette période terminée, la crise a tout changé mais on a poursuivit notre course un peu comme dans les dessins animés, le gars qui est au dessus du gouffre mais il continue de courir ! Les politiques ont dit aux gens : « on va retrouver le plein emploi » en boucle, et tous les gens le croient et sanctionnent chaque gouvernement qui n’arrive pas à redonner espoir, alors que fondamentalement, il est indispensable de changer l’organisation de nos société.

De ce point de vue, je crois que les peuples sont en avance sur les politiques : les gens commencent vraiment à se dire que cette histoire de plein emploi, ça ne va pas marcher, et qu’il faut trouver autre chose. Alors ils attendent qu’on leur propose autre chose… mais ils sont avant tout dans le refus de ce qui est, car ils n’ont pas encore de solution alternative. Ils sont donc dans le pessimisme.

S’il y a une demande des citoyens, pourquoi si peu de politiques s’en emparent ?

Les premières fois où j’ai discuté avec Christine Boutin, elle a laissé l’idée de côté. Puis, quand on lui a confié une mission sur la pauvreté, elle a rencontré beaucoup d’organisations professionnelles et de travailleurs sociaux, des milieux dans lesquels l’idée se diffusait progressivement. Et, au détour de ces rencontres, le sujet est revenu régulièrement. Elle m’a alors appelé pour qu’on en rediscute et a obtenu un crédit pour organiser un séminaire de réflexion à Port Royal, avec des philosophes, des gens de Bercy, des conseillers d’Etat. C’est à cette occasion qu’elle a décidé de publier son rapport et de promouvoir ce qu’elle a appelé le “dividende universel”. Elle a d’ailleurs bien fait de l’appeler “dividende universel” et pas le revenu d’existence : cela permet de garder une terme générique sans le connoter politiquement.

Ensuite d’autres politiques s’y sont mis, les Verts, etc. et aujourd’hui, je pense qu’on est tout prêt d’ouvrir le débat.

Pensez-vous que la multiplicité des écoles de pensées et des théories puisses précisément nuire à la clarté du débat ?

Il y a effectivement différentes propositions, avec différents noms etc. mais il y a des points absolument déterminant sur lesquels il ne faut pas transiger :

  • l’inconditionnalité ;
  • l’égalité ;
  • le fait que ce soit cumulable sans restriction ni limite avec n’importe quelle autre forme de revenu ;
  • et enfin il y a le montant, qui constitue un risque.

En tant qu’économiste, je dois tenir compte des lois et des contraintes. Avec les calculs que j’ai fait, le revenu d’existence devrait représenter entre 14 et 15% du PIB. Beaucoup disent que ce n’est pas suffisant pour vivre, mais ce n’est pas le problème. Le problème est que si l’on augmente le revenu à 800 € ou plus, l’économie va se venger. Premièrement, il y aura une tendance à la hausse des prix, et par conséquent le pouvoir d’achat réel de cette dotation va revenir vers sa norme. Deuxièmement, si le revenu d’existence est trop élevé, dans le marché mondial où nous sommes intégrés, il y aura des conséquences en termes de réduction de la croissance du PIB, par la perte de compétitivité économique globale. Et par conséquent, le niveau même du revenu d’existence qui est corrélé au niveau du PIB diminuera.

Voulez-vous dire qu’il s’agit d’arbitrer entre la réduction des inégalités et la récession ?

Le mieux immédiat peut être l’ennemi du bien futur. D’ailleurs ce qui est étonnant c’est que les libéraux extrêmes sont partisans d’un revenu d’existence élevé, mais en contrepartie de quoi les individus deviennent totalement responsables d’eux-mêmes. Donc l’Etat se désengagerait et tout serait laissé au marché : l’éducation, les assurances, etc. à l’exception de ses fonctions régaliennes. De même, à extrême gauche, l’allocation universelle d’André Gorz est aussi à peu près de ce type, mais avec l’idée suivante : à partir du moment où l’on donne ce revenu, les individus doivent par exemple donner deux heures de leur temps dans une sorte de collectivisme généralisé. Et le reste du temps est libre, non-marchand.

Ces deux extrêmes là peuvent être idéologiquement intéressants, mais ce qui m’intéresse moi, c’est que la société et les mentalités évoluent. Comme je dis souvent, nous sommes dans l’évolution consciente de la complexité : dans un système complexe – comme notre organisme humain – si on opère une modification trop brutale, la réaction sera le rejet ou la digestion. Pour faire évoluer un système complexe, la science montre qu’il faut agir au niveau des gènes fondateurs, c’est à dire au plus basique. Le revenu d’existence est un gène fondateur car il coupe le lien strict emploi/revenu. Et alors on commence à prendre conscience que l’on peut produire des richesses et organiser une distribution des richesses qui soit partiellement déconnectée de la production, parce qu’on est sorti de la rareté.

Dans le contexte actuel de crise de la dette et d’inquiétude sur les déficits, n’est-il pas plus opportun de mener une réforme profonde de la fiscalité et de transférer plus de ressource auparavant dédiés aux aides sociales vers un revenu universel plus important ?

Parmi les règles fondamentales en économie, il y en a une qui veut qu’il ne faut jamais poursuivre plusieurs buts en même temps sans quoi on n’atteint jamais l’optimum.

Le point essentiel aujourd’hui, c’est le problème de l’emploi et, par conséquent, de notre organisation productive et distributrice. Le revenu d’existence, ce n’est pas une modification de la redistribution. C’est le mode de distribution des revenus qu’il faut changer. Imaginez le système comme un jeu de carte : actuellement, l’Etat distribue les cartes au hasard et, pour équilibrer le jeu, il prend des cartes aux gagnants pour les donner aux perdants afin qu’ils continuent à jouer. Le revenu d’existence fonctionne différemment, il propose de mettre un as dans les cartes de chaque joueur dès le départ avant de distribuer le reste des cartes.

