Un règlement dépouillant les citoyens de leur droit à la vie privée

Un règlement dépouillant les citoyens de leur droit à la vie privée

Une coalition d’organisations internationales et européennes, dont AccessBits of FreedomDigitale GesellschaftEDRI, La Quadrature du Net, Open Rights Group, et Privacy International, démarre une campagne commune et un site Internet, nakedcitizens.eu. Ce site permet aux citoyens de contacter leurs représentants au Parlement européen pour les appeler à protéger leur droit fondamental à la vie privée.

Un règlement dépouillant les citoyens de leur droit à la vie privée

Des organisations citoyennes exigent que les membres du Parlement européen protègent la vie privée des citoyens.

Depuis son lancement, la révision de la législation européenne encadrant la protection des données donne lieu à une campagne de lobbying sans précédent de la part d’entreprises privées et de gouvernements étrangers. Le Parlement européen examine en ce moment le texte proposé par la Commission européenne, et envisage d’y faire de dangereux amendements. Selon une coalition d’organisations citoyennes, si ces amendements étaient adoptés, ils dépouilleraient les citoyens de leur droit à la vie privée. Cette affirmation est basée sur l’analyse des 4 000 amendements actuellement examinés par le Parlement européen.

« Sans une protection efficace de nos données, nos vies privées sont mises à nu, pour être utilisées et exploitées abusivement par des entreprises privées et des gouvernements. » déclare Joe McNamee de l’organisation citoyenne European Digital Rights (EDRI) et porte-parole de la coalition. « Nous appelons les membres du Parlement européen à faire primer les droits des citoyens et à rejeter ces propositions dangereuses. »

En prévision du vote final de la commission « libertés civiles » le 29 mai, la coalition de la société civile met en lumière les cinq amendements les plus dangereux proposés par les membres du Parlement européen pour modifier le règlement encadrant la protection des données.

Le règlement proposé par la Commission européenne a pour objectif de renouveler et de moderniser le cadre législatif existant pour l’adapter à l’ère numérique, et de conférer aux citoyens un plus grand contrôle sur leurs données personnelles. Le lobbying démesuré venant de grandes entreprises et de gouvernements risque au contraire de réduire à néant ce cadre juridique.

Les citoyens doivent pouvoir faire confiance aux services en ligne qu’ils utilisent. Le niveau de confiance exceptionnellement bas rapporté par des études tant européennes qu’américaines n’est tout simplement pas viable, tant pour les citoyens que pour les entreprises.

La confiance doit être reconstruite en rendant aux citoyens le contrôle de leurs données grâce aux droits :
(1) d’accéder à leurs données personnelles et de les supprimer,
(2) de transférer simplement leurs données d’un service à un autre,
(3) d’être assurés que leurs données personnelles ne seront utilisées que pour la finalité précise et limitée à laquelle ils ont consenti
(4) d’être assurés que leurs données sont à l’abri des gouvernements étrangers,
(5) d’être assurés qu’en cas de faille de sécurité impliquant leurs données, les entreprises responsables les en informeront.

>>> Source & plus d’infos sur : http://www.laquadrature.net/fr/un-reglement-depouillant-les-citoyens-de-leur-droit-a-la-vie-privee

Égalité pour tous !

Égalité pour tous !

Le 23 avril, Bernard et Jean-Pierre se sautaient dans les bras. Aujourd’hui, avec un petit groupe d’une centaine de personnes, ils manifestent devant l’Élysée en réclamant une solution. Des panneaux “Égalité” et “Pour tous” sont brandis.
— Nous ne pouvions y croire, murmure Jean-Pierre avec un brin de nostalgie. À l’époque j’étais réellement amoureux.

Les deux amants ont donc immédiatement accompli les formalités nécessaires et, en juin 2013, ils comptaient parmi les premiers couples homosexuels mariés en France. Dans la foulée, ils achètent un appartement en banlieue parisienne.

Mais, dès septembre, le couple bat de l’aile.
— Je ne connaissais pas Berrnard sous ce jour. Il est devenu colérique.

À part, Bernard nous confie :
— Cette salope de Jean-Pierre est sorti avec Sabrina, ma meilleure amie, un soir où j’étais en voyage d’affaire. Il avait bien caché ses penchants hétéros.

La situation devenant tendue, le couple décide de divorcer. Mais à la première audience, surprise : la loi n’autorise le divorce qu’entre un homme et une femme. Si le vote du 23 avril a rendu le mariage accessible aux couples de même sexe, il n’en est pas de même pour le divorce.

Refusant chacun d’abandonner l’appartement qu’ils ont acheté ensemble, Bernard et Jean-Pierre sont donc forcé de cohabiter. Ce que Jean-Pierre considère comme très éprouvant.
— Comme je travaille essentiellement à domicile, cela me force de vivre 24h sur 24 avec une pédale comme Bernard. Sans compter que ma relation avec Sabrina en souffre énormément.

Leurs amis ont bien essayé de trouver un arrangement.
— Je veux bien revendre mes parts de l’appartement, nous dit Bernard, mais j’exige la garde de Kiki, mon hamster.
— Hors de question que je laisse mon hamster à une tantouze, tempête Jean-Pierre.
— C’est mon hamster, espèce de vieux pervers !

Les deux époux ont donc lancé le Divorce Pour Tous, un collectif qui a pour but de réclamer l’égalité devant le divorce. Kiki en est rapidement devenu l’icône, ainsi que nous confie une militante qui brandit un panneau à son effigie :
— Si je suis ici c’est parce que je trouve injuste qu’une pauvre bête comme Kiki souffre à cause de la bêtise des hommes. À cause d’une loi mal conçue, ce hamster est obligé de vivre dans une situation conflictuelle permanente, tiraillé entre ses deux papas. C’est affreux. Le parlement doit agir pour mettre fin à cette situation ! Pour sauver Kiki, nous réclamons le divorce pour tous.

Et la centaine de militants de reprendre avec elle :
— Pour sauver Kiki, le divorce pour tous !

>>> Licence : Creative Commons License & auteur : Lionel Dricot

>>> Source : http://ploum.net/post/egalite-pour-tous

Monnaie Libre n°31 Un bug dans le tableur

Un bug dans le tableur

 

Dans cet épisode Monnaie Libre débat avec Jean-Baptiste de « Frapper Monnaie« , ainsi que Gérard Foucher producteur du « Mini-Show » et auteur des « Secrets de la Monnaie« , sur le « bug du tableur ». Les médias ont en effet récemment diffusé récemment une information qui invalide les travaux de deux chercheurs en économie, qui seraient la cause des politiques d’austérité actuelles. Comment la monnaie dirige les médias et peut ainsi diffuser des contre-vérités la concernant ? Qui sont les chercheurs qui alimentent la pensée économique et de quoi vivent-ils ? Pourquoi et comment les médias sont subventionnés et participent de l’orientation économique sous couvert de science ? Autant de questions débattues dans cet épisode.

 

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Jean-Baptiste

 

Gérard Foucher

Gérard Foucher

– Première pause musicale « Une alchimie secrète » sous licence Art Libre du groupe Lessazo
– Deuxième pause musicale « beauty » Creative Common by sa Tryad.
– Générique GNUArt « no more dreams » de nighter

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>>> Ce contenu a été publié dans Monnaie Libre par Galuel.

 

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>>> Source sur : http://monnaielibre.creationmonetaire.info/monnaie-libre-n31-un-bug-dans-le-tableur/

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L’émission n° 31 de Monnaie Libre a tiré la pelote depuis le fil de la rétractation générale des journalistes quant à leur soutien pour l’étude pro-austérité de Reinhart et Rogoff, jusqu’à la partialité des médias et les voies pour un changement concret des politiques publics. Bonne écoute.

Le billet cité dans l’émission de ce blog démolissant l’étude de Reinhart et Rogoff.