Certains demanderont  : « pourquoi ne pas distribuer un as, un roi et une reine plus qu’un as ? » Le problème, c’est que les excellents joueurs vont être incités à aller jouer à d’autres tables où les possibilités de gain sont bien meilleures, ce qui, dans le monde actuel, n’est pas un problème… A contrario, si vous ne donnez qu’un roi ou une dame, les joueurs trop faibles se retrouveront disqualifiés rapidement. c’est pour cela que la question du montant est très sensible.

Une fois que l’on a changé le mode de distribution, la société va commencer à se réorganiser à partir de ce gène.

Et le deuxième gène fondamental, c’est la suppression du contrat de travail à durée indéterminée. Tout le monde s’accroche au CDI, notamment car beaucoup de garanties supplémentaires y ont été ajouté par l’action des syndicats. D’où l’inquiétude de perdre les garanties avec le contrat.

Tout le monde cherche “l’emploi”. Mais l’emploi c’est du travail que l’on a transformé en marchandise, ce n’est pas LE travail. Karl Marx l’avait déjà dit : “chacun vend sa force de travail”.Je pense que l’on vend plus que ça : on vend son temps de vie, c’est une forme d’esclavage adouci. D’où l’idée qu’il faut que les contrats de travail soient à durée déterminée, avec reconduction tacite, ce qui libère le travail du carcan de l’emploi. Et progressivement, les gens qui étaient des salariés deviennent des participants, maîtres de leur temps, maîtres de leurs vies.

D’autant plus si l’on donne un revenu d’existence aux enfants – même si les parents pourront en utiliser une partie – lorsqu’ils arriveront à la majorité, ils auront un capital financier non négligeable, et ils sauront que toute leur vie durant, ils auront un revenu d’existence qui croîtra avec le PIB du pays. De quoi leur donner le temps de choisir leurs talents, leurs activités, et donc de s’intégrer dans le système avec le travail. Il restera juste à transformer toutes les garanties actuellement liées au CDI en garanties liées à la personne. Le salariat n’est qu’une étape de l’Histoire et, en la quittant, on change le monde !

Evidemment, il ne faut pas que tous ces changements se fasse par une révolution brutale, sans quoi on s’exposerait à une restauration qui amènerait des formes sociales encore plus violentes. Il faut que ce soit un changement conscient et consenti par les citoyens.

Vous abordez dans votre analyse la question monétaire et préfacez l’ouvrage Stéphane Laborde, La Théorie Relative de la Monnaie. Pouvez-vous expliquer en quoi sa réflexion sur le place de la monnaie rejoint la vôtre ?

Par son analyse sur la création monétaire et par ses critères mathématiques, Stéphane Laborde arrive quasiment aux mêmes conclusions que moi. Ce qu’il dit est incontestable : selon lui, la vraie égalité serait que la monnaie soit distribuée – comme au Monopoly – à chacun, alors que le système de création monétaire qui nous dirige aujourd’hui est un système de création par la dette. Concrètement, les banques “fabriquent” de la monnaie en prêtant aux particuliers et aux entreprises. Pour ce faire, elles s’appuient sur l’argent que la banque centrale leur avance. Et, si jamais il y défaut de paiement, elles se retournent également vers la banque centrale, ce qui fait que cet organe est le premier et le dernier prêteur à la fois !

Ce système vient toujours de l’époque de la rareté. Sauf que, des monnaies rares (car issues du métal), la créativité financière a inventé d’autres mécanismes pour démultiplier la monnaie, permettre l’expansion économique et lutter contre la rareté. Aujourd’hui la monnaie n’est plus rare ! Comme tout le reste, les limites sont des contraintes d’organisation, d’équilibres, d’économie générale. Par contre on entretient la rareté artificielle parce que ce système est rentable pour un certain nombre de ceux qui dirigent les mécanismes de la création monétaire, particulièrement les banques. D’où l’importance du propos de Stéphane Laborde : il faut changer les règles de création monétaire. C’est le troisième gène à modifier de la société. Moi, ce que je proposais, c’était de contourner les obstacles. Je n’étais pas allé bille en tête dans la transformation génétique de la monnaie… car c’est s’attaquer à une forteresse !

Faudrait-il sortir de l’euro pour réaliser cette transformation ?

Non, surement pas. Et justement pour des contraintes monétaires.

La crise de la dette que connaissent les Etats européens est une opportunité extraordinaire. La proportion de dette des états n’est pas catastrophique en soi, comparé aux taux de plus de 200% au sortir de la guerre par exemple. Par contre ce qui fait craindre les marchés financier, c’est l’avenir, car on ne voit pas comment ce niveau d’endettement peut diminuer. D’une part parce qu’aucun Etat ne peut raisonnablement augmenter les impôts pour rembourser la dette : les taux sont déjà relativement élevés pour financer la protection sociale, qui est un pilier fondamental de l’Europe. De plus, dans l’économie mondiale, l’Europe ne peut plus espérer avoir la croissance la plus forte et se permettre ainsi de rembourser sa dette par le décollage du PIB. Enfin, l’allongement de l’espérance de vie et le vieillissement des populations européennes provoque une hausse naturelle des charges de retraites, de santé, de la dépendance. Par conséquent, tous les financier du monde disent “attention, l’Europe peut très bien tomber en défaut, dans l’incapacité de rembourser sa dette !”

Une dette qu’elle s’est interdit de monétiser…

Effectivement. Le mécanisme européen tendrait aujourd’hui à différencier deux types de dettes : la “dette souveraine”, et la “dette subordonnée”. La dette souveraine serait la dette garantie par tous les Etats européens simultanément. L’Europe toute entière emprunterait en émettant des obligations européennes : les sommes seraient emprunté selon un même taux, redistribuées aux Etats de façon à ce qu’ils règlent progressivement leurs déficits budgétaires jusqu’à retrouver les 3% en 2013, et les 60% de dette souveraine en 2040. Les Etats pourraient s’endetter plus mais cette dette là ne serait pas garantie par l’Europe et ses intérêts seraient plus élevés.