 

 

Monnaie Libre n°30 Avec SebMusset « tout est politique »

« tout est politique »

Monnaie Libre reçoit Seb Musset, auteur du blog éponyme, vidéaste, cinéaste, écrivain et blogueur prolifique depuis 2007 où il a été successivement « chroniqueur de guerre néo-libérale » et désormais signe sous la maxime « tout est politique ». Dans ses analyses teintées d’un humour décapant, Seb Musset non seulement critique la politique, mais aussi critique une économie de rente et plus particulièrement une économie de rente immobilière. Asymétrie générationnelle (bébés endettés !) Immobilier, alternance au pouvoir, attaques sur l’universalité de l’allocation familiale et absence de débat sur le quotient familial, niches fiscales, arbitraire et privilèges, mais aussi débat sur les possibilités de refonte du code politique passant par le référendum d’initiative populaire, ou encore la création d’une assemblée de contrôle tirée au sort, tels sont les sujets débattus.

sebmusset

La bannière du blog se Seb Musset

– Générique GNUArt « no more dreams » de nighter
– Première pause musicale « Une alchimie secrète » sous licence Art Libre du groupe Lessazo
– Seconde pause musicale « lovely » Creative Common by sa du groupe Tryad.

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>>> Source sur : http://monnaielibre.creationmonetaire.info/monnaie-libre-n30-avec-sebmusset-tout-est-politique/

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Quand le peuple veut hacker sa constitution…

Quand le peuple veut hacker sa constitution…

Il y a un peu plus d’un an, nous avions fait écho à l’expérience politique peu banale qui se jouait en Islande en proposant cet article. Les effets de la crise bancaire de 2008 avaient entraîné l’effondrement économique de cette petite « Suisse » qu’était l’Islande. Et voilà que cette île que nous connaissions surtout en France pour ses paysages somptueux et ses geysers menait une forme de révolution pacifique et silencieuse en refusant le système bancaire, en faisant chuter deux gouvernements, et en réunissant une Assemblée constituante, formée de 25 citoyens « ordinaires » chargés de réécrire la Constitution islandaise.

Mieux encore, chacun était invité à participer à cette réécriture collaborative sur le site web dédié. Cela ressemble fort à un conte de fées démocratique et les plus sceptiques d’entre nous rappelleront que l’histoire — avec ou sans majuscule — n’est jamais univoque. Le fait est que nous disposons de peu d’articles et de sources pour nous faire une idée objective de cette expérience. Le fait est, également, que si le cas islandais fut peu évoqué dans les médias depuis 2008, il en était totalement absent depuis des mois. Où en est l’Islande de cette constitution des citoyens ?

Hélas, nous savons bien que la fin heureuse des contes de fées ne sert le plus souvent qu’à faire oublier les épreuves et maléfices qui en forment l’essentiel. Les Nornes veillent en Islande et ne semblent pas favorables : la constitution est en passe d’être rejetée. Nous proposons ici la traduction d’un texte de Thorvaldur Gylfason, l’un des 25 délégués à la Constituante, qui donne son point de vue sur l’expérience, de sa naissance à sa possible chute.

— peupleLà

Traduction Framalang : Asta, Lycoris, Garburst, lamessen, Goofy, peupleLà, mathilde, Pouhiou, zak,KoS

Grandeur et décadence de la Constitution islandaise et de sa réécriture collaborative

Article original par Thorvaldur Gylfason

Professeur d’économie à l’Université d’Islande, il fut l’un des 25 délégués de l’Assemblée constituante islandaise réunie en session d’avril à juillet 2011, élu par la nation et nommé par le Parlement pour réviser la Constitution islandaise.

En 2008, lorsque son système bancaire s’est effondré, infligeant de lourds dommages collatéraux à ses créanciers étrangers comme à ses propres citoyens, l’économie islandaise est sortie de l’état de grâce. À la suite de ce spectaculaire plongeon, les efforts de l’Islande pour venir à bout de la situation étaient au centre des attentions : elle a assigné en justice les banquiers et autres responsables présumés du désastre, et invité le peuple islandais et ses représentants élus au suffrage direct à jeter les bases d’une nouvelle constitution post-crise destinée entre autres à réduire la probabilité d’un nouvel effondrement.

Des foules de manifestants se sont rassemblées sur la place du Parlement de Reykjavik en frappant bruyamment sur des poêles et des casseroles (NdT : on parle de la révolution des casseroles). Au pied du mur, le gouvernement d’après-crise formé en 2009 lança le processus. Une Assemblée nationale, constituée de 950 individus choisis au hasard dans le registre d’état civil, fut réunie. Tout Islandais âgé de 18 ans ou plus avait une chance égale d’obtenir un siège à l’Assemblée.

Ensuite, sur un panel de 522 candidats issus de tous les milieux sociaux, 25 représentants furent élus par la nation pour former une Assemblée constituante. Celle-ci fut chargée de rédiger une nouvelle constitution reflétant la volonté populaire telle qu’exprimée par l’Assemblée nationale. Croyez-le ou non mais l’élection de l’Assemblée constituante fut annulée sur des motifs douteux et probablement illégaux, par la Cour suprême, dont 8 des 9 juges à l’époque avaient été nommés par le parti de l’Indépendance qui est maintenant dans l’opposition après s’être déshonoré pour sa responsabilité dans la crise. C’est un évènement inédit dans l’histoire islandaise !

Le Parlement décida alors de nommer au Conseil constitutionnel les 25 candidats qui avaient obtenu le plus de votes. Comme avant eux les fondateurs de la constitution américaine de Philadelphie en 1787, les membres du Conseil ont pris quatre mois en 2011 pour ébaucher et adopter à l’unanimité une nouvelle constitution. Le projet de loi constitutionnelle stipule, entre autres :

  • que la réforme électorale doit garantir « une personne, un vote » ;
  • que les ressources naturelles soient détenues par le peuple ;
  • l’exercice de la démocratie directe par des référendums nationaux ;
  • la liberté d’information ;
  • la protection environnementale et un certain nombre de nouvelles dispositions destinées à assurer la répartition des pouvoirs dans le système existant de régime parlementaire semi-présidentiel grâce à un système de garde-fous et contre-pouvoirs.

Le préambule donne le ton : « Nous, peuple d’Islande, souhaitons créer une société juste où chacun a une place à la même table. [1]»  Le peuple a été invité à participer à la rédaction sur le site web interactif du Conseil constitutionnel. Des experts étrangers en droit constitutionnel, tels que le professeur Jon Elster de l’université de Columbia et le professeur Tom Ginsburg de l’université de Chicago, ont publiquement fait l’éloge du projet de loi et de la façon démocratique dont il a été rédigé.

Malgré tout, il était clair dès le début que de puissantes forces politiques chercheraient à saboter le projet de loi. Tout d’abord, bon nombre de politiciens estiment qu’il est de leurs prérogatives, et uniquement des leurs, de réviser la constitution, et considèrent l’Assemblée nationale et le Conseil constitutionnel élu par le peuple et nommé par le parlement comme des intrus sur leur territoire. De plus, de nombreux responsables politiques s’inquiètent à juste titre de leurs perspectives de réélection sous la clause « une personne, une voix ». Enfin, de nombreux politiciens ont peur de perdre leur influence suite à des référendums nationaux plus fréquents, et craignent d’être exposés en vertu d’une nouvelle loi sur la liberté de l’information.

Par exemple, une conversation téléphonique cruciale entre le premier ministre et le gouverneur de la Banque centrale quelques jours avant le crash de 2008 est toujours gardée secrète, bien qu’une commission parlementaire ait demandé à entendre son enregistrement. Un dernier point, mais pas des moindres : de nombreux armateurs n’aiment pas la perspective d’être privés de leur accès privilégié aux zones de pêche communes. Les dossiers rendus publics après la crise ont montré que les hommes et les partis politiques avaient été largement récompensés par les banques avant la crise.

Pas besoin d’être un génie pour comprendre que les armateurs doivent avoir traité les politiciens et les partis politiques avec beaucoup de générosité par le passé, et que de nombreux politiciens souhaitent évidemment préserver ce cordon ombilical. Pour résumer, il était clair qu’à bulletin secret, le projet de loi constitutionnelle n’aurait eu aucune chance d’être adopté par le parlement, même après le référendum national du 20 octobre 2012 sur cette loi, au cours duquel 67% de l’électorat a exprimé son soutien à ce projet de loi ainsi qu’à ses principales dispositions spécifiques, y compris la nationalisation des ressources naturelles (83% de Oui), la démocratie directe (73% de Oui), et « Une personne, un vote » (67% de Oui).