Or, un tel emprunt serait peut-être l’opportunité idéale pour fonder un projet collectif européen de revenu d’existence à l’échelle de l’Union. En distribuant cette création monétaire supplémentaires aux particuliers de façon égale (à la manière du dividende universel de Stéphane Laborde) au rythme de 5% par an. De quoi, au passage, redonner de l’espoir dans le projet européen.

Une quatrième piste est possible : créer un franc solidaire égal à l’euro mais non convertible créé par la Banque de France qui nourrirait le revenu d’existence selon principe d’écluse consistant à remplir un réservoir de 250 milliards de francs jusqu’à atteindre le seuil de financement nécessaire pour ce revenu. Dans ce système à deux monnaies, les gens pourraient s’échanger des francs et être payés en euros, sauf que le franc ne pourrait pas être épargné car il perdrait de la valeur au fur et à mesure, afin de n’être qu’une monnaie de consommation. Ce système est viable mais a un inconvénient à mon sens : le lien entre revenu et travail n’est pas coupé, puisque les emplois continueraient d’être rémunérés en euros, ce qui ferait de ce nouveau système un parasite du système préexistant. C’est un pontage coronarien sur un cœur fatigué, alors qu’il faudrait opérer le cœur du système.

Que pensez-vous de la proposition de “revenu citoyen” de Dominique de Villepin ?

Tout d’abord je ne suis pas très surpris puisque dans son discours j’ai entendu quasiment mes propres phrases. Mais il est vraiment resté à la surface des choses. Il n’a pas du bien comprendre. Il utilise le terme de « revenu citoyen », plutôt générique pour définir ce qui est connu depuis longtemps : c’est l’impôt négatif théorisé par Milton Friedman dans les années 1960, dans une version plus généreuse. Or, le problème de ce système est connu : il élargit à des activités non-marchandes, c’est à dire qu’on peut avoir des activités hors du système marchand en contrepartie de cette dotation, alors que dans le système de Friedman, on ne bénéficie de cette somme que si on a un emploi.

Une expérience de ce type a été menée pendant 3 ans dans le New Jersey car on craignait justement que les gens ne travaillent plus et se contentent du revenu octroyé. Or on a vu que non seulement ce n’était pas vrai mais surtout que pour rentrer dans le système il faut un emploi, et un revenu. Si on fixe le niveau à 100 et que j’ai un revenu de 20, alors on me donne 80. Mais si j’ai un emploi qui me rapporte 60, on me donne que 40. C’est à dire que les 40 que j’ai obtenu, c’est comme si on me les reprenait. Donc au final c’est un impôt de 100% sur les revenus entre 0 et 100. Et bien sur, les gens ont compris ce qu’il fallait faire : avoir un emploi peu rémunéré (mais qui fait entrer dans le système pour toucher 20 et recevoir 80 de l’Etat) et à coté travailler au noir pour gagner 80 sans rien déclarer, pour gagner 180 au final plutot que 100. Ils se sont aperçus qu’il fallait alors contrôler ! Mais étendre ce système et son contrôle à tous les Etats Unis cela aurait couté trop cher, et ils ont donc abandonné le projet. Dominique De Villepin ne fait que reprendre cette idée.

Donc il a tort ?

Évidemment qu’il a tort ! Le bon côté, c’est qu’il est le premier homme politique de haut niveau qui attire le regard des médias sur l’idée d’un revenu citoyen. Et donc de ce point de vue là, on peut lui dire merci ! Grâce à sa sortie, je suis persuadé que le revenu d’existence sera au centre du débat en 2012, d’autant que je sais que Dominique de Villepin n’est pas le seul à travailler là dessus…

 

>>> Retrouvez notre dossier spécial sur le revenu citoyen :

>>> Propos recueillis par Stanislas Jourdan

>>> Illustrations flickr CC John Harvey ; mtsofan

>>> Publié  le 18/03/2011 sur : http://owni.fr/2011/03/18/yoland-bresson-revenu-existence/

Pas besoin d’être philanthrope pour admettre le dividende universel

Pas besoin d’être philanthrope pour admettre le dividende universel

Aussi utopique puisse-elle être, la théorie du dividende universel sera, dans un avenir pas si lointain, la seule solution pour faire face aux mutations profondes de la société : l’émergence des monnaies virtuelles, l’explosion des gains de productivité, et l’accroissement de la complexité de la société. Et ça, même les opposants au revenu minimum garanti le comprendront un jour…

Sur ce blog, j’ai défendu à de multiples reprise le dividende universel, via des arguments très différents, allant de la défense d’une certaine décroissance, à l’insoluble problème des gains de productivité, en passant par la description d’un nouveau pacte sociall’étude des expériences menées à ce jour, la dénonciation del’hypocrisie des talibans de la « valeur travail » et bien sûr par l’approche monétaire, et l’échec flagrant des politiques monétaires actuelles. Bref, j’ai battu en brèche de nombreuses objections, critiques, ouinterrogations.

Manifestement, les arguments économiques, progressistes, humanistes, et allant du bon sens ne suffisent pas toujours. Tentons alors une autre approche : imaginons que le revenu de base soit une idée monstrueuse dont personne ne veuille. Évinçons ainsi, pour la méthodologie, tous les arguments tendant à montrer que le revenu de base est une solution positive, souhaitable face à la crise. Ajoutons également un soupçon de cynisme, pour le style.