Mais le Parlement ne vote pas à bulletin secret. En fait, 32 de ses 63 membres ont été influencés par une campagne de courriels organisée par des citoyens ordinaires qui déclaraient soutenir le projet de loi et voulaient l’adopter dès maintenant. Pourtant, malgré ces déclarations publiques, la loi n’a pas été soumise à un vote du parlement, une trahison abominable — et probablement un acte illégal commis en toute impunité par le président du parlement.

Au contraire, le Parlement a décidé de bafouer ses propres déclarations publiques ainsi que la volonté du peuple exprimée par le référendum national, en gelant le projet de loi. De plus, pour couronner le tout, le Parlement a imposé à la hâte la nécessité pour tout changement constitutionnel sous la prochaine législature d’être approuvé par les deux tiers du parlement et 40% du vote populaire. Un taux de participation minimal de 80% sera nécessaire pour qu’une réforme constitutionnelle soit acceptée à la prochaine session du parlement.

Les politiciens n’ont apparemment prêté aucune attention au fait qu’en suivant ces règles, l’indépendance de l’Islande par rapport au Danemark n’aurait pas pu être acceptée lors du référendum de 1918. Concrètement, cela signifie que nous sommes de retour à la case départ, comme le voulaient les ennemis de la nouvelle Constitution. Il y a un faible espoir que le nouveau parlement respecte la volonté du peuple si l’assemblée sortante manquait à le faire en dépit de ses promesses. Dans son discours d’adieu, le Premier ministre sortant, Jóhanna Sigurðardóttir, déclarait que c’était le jour le plus triste des 35 années qu’elle avait passées au Parlement.

[1] Le préambule dit précisément : « We, the people who inhabit Iceland, wish to create a just society where every person has equal opportunity. », « Nous, peuple habitant de l’Islande, souhaitons créer une société juste où chaque personne bénéficie des mêmes possibilités. »)

* * * * *

>>>Quelques liens pour en savoir plus…

>>> Source sur : http://www.framablog.org/index.php/post/2013/04/07/Quand-le-peuple-veut-hacker-sa-constitution

L’allocation universelle est un don nécessaire

L’allocation universelle est un don nécessaire

Dominique Temple, chercheur indépendant, spécialisé dans l’économie de réciprocité, nous livre son analyse de l’allocation universelle (autre nom du revenu de base). Pour lui, l’allocation universelle doit être considérée comme un don qui implique la réciprocité.

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Les analyses concernant l’allocation universelle peuvent être séparées en deux groupes : selon qu’elles envisagent l’allocation universelle au sein de laproduction pour l’échange ou pour libérer la créativité du donataire au sein de la production pour la réciprocité.

L’allocation universelle dans le cadre de l’échange

Dans le cadre de l’échange, chaque partie n’agit vis-à-vis de l’autre que dans son intérêt propre. Il est logique de penser que dans ce rapport de force, l’allocataire tente de recevoir le plus possible en cédant le moins possible, et que le “donateur” cherche à lui imposer un travail en contrepartie. Ainsi, on peut voir dans l’allocation universelle :

une avance sur les potentialités d’échange des citoyens, une sorte de crédit sur les capacités de production ou de travail pour l’échange[1].

L’argument repose sur l’idée de transformer en emplois salariés des services assurés préalablement par le don dans la sphère de la réciprocité, et de substituer la valeur d’échange aux valeurs éthiques engendrées par la réciprocité des dons. Dans cette perspective, le salaire n’est pas considéré comme seulement le prix de la force de travail mais comme la reconnaissance sociale de l’utilité du travail.

Dès lors que toute réciprocité est ainsi interprétée comme un échange, la revendication du lien social s’exprimera en termes de “redistribution du travail”. Du point de vue social, l’allocation universelle devient une aide à la réinsertion sociale en l’attente d’un travail salarié puisque les hommes ont droit au travail[2]. Mais la quantité de travail rémunérable ne cessant de décroître, la réinsertion n’est possible que si du travail est libéré par les salariés. Les salariés poursuivent donc la lutte pour que soit compensée l’aliénation du travail par une juste redistribution, et puisque le travail salarié devient rare, pour son partage.

Cependant, partager le travail rémunéré quand augmente le chômage conduit à la réduction des salaires ou à la précarisation des conditions du travail. La thèse sociale est devant l’aporie d’un travail salarié qui prétend être activité désirable mais qui, faute d’être possible pour tous, doit être partagé avec une telle réduction de salaire qu’il cesse d’être désirable. Les forces sociales qui se mobilisent pour la redistribution des fruits du travail devront reconnaître que :

L’émancipation des individus, leur libre épanouissement, la recomposition de la société passent par la libération du travail. C’est grâce à la réduction de la durée du travail qu’ils peuvent acquérir une nouvelle sécurité, un recul par rapport aux “nécessités de la vie” et une autonomie existentielle qui les porteront à exiger leur autonomie croissante dans le travail, leur contrôle politique de ses buts, un espace social dans lequel puissent se déployer les activités volontaires et auto-organisées [3].

Autonomie, donc, mais le temps libéré du travail salarié ne doit pas être revendiqué pour instaurer une société fondée sur le principe de l’intérêt-pour-soi, il doit être revendiqué pour instaurer une société sur le principe de l’intérêt-pour-autrui, c’est-à-dire le principe de réciprocité.

L’allocation universelle dans le cadre de la réciprocité

La réciprocité permet de relativiser l’intérêt de chacun par celui d’autrui pour engendrer un sentiment commun d’humanité[4]. Elle oblige à assurer à l’autre ses conditions d’existence. Le don devient le moteur de la production humaine.

L’allocation universelle est un don : elle est inconditionnelle, en aucun cas elle ne donne lieu à un travail forcé en échange. Ce don est médiatisé par L’État : la redistribution par l’État doit être réinterprétée comme une organisation de la réciprocité. Ce don est un dû : si l’on suit l’argument de Paine[5], lorsque la société prive ses membres des moyens naturels de leur existence (le droit de propriété de tous sur la terre), la société doit en offrir au moins l’équivalent. On peut ajouter que le travail des générations passées a produit un patrimoine commun de l’humanité qui ne peut être privatisé par le Capital.

L’allocation universelle n’est donc pas seulement un don. Elle est un don nécessaire, elle est un dû. Elle est implicitement prescrite par la Déclaration universelle des droits de l’homme, en particulier dans ses deux articles 23 et 25, l’article 23 définissant le droit au travail libre, l’article 25 le droit aux conditions minimum d’existence.

Le don est inconditionnel, mais la réciprocité obligatoireCette obligation est l’obligation morale produite par la structure de réciprocité.

Cependant, l’allocation universelle doit être un don des moyens de produire le don car sinon elle satisfait la conscience du donateur mais fait perdre la face au donataire. Or, un don des moyens de production du don permet au bénéficiaire de re-donner selon ses capacités à qui de droit. Alors il est évident que du travail, il y en a pour tous[6], et l’allocation universelle devient le meilleur moyen de l’intégration à la société humaine.

Bien qu’elle ait pour elle la morale, cette thèse se heurte à l’indifférence des économistes du libre-échange qui répondent que pour satisfaire la liberté de donner selon ses capacités il faudrait imaginer des machines qui délivrent l’homme des travaux pénibles en produisant gratuitement les biens nécessaires. Mais c’est justement ce que permet d’envisager la technique moderne !

Marx prédisait déjà dans les Grundrisse que, grâce à la technique, le travail salarié cesserait d’être la source de la richesse, et que le temps de travail ne serait plus la mesure de celle-ci [7]. Pour les salariés d’aujourd’hui, il ne s’agit plus d’opposer les intérêts des faibles aux intérêts des forts, les intérêts de la totalité aux intérêts de la majorité ou d’une minorité, mais d’opposer à l’intérêt le “contraire de l’intérêt”. La réciprocité des dons doit être reconnue comme un droit universel sinon les privilégiés poursuivront l’exploitation des plus faibles, non sans se réserver un domaine privé pour la réciprocité (famille, corporation, patrie).