Et bien même en partant de ces hypothèses, le revenu de base, et encore plus le dividende universel monétaire, demeurent la seule solution connue pour adapter notre structure économique aux mutations qui nous attendent. Et il incombe donc à ceux qui prétendent vouloir/pouvoir diriger ce pays de commencer à y réfléchir sérieusement dès maintenant.

Qui achètera les produits fabriqués par les robots ?

>>> Source & Suite sur : http://www.tetedequenelle.fr/2012/02/dividende-universel-philanthrope/

Dividende Universel : un enjeu majeur de société

Dividende Universel : un enjeu majeur de société

Paradoxes

Satisfaction des besoins

Considérons que la population a un ensemble de besoins à satisfaire. La satisfaction d’une partie de ces besoins nécessite du travail. Par exemple, le travail des industries alimentaires donne la possibilité à la population de se nourrir (sans récolter elle-même sa nourriture), celui des industries vestimentaires lui permet de se vêtir (sans fabriquer elle-même ses vêtements), la Poste lui permet d’envoyer des colis à l’autre bout du monde sans se déplacer, etc.

Par ailleurs, la population active peut effectuer une quantité de travail limitée (le nombre de personnes multiplié par le nombre d’heures). On peut distinguer 3 cas.

Dans le premier cas, il y a trop de besoins à satisfaire, la population active ne peut réaliser qu’une partie de tout ce travail. Ou plutôt, elle va le réaliser sur un période plus importante. Dans cette hypothèse, c’est le plein emploi, la situation économique est merveilleuse durant de nombreuses années, affichant une croissance impressionnante, comme par exemple durant les Trente Glorieuses.

Dans le second cas, la population active peut tout juste effectuer le travail nécessaire. Tous les besoins sont satisfaits, et tout le monde trouve du travail. La situation économique est bonne, la croissance est importante.

Dans le troisième cas, la population active peut effectuer plus de travail que nécessaire. Les besoins sont largement satisfaits avec moins de travail. Dans le système actuel, c’est la crise. Cela signifie qu’il n’y a pas assez de travail pour tout le monde, donc un taux de pauvreté important.

Le paradoxe est criant : plus nous parvenons à satisfaire nos besoins, plus la pauvreté augmente.

Valeur ou abondance

De ce paradoxe en découle un second.

Plus nous rendons nos outils de production efficaces, plus nous sommes capables de produire en abondance, avec moins de travail. Mais alors moins ce que nous produisons n’a de valeur marchande (puisque cette production est rendue abondante). Si la quantité vendue ne compense pas la baisse des prix unitaires, la seule manière de conserver une valeur marchande est alors de restreindre artificiellement le service rendu par cette production, contre l’intérêt général, comme le décrivait très bien Frédéric Bastiat dans le premier chapitre de « Sophismes Économiques » :

On remarque qu’un homme s’enrichit en proportion de ce qu’il tire un meilleur parti de son travail, c’est-à-dire de ce qu’il vend à plus haut prix. Il vend à plus haut prix à proportion de la rareté, de la disette du genre de produit qui fait l’objet de son industrie. On en conclut que, quant à lui du moins, la disette l’enrichit. Appliquant successivement ce raisonnement à tous les travailleurs, on en déduit la théorie de la disette. De là on passe à l’application, et, afin de favoriser tous les travailleurs, on provoque artificiellement la cherté, la disette de toutes choses par la prohibition, la restriction, la suppression des machines et autres moyens analogues.

Il en est de même de l’abondance. On observe que, quand un produit abonde, il se vend à bas prix : donc le producteur gagne moins. Si tous les producteurs sont dans ce cas, ils sont tous misérables: donc c’est l’abondance qui ruine la société. Et comme toute conviction cherche à se traduire en fait, on voit, dans beaucoup de pays, les lois des hommes lutter contre l’abondance des choses.

Au passage, nous reconnaissons ici le cas particulier du partage de fichiers, avec les restrictions numériques de lecture et la tentative de prohibition de l’utilisation d’outils de partage. La guerre contre le partage n’est qu’une lutte contre l’abondance, qui vise à restaurer la rareté afin de satisfaire une demande solvable.

Nous pouvons résumer ces deux paradoxes ainsi : plus nous rendons efficace notre production, moins ce que nous produisons n’a de valeur marchande (à cause de l’abondance) et plus la pauvreté augmente (à cause du manque de travail).

Une fois passé le cap d’une production abondante nécessitant peu de travail, on s’aperçoit que les politiques de recherche du plein emploi et de restriction de l’abondance (dans le but de conserver une valeur marchande) sont une lutte contre l’efficacité et l’intérêt général.

Conséquences

Supposons que l’on parvienne à une efficacité de production telle que l’emploi de 5% de la population active suffise à satisfaire les besoins de tous : nous serions dans une société qui n’a jamais été aussi productive et riche. Pourtant, nous aurions un taux de chômage de 95%. Si les revenus étaient exclusivement issus du travail rémunéré, une écrasante majorité de la population n’aurait aucun revenu. Restaurer une situation de plein emploi, impossible en pratique, serait très critiquable en théorie : il s’agirait d’imposer à de nombreuses personnes l’occupation d’un emploi utile ni pour elles, ni pour la société.

Aujourd’hui, nous ne sommes pas dans une situation si extrême (ça pourrait ne pas tarder,vraiment), mais force est de constater qu’en raison de l’informatisation et de l’automatisation de la production, le plein emploi ne peut plus être atteint. Devons-nous le regretter ? Je ne pense pas. Je pense même que c’est une chance : cela signifie que nous produisons plus efficacement des richesses.

Pour s’en rendre compte, il suffit de comprendre que le travail humain n’est pas un but, mais un moyen : il permet de surmonter les obstacles à la satisfaction des besoins. Regretter la trop grande facilité avec laquelle les obstacles sont franchis (car alors il y a moins de travail pour y parvenir), c’est vouloir combattre le but pour préserver le moyen ; c’est confondre l’obstacle et la cause.