  • L’allocation universelle permettra au salariat de négocier avec le patronat sans être contraint d’accepter ses conditions.
  • Elle sera pour les exclus la fin du désespoir, un rempart contre la tentation du terrorisme.
  • Elle donnera à chaque être humain la liberté de choisir une activité qui épanouisse ses dons et sa créativité au bénéfice de la société entière.
  • Elle commandera à ses bénéficiaires de répondre selon le principe de réciprocité.

Les hommes, pourvus du nécessaire, auront toujours le choix de produire pour accumuler ou pour donner. Mais la grande majorité des hommes a davantage soif de produire pour donner que de produire pour accumuler.

La réciprocité est le moteur d’une part importante non inventoriée de la production actuelle mais occultée. Lorsqu’un donateur a affaire à quelqu’un qui ne prend en compte que son intérêt, il est certes obligé de se défendre. Cette contrainte généralise le système de libre-échange. La mondialisation des intérêts ne pourra donc être maîtrisée que lorsque sera reconnue l’interface de système entre l’échange et la réciprocité.

La limite du profit est cette interface qui libère la territorialité du don réciproque. Dès que la société disposera de cette territorialité, elle supprimera aussitôt la pauvreté matérielle dans le monde et engendrera la richesse spirituelle.


>>> Article initialement publié sur le site de l’auteur

>>> Crédit photo PaternitéPas d'utilisation commercialePas de modification par ash-s et PaternitéPas d'utilisation commercialePartage selon les Conditions Initiales  stanjourdan

>>> Source sur : http://revenudebase.info/2013/04/allocation-universelle-don-reciprocite/

[1] BRESSON, Yoland. “Le revenu d’existence : réponses aux objections”. In La revue du M.A.U.S.S., n° 7, 1er semestre, Paris, 1996.

[2] FERRY, Jean-Marc. “Revenu de citoyenneté, droit au travail, intégration sociale”. In La revue du M.A.U.S.S., n° 7, 1er semestre, Paris, 1996.

[3] GORZ, André. Métamorphose du travail : quête du sens. Paris : Galilée, 1988.

[4] Cf. TEMPLE, D. & M. CHABAL. La réciprocité et la naissance des valeurs humaines. Paris : l’Harmattan, 1995.

[5] PAINE, Thomas. “La justice agraire opposée à la loi et aux privilèges agraires”. In La revue du M.A.U.S.S., n° 7, op. cit.

[6] Cf. CHABAL, Mireille. “Qu’est-ce que le travail humain ?”. Communication au Colloque LUPASCO, Bulletin du C.I.R.E.T. n° 13,n 13 mars 1998.

Pour aller plus loin : Philippe VAN PARIJS,
– Qu’est-ce qu’une société juste ? Paris : édition du Seuil, 1991.
– “Vers un revenu minimum inconditionnel ?”. In La revue du M.A.U.S.S., n° 7, 1er semestre, 1996.

[7] Cf. TEMPLE, D. “Marx et la réciprocité”. (1998).

Les réalités économiques du logiciel libre

Les réalités économiques du logiciel libre

Modèles économiques basés sur

le libre et l’open source

Carlo Daffara est chercheur dans le domaine des modèles économiques basés sur l’open source, le développement collaboratif d’objets numériques et l’utilisation de logiciels open source dans les entreprises. Il fait partie du comité éditorial de relecture du journal international des logiciels et processus open source (International Journal of Open Source Software & Processes : IJOSSP), est membre du comité technique de deux centres régionaux de compétences open source et est également membre du réseau juridique européen FSFE (fondation européenne pour le logiciel libre). Il a pris part aux comités SC34 et JTC1 pour la branche italienne de l’ISO, UNINFO et a travaillé au sein du groupe de travail de la société Internet du logiciel public (Internet Society Public Software) ainsi que pour beaucoup d’autres initiatives liées à la normalisation.

Auparavant, Carlo Daffara était le représentant italien dans le groupe de travail européen sur le logiciel libre, la première initiative de l’Union européenne afin de soutenir l’open source et le logiciel libre. Il a présidé le groupe de travail SME du groupe d’étude de l’UE sur la compétitivité et le groupe de travail IEEE des intergiciels open source du comité technique sur le calcul évolutif. Il a travaillé en tant qu’examinateur du projet pour la commission Européenne dans le domaine de la coopération internationale, l’ingénierie logicielle, l’open source et les systèmes distribués et a été directeur de recherche dans plusieurs projets de recherche de l’Union européenne.

Introduction

« Comment gagner de l’argent avec le logiciel libre ? » était une question très courante, il y a encore seulement quelques années. Désormais, cette question s’est transformée en « Quelles sont les stratégies commerciales pouvant être mises en œuvre en se basant sur le logiciel libre et open source ? ». Cette question n’est pas aussi gratuite qu’elle peut paraître, puisque de nombreux chercheurs universitaires écrivent encore ce genre de textes : « le logiciel open source est délibérément développé hors de tout mécanisme de marché… il échoue à contribuer à la création de valeur aux développements, contrairement au marché du logiciel commercial… il ne génère pas de profit, de revenus, d’emplois ou de taxes…

Les licences open source sur les logiciels visent à supprimer les droits d’auteurs sur le logiciel et empêchent d’établir un prix pour le logiciel. Au final, les logiciels développés ne peuvent être utilisés pour générer des profits. » [Koot 03] ou [Eng 10] indiquent que « des économistes ont montré que les collaborations open source dans le monde réel s’appuient sur plusieurs incitations différentes telles qu’enseigner, se démarquer et se créer une réputation » (sans parler des incitations économiques). Cette vue purement « sociale » du logiciel libre et open source est partiale et fausse. Et nous démontrerons qu’il y a des raisons économiques liées au succès des métiers du libre et de l’open source qui vont au-delà des collaborations purement bénévoles.

Le logiciel libre et open source face aux réalités économiques

Dans la plupart des domaines, l’utilisation d’un logiciel libre et open source apporte un avantage économique substantiel, grâce aux développements partagés et aux coûts de maintenance, déjà décrits par des chercheurs comme Gosh, qui a estimé une réduction de coût de 36 % en R&D (« Recherche et Développement », NdT). La vaste part de marché des déploiements « internes » de logiciels libres etopen source explique pourquoi certains des bénéfices économiques ne sont pas directement visibles sur le marché des services commerciaux.

L’étude FLOSSIMPACT a montré, en 2006, que les entreprises qui contribuent au code de projets de logiciels libres et open source ont, au total, au moins 570 000 employés et un chiffre d’affaires annuel de 263 milliards d’euros [Gosh 06], faisant ainsi du logiciel libre et open source l’un des phénomènes les plus importants des NTIC. Il est important aussi de reconnaître qu’un pourcentage non négligeable de cette valeur économique n’est pas directement perceptible du marché, vu que la majorité du logiciel n’est pas développée dans l’intention de le vendre (le soi-disant logiciel « prêt à l’emploi ») mais uniquement à usage interne. Comme le réseau thématique FISTERA EU l’a identifié, en réalité, la majorité du logiciel est développée seulement pour un usage interne.

Région Licences de logiciels propriétaires Services logiciel (développement personnalisation) Développement interne
Union européenne 19 % 52 % 29 %
États-Unis 16 % 41 % 43 %
Japon N/A N/A 32 %

Il est clair que ce qui est appelé « le marché logiciel » est en réalité bien plus réduit que le vrai marché du logiciel et des services et que 80 % restent invisibles. Nous verrons que le FLOSS tient une place économique importante de ce marché, directement grâce à ce modèle de développement interne.

Modèles économiques et proposition de valorisation

L’idée de base d’un modèle économique est assez simple : j’ai quelque chose ou je peux faire quelque chose (la « proposition de valeur ») et c’est plus rentable de me payer ou d’obtenir ce quelque chose plutôt que de le faire soi-même (il est même parfois impossible de trouver des alternatives, comme dans le cas de monopoles naturels ou créés par l’homme, et l’idée même de le produire par soi-même n’est pas envisageable). Il y a deux sources possibles de valeur : une propriété (quelque chose qui peut être échangé) et l’efficacité (quelque chose propre à ce que fait une entreprise et la manière dont elle le fait).