Dans la situation actuelle, il semble donc inévitable de rompre le lien strict entre emploi et revenu. En effet, la monnaie correspondant aux richesses créées par les machines doit être, d’une manière ou d’une autre, distribuée à la population. Sans cela, nous nous trouvons dans une situation aberrante où il y a abondance de richesses réelles et pénurie de monnaie pour y accéder, et nous ne pouvons faire autrement que d’accepter avec fatalité les conséquences négatives de l’amélioration de la société (sic).

C’est ce que propose le Dividende Universel.

Dividende universel

Le Dividende Universel, pour rappel, désigne le versement inconditionnel d’un revenu à chaque citoyen (à titre indicatif, il est estimé entre 300 et 400€ par mois en Europe, mais varie beaucoup selon les propositions), de la naissance à la mort, qui se cumule aux autres revenus (issus de l’emploi).

Si c’est la première fois que vous entendez parler de ce concept, vous êtes sans doute sceptique, comme je l’ai été quand je l’ai découvert : cela semble utopique, irréalisable. Et pourtant…

J’ai introduit le sujet par la nécessité de dissocier l’emploi et le revenu, suite à la raréfaction de l’emploi (qui, contrairement aux idées reçues, est une bonne chose). Mais d’autres arguments, que je trouve encore plus pertinents, confortent les fondements de l’instauration d’un Dividende Universel.

Création monétaire

Le plus évident est l’injustice du fonctionnement actuel de la création monétaire (je détaille dans un autre billet), un des bugs fondamentaux de notre société : des acteurs privés (les banques) créent de l’argent à partir de rien, par le mécanisme du prêt. C’est la magie de « l’argent dette ». En effet, lorsqu’une banque vous accorde un prêt pour acheter une maison par exemple, elle vous prête de l’argent qu’elle n’a pas ! La population se fait alors arnaquer plusieurs fois :

  • ces acteurs privilégiés créent de l’argent pour le prêter à ceux qui vont devoir travailler pour le récupérer ;
  • ils vont recevoir des intérêts sur l’argent ainsi créé (puisqu’il s’agit d’un prêt) ;
  • ils dévaluent la monnaie déjà en circulation (car la masse monétaire augmente).

Thierry Crouzet résume cette situation en une phrase : « Pendant que vous avez travaillé, ils ont fabriqué l’argent pour vous payer ».

Le mécanisme est très bien expliqué par les vidéos pédagogiques de Paul Grignon (même si la forme est critiquable sur certains aspects) : L’Argent Dette, puis L’Argent Dette 2. La première vidéo a d’ailleurs fait l’objet d’une émission d’Arrêt sur Images.

Pour mettre fin à cette injustice intolérable, le Dividende Universel propose donc simplement que l’augmentation de la masse monétaire soit distribuée équitablement entre tous les citoyens, plutôt qu’elle ne soit réservée qu’à une poignée d’acteurs privés privilégiés au détriment de tout le reste de la population. C’est le point fondamental de cette proposition. Tous les autres arguments ne sont que des interprétations de la signification de cette nouvelle forme de distribution ou des analyses de ses conséquences.

Création libre et non marchande

Une part importante du travail effectué par la population est non marchand. Par exemple, dans le domaine qui m’intéresse, on peut citer la création de logiciels libres, qui sont à la base du fonctionnement d’Internet, ou encore la participation à Wikipedia, qui permet un partage de connaissance inégalé jusqu’à présent. Nous ne pouvons pas nier que ces créations ont une valeur immense pour la société (sans compter qu’elles bénéficient également au secteur marchand). Une part essentielle de cette valeur réside justement dans leur adoption par le plus grand nombre, d’autant plus rapidement qu’elles sont accessibles à tous, sans restrictions.

Le Dividende Universel peut être vu comme une valorisation de ces activités non marchandes, qui sont bénéfiques pour la société.

Propriété de la zone Euro

Chaque citoyen est co-propriétaire de la Zone Euro. Le Dividende Universel correspond donc simplement à la reconnaissance de la co-propriété de la zone économique pour chaque citoyen.

Héritage de richesses

Nous héritons d’une richesse provenant des architectures et des outils construits par nos ancêtres. Il serait légitime que cette rente bénéficie à tous.

Yoland Bresson met en évidence cette richesse :

Prenons deux jumeaux parfaits, identiques en tout, particulièrement dans leurs compétences, supposons-les travaillant au même poste, dans un même processus de production (une usine de jeans par exemple) mais l’un situé en France et l’autre en Tunisie. Celui qui travaille en France recevra à l’évidence une rémunération plus élevée que son jumeau en Tunisie. Pourquoi ? Parce que les revenus ne résultent pas des seuls caractéristiques et mérites individuels; que dans l’évaluation de ce que chacun produit, et dont il perçoit une part, celui qui vit en France bénéficie de tout un potentiel productif beaucoup plus performant, les infrastructures, les réseaux d’échange et d’information, les habitudes de communiquer, etc., c’est-à-dire du milieu dans lequel il est plongé et dont il profite inconsciemment. On peut dire qu’il existe un « champ économique » comme il existe un « champ magnétique » qui nous inonde d’une énergie potentielle. Si cette énergie est plus grande en France qu’en Tunisie, c’est qu’elle provient de tout le capital matériel et humain que nos parents ont lentement construit en France. Une part des revenus que nous obtenons est le produit de ce capital social. Nous héritons de cette rente.

Suppression des désincitations au travail

Le Dividende Universel aurait aussi d’autres effets positifs. Par exemple, les prestations sociales actuelles découragent les individus de chercher un emploi rémunéré. En effet, lorsque les revenus du travail augmentent, les prestations sociales sont diminuées voire supprimées, menant à des situations absurdes où l’individu a parfois financièrement intérêt à ne pas accepter un travail.