Avec l’open source, la « propriété » est généralement non exclusive (à l’exception de ce qui est nommé « cœur ouvert », où une partie du code n’est pas libre du tout et cela sera abordé plus loin dans cet article). D’autres exemples de propriété concernent le droit des marques, les brevets, les licences… tout ce qui peut être transféré à une autre entité par contrat ou par une transaction légale. L’efficacité est la capacité à effectuer une action avec un coût moindre (qu’il soit tangible ou intangible) et cela correspond à la spécialisation dans un domaine d’application ou apparaît grâce à une nouvelle technologie.

Pour le premier cas, les exemples sont simplement la réduction du temps nécessaire pour réaliser une action quand vous augmentez votre expertise concernant ce sujet. La première fois que vous installez un système complexe, cela peut demander beaucoup d’efforts et cet effort diminue d’autant plus que vous connaissez les tâches nécessaires pour réaliser l’installation elle-même. Pour le second, cela peut être l’apparition d’outils qui simplifient le processus (par exemple, avec le clonage d’images) et introduisent une importante rupture, un « saut » dans la courbe efficacité-temps.

Ces deux aspects sont la base de tout modèle économique que nous avons analysé par le passé ; il est possible de montrer que tout ceux-ci échouent afin de garantir une continuité entre les propriétés et l’efficacité.

Parmi les résultats de notre précédent projet de recherche, nous avons trouvé que les projets basés sur un modèle propriétaire ont tendance à obtenir moins de contributions extérieures car cela nécessite une opération juridique pour faire partie des propriétés de l’entreprise, pensez par exemple aux licences doubles : afin que son code fasse partie du code du produit, un contributeur extérieur doit signer l’abandon des droits sur son code afin que l’entreprise puisse vendre la version commerciale ainsi que la version open source.

D’un autre côté, les modèles totalement orientés sur l’efficacité ont tendance à avoir plus de contributions et de visibilité mais des résultats financiers plus faibles. Je l’ai écrit plusieurs fois : il n’y a pas de modèle économique idéal mais un éventail de modèles possibles et les entreprises devraient s’adapter elles-mêmes pour changer les conditions du marché et aussi adapter leur modèle. Certaines entreprises débutent par des modèles entièrement axés sur l’efficacité puis construisent, avec le temps, une propriété en interne, d’autres ont commencé avec un modèle orienté vers la propriété et ont évolué différemment pour augmenter les contributions et réduire les efforts d’ingénierie (ou développer la base d’utilisateurs afin de créer d’autres moyens d’avoir un retour financier grâce aux utilisateurs).

Une typologie des modèles économiques

L’étude EU FLOSSMETRICS des modèles économiques basés sur le logiciel libre a identifié, après analyse de plus de 200 entreprises, une taxonomie des principaux modèles économiques utilisés par les entreprises open source ; les principaux modèles identifiés sur le marché sont :

  • la double licence : le même code source logiciel distribué sous GPL et sous une licence propriétaire. Ce modèle est principalement utilisé par les producteurs de logiciel et outils pour développeurs et fonctionne grâce à une forte association de la GPL, qui requiert que les travaux dérivés et logiciels liés directement soient distribués sous la même licence. Les entreprises ne souhaitant pas distribuer leur propre logiciel sous GPL peuvent obtenir une licence propriétaire leur octroyant une exemption des conditions de la GPL, ce qui semble souhaitable à certains. L’inconvénient de cette licence double est que les contributeurs externes doivent accepter des conditions similaires et cela a révélé des réductions de contributions externes, se limitant à des corrections de bogues et des ajouts mineurs ;
  • le modèle « cœur ouvert » (précédemment appelé « valeur ajoutée propriétaire » ou « séparation entre libre et propriétaire » * ? *) : ce modèle se distingue entre un logiciel libre basique et une version propriétaire, basée sur la version libre mais avec l’ajout de greffons propriétaires. La plupart des entreprises qui suivent un tel modèle adoptent la Mozilla Public Licence, car elle permet explicitement cette forme de mélange et permet une plus grande participation des contributions externes sans les mêmes contraintes de consolidation du droit d’auteur comme dans l’usage de doubles licences. Ce modèle a l’inconvénient intrinsèque que le logiciel libre doit être de grande valeur pour être attractif pour les utilisateurs, i.e. il ne doit pas être réduit à une version aux possibilités limitées, tout comme, dans le même temps, il ne doit pas « cannibaliser » le produit propriétaire. Cet équilibre est difficile à atteindre et à maintenir dans la durée ; en outre, si le logiciel est de grand intérêt, les développeurs peuvent essayer d’apporter les fonctionnalités manquantes dans le logiciel libre, réduisant ainsi l’intérêt de la version propriétaire et donnant potentiellement naissance à un logiciel concurrent entièrement libre qui ne souffrira pas des mêmes limitations ;
  • les experts produits : des entreprises qui ont créé ou maintiennent un projet logiciel spécifique et utilisent une licence libre pour le distribuer. Les principaux revenus viennent du service, comme la formation ou l’expertise, et suivent la classification EUWG d’origine « le meilleur code vient d’ici » et « les meilleures compétences sont ici » [DB 00]. Cela conforte l’impression, courante, que les experts les plus compétents sur un logiciel sont ceux qui l’ont développé et qu’ils peuvent ainsi fournir des services au prix d’un démarchage minimal, s’appuyant sur la fourniture gratuite du code. L’inconvénient de ce modèle est que le coût d’entrée pour des concurrents potentiels est faible, vu que le seul investissement nécessaire est l’acquisition des compétences sur le logiciel lui-même ;
  • les fournisseurs de plateforme :des entreprises qui apportent un ensemble de services, avec support et intégration de certains projets, constituant une plateforme cohérente et testée. En ce sens, même les distributions GNU/Linux sont classées en tant que plateforme ; une observation intéressante est que ces distributions sont distribuées en grande partie sous licence libre pour maximiser les contributions externes et s’appuyer sur la protection du droit d’auteur pour empêcher la copie sauvage sans empêcher les « déclinaisons » (suppression des particularités soumises à droit d’auteur comme les logos ou droit des marques, pour créer un nouveau produit). Des exemples de clones de Red Hat sont CentOS et Oracle Linux. La valeur ajoutée provient d’une qualité garantie, de la stabilité et de la fiabilité ainsi que d’une garantie de support pour les applications métier critiques ;
  • les entreprises de conseil et de recrutement : les entreprises de cette catégorie ne font pas vraiment de développement mais fournissent des conseils de sélection et des services d’évaluation pour un large éventail de projets, d’une manière qui est proche du rôle de l’analyste. Ces entreprises ont tendance à avoir un impact très limité sur les communautés car les résultats de l’évaluation et du processus d’évaluation sont généralement des données propriétaires ;
  • les fournisseurs de support global : des entreprises qui proposent un support centralisé pour un ensemble de produits de logiciel libre, généralement en employant directement les développeurs ou en remontant les demandes de support ;
  • la validation juridique et l’expertise : ces entreprises n’apportent pas de développements de code source mais fournissent une aide à la vérification de conformité aux licences, parfois en apportant une garantie et une assurance contre les attaques juridiques ; certaines entreprises utilisent des outils pour assurer que le code n’est pas réutilisé ;
  • la formation et la documentation : des entreprises qui proposent de la formation, en ligne et en présentiel, des documentations et des manuels supplémentaires. Cela est généralement fourni dans le cadre d’un contrat de support, mais, récemment, quelques réseaux de centres de formation ont lancé des cours orientés spécifiquement vers le logiciel libre ;
  • le partage des coûts de R&D : une entreprise ou une société peut avoir besoin d’une nouvelle version ou d’une amélioration d’un paquet logiciel et financer un consultant ou un développeur pour réaliser le travail. Plus tard, le logiciel développé est redistribué en open source pour bénéficier de l’ensemble des développeurs expérimentés pouvant le déboguer et l’améliorer. Un bon exemple est la plateforme Maemo, utilisée par Nokia pour ses smartphones (comme le N810) ; au sein de Maemo, seul 7,5 % du code est propriétaire, apportant une réduction des coûts estimée à 228 millions de dollars (et une réduction du temps de mise sur le marché d’un an). Un autre exemple est l’écosystème Eclipse, un environnement de développement intégré (EDI) distribué à l’origine par IBM comme logiciel libre puis ensuite géré par la fondation Eclipse. De nombreuses entreprises ont choisi Eclipse comme socle pour leur produit et ont ainsi réduit le coût global pour la création d’un logiciel fournissant une fonctionnalité pour les développeurs. Il y a un grand nombre d’entreprises, d’universités et de personnes qui participent à l’écosystème Eclipse. Comme récemment constaté, IBM contribue aux alentours de 46 % au projet, les contributeurs à titre personnel représentant 25 % et un grand nombre d’entreprises comme Oracle, Borland, Actuate et de nombreuses autres ayant des participations allant de 1 à 7 %. Ceci est semblable aux résultats obtenus grâce à l’analyse du noyau Linux et qui montre que, lorsqu’il y a un écosystème sain et de grande taille, le partage des tâches réduit de manière significative les coûts de maintenance, dans [Gosh 06], on estime qu’il est possible de faire des économies de l’ordre de 36 % dans la recherche et la conception logicielle grâce à l’utilisation du logiciel libre, ces économies constituent en elles-mêmes le plus gros « marché » réel pour le logiciel libre, ce qui est démontré par le fait qu’au moins une partie du code des développeurs est basé sur du logiciel libre (56,2 % comme mentionné dans [ED 05]). Un autre excellent exemple de « coopétition » inter-entreprises est le projet WebKit, le moteur de rendu HTML à la base du navigateur Google Chrome ainsi que d’Apple Safari et qui est utilisé dans la majorité des appareils mobiles. Dans ce projet, après un délai initial d’un an, le nombre de contributions externes a commencé à devenir significatif et, après un an et demi, il surpasse largement les contributions d’Apple — réduisant de fait les coûts de maintenance et d’ingénierie grâce à la répartition des tâches entre les co-développeurs ;
  • les revenus indirects : une entreprise peut choisir de financer des projets de logiciel libre si ces projets peuvent créer une source de revenus importante pour des produits dérivés, non liés directement au code source ou au logiciel. L’un des cas les plus courants correspond à l’écriture de logiciel nécessaire au fonctionnement de matériel, par exemple, les pilotes d’un système d’exploitation pour un matériel spécifique. En fait, de nombreux fabricants de matériel distribuent déjà gratuitement leurs pilotes logiciels. Certains d’entre eux distribuent déjà certains de leurs pilotes (surtout ceux pour le noyau Linux) sous une licence libre. Le modèle du produit d’appel est une stratégie commerciale traditionnelle, répandue même à l’extérieur du monde du logiciel : dans ce modèle, les efforts sont consacrés à un projet de logiciel libre et open source afin de créer ou d’étendre un autre marché dans des conditions différentes. Par exemple, les fournisseurs de composants matériels investissent dans le développement de pilotes logiciels pour des systèmes d’exploitation open source (comme GNU/Linux) pour s’étendre sur le marché spécifique des composants. D’autres modèles de revenus auxiliaires sont ceux, par exemple, de la fondation Mozilla qui réunit une somme d’argent non négligeable grâce à un partenariat avec Google sur le moteur de recherche (estimé à 72 millions de dollars en 2006), tandis que SourceForge/OSTG est financé en majorité par les recettes des ventes en ligne du site partenaire ThinkGeek.