De par sa nature inconditionnelle, le Dividende Universel supprimerait ces désincitations.

Théorie Relative de la Monnaie

Si vous désirez approfondir le Dividende Universel, je vous recommande laThéorie Relative de la Monnaie, de Stéphane Laborde. La version 2.0 de la TRM est disponible.

Par analogie au principe de relativité d’Einstein (« les lois physiques s’expriment de manière identique dans tous les référentiels »), il postule que « la monnaie, en tant que code qui régit les échanges économiques, doit fonctionner de manière identique dans tous les référentiels », et en analyse les conséquences. Il décrit également brièvement les problèmes fondamentaux du système actuel et ses effets.

Les défenseurs des libertés informatiques apprécieront certaines analogies, comme celle-ci :

On peut comparer le système monétaire encore actif en 2010 à l’ancien réseau informatique Français du Minitel, un réseau centralisé, où la création de services nécessitait un avis du propriétaire monopolistique ainsi que le partage des revenus de l’activité. Tandis qu’un système d’émission de monnaie symétrique dans l’espace-temps tel que le Dividende Universel est comparable à un internet neutre où chaque citoyen de la zone économique est considéré comme égal devant la création monétaire, et donc susceptible d’échanger en « peer-to-peer », de personne à personne, sans permission spéciale d’une autorité centrale.

Je remercie particulièrement son auteur pour la relecture de ce billet, ainsi que pour ses réponses rapides et ses remarques pertinentes ;-) Je vous recommande son blog pour suivre l’actualité sur le sujet.

Conclusion

Avec le passage d’un monde de rareté à un monde d’abondance, nous sommes dans une période charnière où nous devons faire des choix de société cruciaux. La tentative de restauration de la rareté artificielle, que ce soit pour redonner une valeur marchande à la copie de fichiers ou pour prolonger le mythe du plein emploi, doit être combattue.

Tous les hommes sont égaux. Mais une poignée de privilégiés a le pouvoir de créer la monnaie, au détriment de tous les autres. La création monétaire est un enjeu majeur, trop souvent ignoré, dont dépendra profondément la société de demain.

>>> La suite de la réflexion : L’abondance contre l’économie.

>>> Source  sur :  http://blog.rom1v.com/2011/02/dividende-universel-un-enjeu-majeur-de-societe/

Le travail salarié a-t-il encore du sens ?

Le travail salarié a-t-il encore du sens ?

[Le texte ci-dessous est l’oeuvre de Jean Dornac initialement publié sur le blog Etat Critique et reproduit ici avec son aimable autorisation. Il fait grandement écho à ma vision du monde du travail. Non qu’être à son compte soit une solution magique au problème qu’il décrit, mais c’est peut-être un début de piste]


Lorsqu’un peuple est saigné comme l’est le peuple grec, il faut se poser nombre de questions, dont celui du travail salarié.

Cela fait des années que je me pose la question du sens de ce fameux « travail salarié ». Pour être passé par là, de trop nombreuses décennies, je ne sais que trop bien qu’il s’agit d’un bien méchant attrape-nigaud. Seulement, voilà, la société est organisée ainsi depuis un peu moins de deux siècles, depuis que nos lointains parents quittèrent leurs champs aux récoltes aléatoires selon les bons vouloirs d’un ciel et d’une météo rarement favorables…

Travailler pour un autre contre un salaire n’est pas, en soi, choquant. Mais travailler pour un véritable capitaliste, totalement pris dans son idéologie et ses intérêts personnels, peut s’avérer rapidement dramatique. On y perd sa liberté et son âme.

Sa liberté ? Ce n’est pas nous qui choisissons nos horaires. Sauf par un refus, nous n’avons pas non plus de pouvoir de décision sur la hauteur de notre salaire. Souvent même, nous n’avons pas non plus le choix du poste à occuper… On le voit très nettement, aujourd’hui, avec un nombre important de jeunes sortis de diverses écoles, souvent prestigieuses, et employés à n’importe quoi… Le nombre d’heures travaillées, le nombre de jours de vacances et même la hauteur du salaire, d’autres en décident, entre les patrons et les députés, donc, le pouvoir. Notre seule liberté consiste à quitter l’entreprise dans l’espoir de trouver mieux. Ce fut vrai à l’époque où je commençais ma vie en entreprise. Nous pouvions partir et revenir à notre gré, ce qui était fort déplaisant pour ceux qui nous embauchaient. Les temps ont bien changé, ils sont devenus cruels pour le monde salarié à qui l’ont fait comprendre, aujourd’hui, que si ça ne lui plaît pas, il peut prendre la porte, pour être rapidement remplacé par les chômeurs qui ne demandent pas mieux…

Son âme ? Oui, dans la mesure où l’humain ne grandit essentiellement que par sa capacité et son droit de créer. Combien de postes de travail, en cette époque, offrent une possible créativité ? Ils sont rares, très rares. Heureux ceux qui en possèdent un, malheur aux autres qui, le plus souvent, sont condamnés à des travaux répétitifs, sans goût, sans saveur d’où toute passion est exclue. Seules compte aux yeux de l’employeur la production, la rentabilité. Ayez le malheur d’avoir une mauvaise santé et vous découvrirez quelle réelle valeur vous avez aux yeux de celui qui vous paie : Rien ! La mauvaise santé est payée au même prix que la malhonnêteté, c’est-à-dire, la porte, le chômage comme ligne d’horizon, la perte d’estime de soi, les regards interrogateurs de vos proches et, trop souvent, au bout d’un certain temps, leurs doutes pesants et humiliants sur votre « volonté » de chercher du travail. On y perd son âme, je le sais, je suis passé par cette porte étroite au goût horriblement amer…