Certaines entreprises ont plus d’un modèle principal et sont, par conséquent, comptées en double ; notamment, la plupart des entreprises pratiquant une licence double vendent aussi du service de support. En outre, les experts d’un produit ne sont comptés que s’ils ont une partie visible de leur entreprise qui contribue au projet en tant que « commiter principal ». Autrement, le nombre d’experts serait bien plus élevé, du fait que certains projets sont au cœur du support commercial de nombreuses entreprises (de bons exemples sont OpenBravo et Zope).

Il faut aussi tenir compte du fait que les fournisseurs de plateforme, même s’ils sont limités en nombre, tendent à avoir des taux de facturation plus élevés que les experts ou que les entreprises à cœur ouvert. De nombreux chercheurs essaient d’identifier s’il y a un modèle plus « efficace » parmi ceux pris en compte ; ce que nous avons trouvé est que le futur le plus probable sera l’évolution d’un modèle à l’autre, avec une consolidation sur le long terme des consortiums de développement (comme les fondations Eclipse et Apache) qui fournissent une forte infrastructure légale et des avantages de développement ainsi que des spécialistes apportant des offres verticales pour des marchés spécifiques.

Conclusion

Le logiciel libre et open source permet non seulement une présence pérenne, et même très large, sur le marché (Red Hat est déjà proche du milliard de dollars de revenus annuels), mais aussi plusieurs modèles différents qui sont totalement impossibles avec le logiciel propriétaire. Le fait que le logiciel libre et open source est un bien non concurrent facilite aussi la coopération entre entreprises, tant pour accroître sa présence mondiale et pour signer des contrats à grande échelle pouvant demander des compétences multiples que sur le plan géographique (même produit ou service, région géographique différente) ; « verticalité » (entre produits) ou « horizontalité » (des domaines d’application). Cet adjuvant à créer de nouveaux écosystèmes est l’une des raisons expliquant que le logiciel libre et open source fait partie intégrante de la plupart des infrastructures informatiques dans le monde, enrichissant et aidant les entreprises et administrations publiques à réduire leurs coûts et à collaborer pour de meilleurs logiciels.

Bibliographie

  • [DB00] Daffara, C.Barahona, J.B. Free Software/Open Source: Information Society Opportunities for Europe working paper,http://eu.conecta.it paper, OSSEMP workshop, Third international conference on open source. Limerick 2007
  • [ED05] Evans Data, Open Source Vision report, 2005
  • [Eng10] Engelhardt S. Maurer S. The New (Commercial) Open Source: Does it Really Improve Social Welfare Goldman School of Public Policy Working Paper No.GSPP10-001, 2010
  • [Gar06] Gartner Group, Open source going mainstream. Gartner report, 2006
  • [Gosh06] Gosh, et al. Economic impact of FLOSS on innovation and competitiveness of the EU ICT sector. http://bit.ly/cNwUzû
  • [Koot03] Kooths, S.Langenfurth, M.Kaiwey,N.Open-Source Software: An Economic Assessment Technical report, Muenster Institute for Computational Economics (MICE), University of Muenster


>>> Source sur : http://www.framablog.org/index.php/post/Libres-conseils-40

La génération GitHub

La génération GitHub

GitHub a beau être une plateforme non libre de projets libres, force est de constater que cette « forge sociale » est devenue en quelques années l’un des centres névralgiques de la communauté.

Avec sa facilité d’usage, son appel permanent au fork et l’individuation des contributions, GitHub a permis a plus de monde de participer tout en ouvrant le Libre au delà du logiciel puisqu’il n’y a pas que du code proprement dit dedans (cf la liste de l’article traduit ci-dessous).

À tel point que certains n’hésitent pas à y voir un modèle pertinent pour toutes sorte de choses à commencer par la… démocratie !

Et si une génération toute entière était effectivement en train de naître sous nos yeux ?

GitHub

La génération Github : Pourquoi vous et moi pouvons désormais faire de l’Open Source

The GitHub Generation: Why We’re All in Open Source Now

Mikeal Rogers – 7 mars 2013 – Wired Opinion
(Traduction : Moosh, Sphinx, Peekmo, Chopin, goofy, misc, Uflex + anonymes)

GitHub a été conçu pour être une plate-forme de collaboration logicielle ouverte, mais c’est devenu une plate-forme pour déposer beaucoup plus de choses que du simple code. Elle est maintenant utilisée par des artistes, des créateurs, des propriétaires de maisons et des tas d’autres gens, par des entreprises entières… et même par des municipalités.

« N’importe qui peut maintenant changer les données quand de nouvelles pistes cyclables sont aménagées, quand de nouvelles routes sont construites ou quand de nouveaux immeubles sont construits » a annoncé récemment la ville de Chicago. Les gens planifient leurs projets de rénovation de maison sur GitHub. Un cabinet d’avocats a annoncé il y a quelques jours qu’il postait des documents juridiques pour des start-ups sur GitHub. Quelqu’un a même publié toutes les lois d’Allemagne sur GitHub l’année dernière (avec, s’il vous plaît, déjà 17 pull requests pour des modifications).

Bien sûr, GitHub reste majoritairement toujours utilisé par les programmeurs et développeurs qui font voler des AR.Drones avec Node.js ou construisent des sites web avec jQuery. Mais de plus en plus de gens passent de consommateurs à producteurs, et ils redéfinissent ainsi la culture de l’open source. Je crois que GitHub transforme l’open source comme l’internet a transformé l’industrie de la publication : un fossé culturel est en train de se creuser entre l’ancienne génération de gros projets libres et la nouvelle génération d’amateurs de projets libres d’aujourd’hui.

La révolution ne sera pas centralisée

Quand la plupart des gens entendent « open » source, ils pensent démocratie, distribution, égalité : tout le monde construit des choses pour que tout un chacun les utilise.

Mais cela n’a pas toujours été le cas. La plupart des logiciels open source ont été créés et maintenus par une classe privilégiée et protégée, les développeurs professionnels, qui interagissaient avec d’autre développeurs très semblables (ils sont pourtant suffisamment différents pour avoir de belles disputes).

Avant GitHub, je passais beaucoup de temps à penser et à discuter de la meilleure façon de gérer des projets open source parce que la coordination représentait un coût important d’un projet open source. Si important que lorsqu’un projet réussissait et développait une communauté assez grande, il était logique que le projet grandisse plutôt qu’il ne se fracture en projets plus petits. Mais plus le projet du logiciel devenait grand et complexe, plus il était difficile d’y contribuer. Ainsi, un choix de membres, lescommiters – étaient assignés à la gestion et à la production du projet. Cela menait souvent à des ruptures séparant ceux qui produisaient le projet et ceux qui les utilisaient.

GitHub a comblé ce fossé en faisant de l’open source quelque chose de bien plus décentralisé. C’est devenu davantage centré sur les individus que sur le projet.

La façon d’utiliser GitHub est trés personnelle. Une personne (je suis github.com/mikeal) a un compte, et tout ce qu’elle publie existe à un niveau en dessous d’elle. Si quelqu’un veut corriger quelque chose, il suffit de « forker » le projet, ce qui place une copie sous son propre compte.

Cette façon de travailler est trés stimulante : elle encourage les individus à corriger les problèmes et à prendre possession des correctifs au même niveau que le projet de départ. Cela donne également à chacun une identité dans cette nouvelle culture du libre. GitHub est actuellement le premier fournisseur d’identité pour la production collaborative sur internet pour faire plus que du développement de code.

J’ai contribué à des projets libres depuis plus de 10 ans, mais ce qui est différent maintenant est que je ne suis pas un membre d’un de ces projets, je suis un simple utilisateur, et contribuer un peu est devenu une petite partie du rôle d’un utilisateur. Des petites interactions entre moi et les mainteneurs de projets arrivent plusieurs fois par semaine sur tout type de projet que j’utilise. Et ça arrive encore plus souvent dans l’autre sens : des gens dont je n”ai jamais entendu parler m’envoient des petits bouts de code sur les petits projets que j’ai publiés.

La décentralisation comme démocratie

Les premières versions de GitHub ont très bien fait une chose : rendre la publication de votre code beaucoup plus facile (que la non-publication). Ceci était suffisant pour que beaucoup de projets connus, notamment Ruby on Rails, migrent sur GitHub presque immédiatement.

Mais ce qui s’est passé après est encore plus intéressant : les gens ont commencé à tout publier sur GitHub. Pousser du code est presque devenu une habitude, comme tweeter. En abaissant la barrière pour entrer et rendant plus facile la contribution à l’open source, GitHub a élargi la production collaborative aux utilisateurs occasionnels.

Aujourd’hui un vaste choix de logiciels simples et compréhensibles est accessible à une catégorie de gens créatifs qui n’avaient jusqu’alors pas les compétences techniques requises pour participer à des projets open source par le passé.

Ce mélange des relations entre les producteurs, les contributeurs et les consommateurs valorise naturellement les projets plus petits et plus faciles à comprendre — et a conduit à de nombreuses contributions. Au cours du mois de septembre 2012 par exemple, la moitié des utilisateurs actifs de GitHub qui ont poussé au moins un changeset, l’ont fait moins de cinq fois, avec 22% (environ 44 000 personnes) qui ont poussé seulement un seul changeset ce mois-ci.

L’accès de l’open source aux amateurs présente certains avantages évidents.

Faciliter les usages

Un des problèmes récurrents, avec le logiciel open source, a été la qualité des finitions. La documentation, le design des sites web et l’ergonomie en général ont toujours été un problème — spécialement par rapport à de nombreux concurrents propriétaires.

Mais maintenant, avec les facilités de collaboration, des utilisateurs moins portés sur la technologie et la connaissance du code peuvent plus facilement participer à améliorer les logiciels sur lesquels ils travaillent (ce qui peut être des petites choses comme l’humanisation des messages d’erreur de codage ou de légers changements graphiques en une ligne de CSS qui optimisent le rendu des sites web des navigateurs, anciennes versions incluses, et sur les téléphones mobiles).

Dans le nouvel open source, les gens veulent utiliser la technologie sans avoir besoin de devenir des experts. La facilité d’utilisation est plus valorisée que jamais.

Éviter de réinventer la roue

Les développeurs aiment les défis et plus ils ont de chances de les relever, plus leurs solutions peuvent être astucieuses. C’était parfait lorsque les utilisateurs de ces solutions étaient eux aussi des gens très compétents techniquement comme ceux qui prenaient plaisir à résoudre astucieusement ces anciens problèmes.

Mais les amateurs préfèrent les solutions qu’ils peuvent tenir pour acquises : une fois qu’un problème est résolu, ils reviennent rarement en arrière pour le réexaminer. Et dans la mesure où les amateurs ne créeront qu’à partir des solutions les plus compréhensibles, cela contraint les développeurs à élaborer des solutions simples qui rendent les problèmes complexes plus faciles à appréhender.

Soutenir un écosystème plus vaste

Node.js, projet dans lequel je suis activement impliqué, définit des modèles suffisamment simples pour que les gens puissent écrire de petites bibliothèques indépendantes et les publier à leur gré. Tous ceux qui s’impliquent dans l’écosystème peuvent en tirer profit sans coordination. C’est le pôle inverse de l’énorme pile verticale qui accompagne des tas d’outils et fonctionnalités (tels que dans les systèmes intégrant des plugins, comme Ember, Dojo et YUI) qui sont nécessaires pour réussir à développer dans des environnement propriétaires (pensez à Cocoa et au développement pour iOS). Dans les environnements ouverts, tels que Node.js sur GitHub, nous constatons que des API bien plus légères peuvent facilement tirer parti du reste de l’écosystème sans coordination. Moins il y a de coordination entre les développeurs et les bibliothèques et plus nous pouvons créer de la valeur.

GitHub a donné les capacités à une nouvelle génération de collaborer, de créer, de produire. Beaucoup de développeurs regretteront l’abandon des normes culturelles précédentes, telles que le statut descommiters (ceux qui sont autorisés à envoyer le code sur le dépôt) ou la bonne vieille guerre pour le choix de la bonne licence — mais l’avenir est déjà entre les mains d’une nouvelle génération qui a évolué.

Ce n’est pas un simple outil : c’est à la naissance d’une nouvelle culture à laquelle nous assistons.

>>> Licence : Creative Commons By-Sa.

Bitcoin pour les nuls

Bitcoin pour les nuls

Vous entendez peut-être parler, surtout sur ce blog, du Bitcoin. Mais qu’est-ce donc ? Et bien, il s’agit d’une monnaie. Rien de moins, rien de plus.

Mais au fond, qu’est-ce qui caractérise une monnaie ? C’est un instrument dans lequel vous placez une certaine confiance. La confiance de pouvoir, plus tard, l’échanger contre des biens ou des services dont vous avez besoin. Ce qui vous pousse, vous-même, à l’accepter en échange d’un service ou d’un bien. Dans la plupart des cas, la monnaie n’est qu’un instrument et n’a pas de valeur intrinsèque ou alors une valeur intrinsèque plus faible que la valeur faciale. Depuis plusieurs années, la monnaie est même devenue principalement virtuelle : il s’agit d’un chiffre qui s’affiche sur un écran. Avez-vous déjà songé que vous travaillez uniquement pour augmenter un chiffre sur un « compte » ?