Le piège

Nul n’est obligé, comme moi, de penser que le travail salarié est et reste un piège hérité des circonstances et de la voracité des possédants de capitaux. Cependant, après une carrière de 30 ans, sans problèmes majeurs, puis de chômage et petits boulots, ce qui fut mon cas, si notre esprit est resté un tant soi peu agile et lucide, nous nous rendons bien compte que nous avons participé à un jeu de dupes. Certes, nous recevons un salaire, de plus en plus petit ces dernières années, mais qu’en faisons-nous ? Passées les dépenses obligées et incontournables, nombreux sont ceux qui, obnubilés par d’alléchantes publicités, se précipitent dans un nouveau piège, mortel, celui de la consommation sans limite. Ceux-là, et ils sont foule, ne comprennent pas qu’après avoir été exploités par le patronat dans leur travail, ils le sont une deuxième fois en devenant esclaves d’une consommation sans fin organisée par et pour ce même monde des entreprises. Ce qui, aux yeux d’un certain Nicolas Sarkozy, justifiait son célèbre et lamentable slogan de « travailler plus pour gagner plus » et donc, sous entendu, pour « consommer et dépenser plus ». Là, nous étions en pleine folie dont le seul véritable bénéficiaire ne pouvait qu’être le monde des entreprise et de ses alliés, pas toujours commodes, le monde de la finance et des banques. Et, pour beaucoup, le piège se referme définitivement par les dettes accumulées. S’en suit l’interdit bancaire, opération des plus profitables pour les banques, une pauvreté accélérée et, parfois, le divorce, la fin de la famille puis la rue…

Le serpent se mord la queue

Certains analystes prédisent la fin du capitalisme, tout au moins dans sa forme actuelle, la plus hideuse, le libéralisme mondialisé. Je n’ai pas les capacités de ces analystes, mais je ne peux m’empêcher de penser comme eux.

On le voit, très clairement, en Grèce, pays maltraité, pays pillé par les assoiffés du capital, petits et grands. Ce pays est exsangue, ou plutôt, le peuple est exsangue. La famine fait son apparition, les suicides se multiplient. Ce qui n’empêche pas l’Europe, avec ses deux pires figures, Merkel et Sarkozy, la BCE et le FMI de vouloir poursuivre le pillage sous prétexte du remboursement de la dette dont, pourtant, le peuple n’est pas le principal responsable. (Voir l’article de Patrick Mignard).

Ce que je vais écrire peut en horrifier plus d’un, je le reconnais. Si dramatique qu’est la situation du peuple grec, il s’agit pourtant, peut-être, d’une chance unique. Pourquoi ? Parce que, à mon sens, le capitalisme montre son vrai visage, sa face hideuse qui réclame qu’on le combatte sans merci. Il faut comprendre qu’en Grèce, les salaires des fonctionnaires tout comme du privé étant revus à la baisse drastique, à un niveau qui est parfaitement ridicule, ils ne permettent plus aux victimes des plans de banquiers nationaux ou internationaux, de vivre de ce pourboire humiliant. Du coup, c’est la notion même de salariat qui, cette fois, doit être remis en cause.

Durant des décennies, nous avons pensé que c’était un système idéal, les sommes perçues augmentant au rythme des luttes sociales. Nous avions acquis de nombreux avantages qui, pour le plus grand nombre, étaient satisfaisants. Il faudrait, cependant, être aveugle ou stupide pour ne pas comprendre que l’heure est arrivée où le patronat et le monde de la finance ont décidé de tout nous reprendre. Et que leur importe que les peuples s’effondrent, ils n’en ont rien à faire !

A partir de là, à quoi bon rester sous la dépendance d’un monde patronal, parfois innocent de cette situation, mais trop souvent complice, lorsqu’on ne gagne plus de quoi vivre, de quoi faire vivre sa famille ? Le salariat, dans de telles conditions, n’a plus le moindre intérêt pas plus que le moindre sens. Je ne doute pas, pour ma part, que si on m’imposait un tel diktat ne pouvant que m’entraîner très vite à la rue, à la situation tragique des SDF, je quitterais immédiatement ce salariat. Crever pour crever, autant que ce soit dans la dignité plutôt qu’en tant qu’esclave et en tant qu’homme couché !

Je ne sais si un nombre important de Grecs fera une telle analyse et un tel choix, nul ne peut décider à leur place. Mais par les décisions implacables et inacceptables de leur gouvernement non élu, donc bien loin de la démocratie, ils ont une occasion unique de rejeter le principe inique du salariat. Le plus dur, bien évidemment, est de trouver une solution de remplacement. Beaucoup de penseurs en économie se sont cassé les dents sur ce sujet. Il faudra sans doute passer par une plus grande solidarité entre citoyens, ce qui n’est pas gagné d’avance. Peut-être aussi, comme en divers endroits d’Europe, faudra-il qu’ils créent leur monnaie locale, déconnectée des systèmes comme l’euro, cette monnaie qui est la meilleure garantie de leur effondrement. Et puis, pourquoi pas, il faudra aussi inventer des petits boulots, voire réappliquer le troc pour survivre dignement.