Afin de maintenir la confiance, il faut que la monnaie soit suffisamment rare et difficile à produire. C’est une des raisons qui ont fait que, très tôt, les hommes ont adopté l’or, l’argent ou les coquillages comme monnaie : rare, difficile à trouver ou à contrefaire et facile à transférer ou à diviser en plus petites parties.

Mais les billets de banques ou les chiffres sur un ordinateur peuvent être reproduits très facilement. Une rareté artificielle est donc maintenue par les états et les banques. L’importance de la monnaie fait que ceux qui la contrôlent, les états et les banques, ont un pouvoir énorme.

Bitcoin est également une monnaie virtuelle. Il s’agit simplement d’un chiffre sur un ordinateur. Mais grâce à un algorithme mathématique complexe, il est possible de le rendre  inmultipliable sans recourir à une autorité centrale. Toute personne qui envoie un bitcoin le perd donc, comme pour n’importe quelle monnaie. Cela fonctionne tellement bien que des internautes ont commencé à avoir confiance dans le fait qu’il pouvait acheter des biens, des services, des euros ou des dollars avec des bitcoins. Le Bitcoin a donc acquis une valeur proportionnelle à cette confiance.

Comment fonctionne Bitcoin ?

Pour simplifier très grandement, chaque bitcoin est en fait la solution à un problème mathématique ultra-complexe. De par sa conception, nous savons qu’il existe un total de 21 millions de solutions différentes à ce problème mathématique. Mais les solutions les plus simples étant trouvées les premières, il devient de plus en plus difficile de trouver de nouvelles solutions. À ce jour, 11 millions de bitcoins sont en circulation, de nouveaux bitcoins apparaissent chaque jour chez les « mineurs », personnes équipées de matériel pour la recherche de solutions. Nous savons qu’il n’y aura jamais plus de 21 millions de bitcoins en circulation et chaque nouveau bitcoin est plus difficile à trouver que le précédent.

Un bitcoin est donc unique et rare. Mais il est divisible presqu’à l’infini, ce qui permet de ne pas limiter les échanges.

Le problème qui se pose ensuite est la double dépense. Comment s’assurer que lorsque je donne un bitcoin à quelqu’un, je n’en garde pas une copie. La solution est conceptuellement simple : le logiciel qui permet d’envoyer et de recevoir des bitcoins télécharge, en peer-to-peer, l’historique de tous les propriétaires successifs. Si je donne un bitcoin à Alice mais que j’essaie de le garder pour le dépenser une seconde fois chez Bob, Bob verra immédiatement, dans l’historique du bitcoin en question, qu’il a déjà été donné à Alice. Bob le refusera donc.

Il s’agit évidemment d’une simplification outrancière (et fausse par certains aspects) mais qui vous donne une idée de ce qu’est le bitcoin.

Comment obtenir des bitcoins ?

La première chose à faire c’est d’avoir un portefeuille pour recevoir des bitcoins. Vous pouvez soit vous créer un compte sur un service de portefeuille Bitcoin soit installer un client bitcoin sur votre ordinateur. Votre portefeuille peut générer des adresses de réception qui ressemble à 18Trqk3tKkF8vNoW6am5rx8K6wUSQAqo1q. 

Muni de cette adresse, vous pouvez échanger vos euros ou vos dollars contre des bitcoins. Cet échange peut se faire en direct avec une connaissance ou un ami. Ou bien, vous pouvez vous rendre sur un site d’échange de bitcoins. Le plus connu est sans conteste MtGox, par lequel transite la toute grande majorité des échanges bitcoins/dollars. Mais l’utiliser implique pas mal de contraintes de sécurité. Un échange plus simple d’accès est Bitstamp. Une fois votre compte créé là-bas, vous pouvez faire un versement en euros, qui sera converti en dollars. Avec ces dollars, vous pourrez acheter des bitcoins et vous les envoyer sur votre adresse.

Une autre manière bien plus intéressante est de fournir vos services ou vos biens contre paiement en bitcoins. Il vous suffit de générer une adresse par transaction et de la donner à votre client. Le client ne peut pas ajouter de commentaire avec son paiement, ce qui rend Bitcoin un peu complexe et contre-intuitif lors des transactions.

Comment payer en bitcoins ?

Dépenser les bitcoins est très simple. Si vous faites un achat sur un site acceptant les paiements en bitcoins, vous verrez tout simplement l’adresse de réception du vendeur. Dans votre client bitcoin (en ligne ou sur votre ordinateur), introduisez cette adresse et le montant. Voilà, c’est aussi simple que ça. À titre d’exercice, copiez/coller 18Trqk3tKkF8vNoW6am5rx8K6wUSQAqo1q et envoyez moi ce que vous voulez, par exemple 0,01 bitcoin. Voilà, vous venez de faire un paiement. Ce paiement est anonyme : je n’ai aucun moyen de savoir qui me l’a envoyé. Notons que cet anonymat n’est pas absolument garanti si les investigateurs disposent de moyens suffisants.

Cette facilité et cet anonymat sont une force mais également un danger pour les utilisateurs peu avertis. En effet, imaginons que votre fournisseur d’accès internet décide de remplacer automatiquement les adresses Bitcoin dans les sites que vous visitez par ses adresses à lui. En toutes bonne foi, vous allez envoyer un paiement à l’adresse qui s’affiche sur votre écran. Mais votre destinataire ne recevra rien. Il est donc important de garantir la validité d’une adresse de paiement et Bitcoin ne résout pas ce problème.

Comment garder ses bitcoins en sécurité ?

Si vous avez installé un client Bitcoin sur votre ordinateur, il est impératif de sauvegarder votre fichier wallet.dat et de bien vous souvenir de son mot de passe. Si vous perdez l’un ou l’autre, vos bitcoins sont perdus sans espoir. Vos économies sont donc à la merci d’un crash disque ou d’un vol de laptop si vous n’y prenez garde. D’un autre côté, votre fichier wallet.dat ne doit pas tomber en de mauvaises mains.

Quand aux services de portefeuille Bitcoin en ligne, ils sont la proie des pirates ou des arnaqueurs. J’avais ainsi décidé de ne pas mettre mes œufs dans le même panier en mettant des bitcoins sur TradeHill, qui a fait faillite en emportant tous les bitcoins, sur Bitcoin7, qui a disparu du jour au lendemain et sur Bitmarket, dont le propriétaire s’est fait voler les bitcoins. Une belle leçon…

Garder ses bitcoins en sécurité nécessite donc une attention et une expertise assez pointue.

L’avenir du Bitcoin

Malgré ses défauts, Bitcoin permet de s’affranchir du contrôle des banques et des états. Personne ne contrôle Bitcoin. C’est pourquoi certaines personnes font confiance au Bitcoin. Cette confiance se traduit par une montée des prix. Cette montée des prix est elle même entretenue par les spéculateurs : les personnes qui ne font pas spécialement confiance au Bitcoin mais qui espèrent que les prix vont monter et qui ne font qu’acheter pour revendre plus tard. La proportion entre les spéculateurs et ceux qui achètent des bitcoins pour les dépenser, que ce soit maintenant ou plus tard, est tout à fait inconnue.

Personne ne peut prédire l’avenir. Il est très important de garder à l’esprit que tout achat de bitcoins à titre d’investissement est à haut risque. On n’investit que ce qu’on peut se permettre de perdre totalement.

Dans un futur proche, Bitcoin pourrait résoudre ses problèmes et, en se simplifiant, devenir pour la monnaie ce que l’email est à la communication et finir par s’échanger à plus de 1000$ le bitcoin. De même, une faille dans l’algorithme mathématique pourrait être découverte et faire tomber à zéro la valeur du Bitcoin en quelques heures.

De mon côté, je vous ai déjà raconté comment je voyais l’avenir. À vous de faire confiance au Bitcoin… ou pas !

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