Le système, donc, se mord la queue, parce qu’il ouvre enfin un doute sérieux sur le principe du salariat. Par ailleurs, l’un de ses moyens d’enrichissement le plus rapide, la consommation, va être de plus en plus remise en cause. Les gens n’ayant plus les moyens financiers pour y accéder, hormis pour l’absolu nécessaire, ce système-là, aussi, s’effondrera. Ce qui signifie, en clair, que la consommation est mortelle, elle aussi ! Mais, franchement, est-ce un drame ? Je ne crois pas…

Peut-être suis-je trop optimiste ou trop naïf ( ?), moi, réellement, je fais confiance au génie des peuples. Souvent, au cours de l’histoire des peuples, tout comme au cours de nos vies personnelles, nous trouvons les solutions aux problèmes les plus ardus lorsque c’est notre survie qui est en jeu. C’est comme si l’instinct de conservation éclairait soudain notre esprit…

Comme le pillage n’est pas prêt de s’arrêter, en Grèce, mais également dans tous les autres pays européens, il serait illusoire pour les victimes grecques, tout comme pour nous, de nous bercer de rêves de continuité paisible offerts par la système du salariat. Celui-ci perdra de plus en plus de sens à mesure que le monde malsain de la finance prendra plus de pouvoir à la tête de nos pays. Il n’y a rien à attendre de cette « mafia » financière ! Alors, que chauffent et s’échauffent nos cerveaux pour remplacer le système gangrené et déjà partiellement pourri…

Un serpent qui se mord la queue est un serpent mort… Songez-y…

>>> Source sur : http://blog.spyou.org/wordpress-mu/2012/02/15/le-travail-salarie-a-t-il-encore-du-sens/

Le dividende universel face aux théories monétaires ‘hétérodoxes’

Le dividende universel face aux théories monétaires ‘hétérodoxes’

Quelle est le positionnement du dividende universel et de la Théorie relative de la monnaie par rapport aux autres courants de pensées économiques ? Comme nous allons le voir, le dividende universel emprunte à d’autres courants certaines thèses, postulats, mais en rejette d’autres pour en faire un synthèse réellement hétérodoxe… mais non dénué de racines idéologiques.

Le 31 décembre dernier, The Economist consacrait un riche papier sur les « révolutionnaires marginaux » ou les nouveaux courants de pensée monétaire qui ont émergé dans le débat économique grâce aux blogs et à internet en général. The Economist fait référence à trois théories monétaires ayant un écho auprès des économistes plus « mainstream » : les néo-chartalistes, les autrichiens, ainsi que les « monétaristes de marché » [ « market monetarists » en anglais dans le texte]. J’aimerais profiter de cette belle synthèse pour essayer de positionner la Théorie Relative de la Monnaie (TRM) dans ce débat. Nous verrons ainsi en quoi la TRM se nourrit de ces autres approches pour en faire la synthèse.

Précisons néanmoins d’emblée que tout ce qui sera dit dans cet article ne reflète que mon interprétation propre de toutes les théories monétaires su-citées (dividende universel compris). Je peux me tromper…

Une théorie « moderne » : plus de relance budgétaire !

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La bataille de l’emploi est perdue d’avance

La bataille de l’emploi est perdue d’avance

Ce n’est pas moi qui le dit cette fois-ci, mais Charles Sannat, qui m’a proposé cet article. Vous connaissez ma réponse aux questions que pose Charles en fin d’article…

Je vous présente notre futur proche. Il s’agit de mademoiselle Ucroa HRP-4C, elle mesure 1,58m. Elle est la première série de robot humanoïdes avec interface IA (Intelligence Artificielle). Elle est de nationalité « Made In Japan ».

La commercialisation des premiers robots humanoïdes de grande série est prévue pour 2015.

Au delà de la crise une nouvelle révolution industrielle

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Pour une politique monétaire du XXIème siècle

Pour une politique monétaire du XXIème siècle

Voici la traduction d’un article intitulé « Monetary policy for the 21st century », signé Steve Waldman, qui écrit sur la finance et l’économie sur le blog Interfluidity. Dans cet article, Steve fait une proposition de réforme de la politique monétaire de la Réserve Fédérale américaine qui s’approche curieusement du « dividende universel » pour lequel je milite sur ce blog.

L’approche de Steve est particulièrement pertinente car son raisonnement se base sur l’épuisement des politiques monétaires classiques notamment fondées sur le quantitative easing, c’est à dire l’expansion monétaire de la banque centrale, mais toujours par le crédit. Hélas, dans une économie déjà surendettée, ces solutions demeurent inefficaces pour relancer la machine économique.

Il est remarquable de constater que l’idée d’un dividende monétaire reversé aux citoyens émerge sporadiquement dans la blogosphère éco anglo-saxonne. L’article de Steve Waldman, par exemple, a été cité et abondé par des blogueurs « influents » tels que Peter Frase, lui même repris sur ThinkProgress par le célèbre Mathew Yglesias.

D’autres, notamment en Angleterre, s’emparent aussi de la question. Sur l’un des blogs phares du magazine The Economist, Philip Coggan s’est fendu d’un article délicieusement intitulé « Give us the money » dans lequel il relate que des membres du comité de politique monétaire de la Banque d’Angleterre se penchent actuellement sur la question. Enfin, notons que l’action tank britannique Positive Money, qui milite pour une réforme monétaire radicale, propose aussi -entre autres options- le versement d’un dividende monétaire aux citoyens. « Ce qui serait probablement la meilleure solution »,me confiait récemment Ben Dyson, le fondateur du mouvement.

Ce n’est à mon sens pas un mystère si cette analyse émerge dans la blogosphère éco anglo-saxonne plus que chez nous : alors que dans la zone euro, nous nous demandons encore si la BCE doit intervenir davantage pour relancer l’économie, en Angleterre ou aux États Unis, l’inefficacité de la relance monétaire est une réalité depuis le début de la crise de 2008. Du coup, le débat y est beaucoup plus riche car les économistes s’efforcent d’imaginer d’autres solutions, pour faire mieux au lieu de se contenter des solutions classiques.

Il me semble important de comprendre ce contexte, car cela montre que, sans même parler de la Théorie Relative de la Monnaie que j’évoque souvent ici, l’idée que la banque centrale devrait verser directement la monnaie émise au citoyens est aussi une conclusion logique qui s’impose au regard de l’évolution du rôle des banques centrales et du bilan de leurs interventions jusque là… Mais je n’en dis pas plus et vous laisse savourer cet article !

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