Pas besoin d’être philanthrope pour admettre le dividende universel

Pas besoin d’être philanthrope pour admettre le dividende universel

Aussi utopique puisse-elle être, la théorie du dividende universel sera, dans un avenir pas si lointain, la seule solution pour faire face aux mutations profondes de la société : l’émergence des monnaies virtuelles, l’explosion des gains de productivité, et l’accroissement de la complexité de la société. Et ça, même les opposants au revenu minimum garanti le comprendront un jour…

Sur ce blog, j’ai défendu à de multiples reprise le dividende universel, via des arguments très différents, allant de la défense d’une certaine décroissance, à l’insoluble problème des gains de productivité, en passant par la description d’un nouveau pacte sociall’étude des expériences menées à ce jour, la dénonciation del’hypocrisie des talibans de la « valeur travail » et bien sûr par l’approche monétaire, et l’échec flagrant des politiques monétaires actuelles. Bref, j’ai battu en brèche de nombreuses objections, critiques, ouinterrogations.

Manifestement, les arguments économiques, progressistes, humanistes, et allant du bon sens ne suffisent pas toujours. Tentons alors une autre approche : imaginons que le revenu de base soit une idée monstrueuse dont personne ne veuille. Évinçons ainsi, pour la méthodologie, tous les arguments tendant à montrer que le revenu de base est une solution positive, souhaitable face à la crise. Ajoutons également un soupçon de cynisme, pour le style.

Et bien même en partant de ces hypothèses, le revenu de base, et encore plus le dividende universel monétaire, demeurent la seule solution connue pour adapter notre structure économique aux mutations qui nous attendent. Et il incombe donc à ceux qui prétendent vouloir/pouvoir diriger ce pays de commencer à y réfléchir sérieusement dès maintenant.

Qui achètera les produits fabriqués par les robots ?

>>> Source & Suite sur : http://www.tetedequenelle.fr/2012/02/dividende-universel-philanthrope/

Dividende Universel : un enjeu majeur de société

Dividende Universel : un enjeu majeur de société

Paradoxes

Satisfaction des besoins

Considérons que la population a un ensemble de besoins à satisfaire. La satisfaction d’une partie de ces besoins nécessite du travail. Par exemple, le travail des industries alimentaires donne la possibilité à la population de se nourrir (sans récolter elle-même sa nourriture), celui des industries vestimentaires lui permet de se vêtir (sans fabriquer elle-même ses vêtements), la Poste lui permet d’envoyer des colis à l’autre bout du monde sans se déplacer, etc.

Par ailleurs, la population active peut effectuer une quantité de travail limitée (le nombre de personnes multiplié par le nombre d’heures). On peut distinguer 3 cas.

Dans le premier cas, il y a trop de besoins à satisfaire, la population active ne peut réaliser qu’une partie de tout ce travail. Ou plutôt, elle va le réaliser sur un période plus importante. Dans cette hypothèse, c’est le plein emploi, la situation économique est merveilleuse durant de nombreuses années, affichant une croissance impressionnante, comme par exemple durant les Trente Glorieuses.

Dans le second cas, la population active peut tout juste effectuer le travail nécessaire. Tous les besoins sont satisfaits, et tout le monde trouve du travail. La situation économique est bonne, la croissance est importante.

Dans le troisième cas, la population active peut effectuer plus de travail que nécessaire. Les besoins sont largement satisfaits avec moins de travail. Dans le système actuel, c’est la crise. Cela signifie qu’il n’y a pas assez de travail pour tout le monde, donc un taux de pauvreté important.

Le paradoxe est criant : plus nous parvenons à satisfaire nos besoins, plus la pauvreté augmente.

Valeur ou abondance

De ce paradoxe en découle un second.

Plus nous rendons nos outils de production efficaces, plus nous sommes capables de produire en abondance, avec moins de travail. Mais alors moins ce que nous produisons n’a de valeur marchande (puisque cette production est rendue abondante). Si la quantité vendue ne compense pas la baisse des prix unitaires, la seule manière de conserver une valeur marchande est alors de restreindre artificiellement le service rendu par cette production, contre l’intérêt général, comme le décrivait très bien Frédéric Bastiat dans le premier chapitre de « Sophismes Économiques » :

On remarque qu’un homme s’enrichit en proportion de ce qu’il tire un meilleur parti de son travail, c’est-à-dire de ce qu’il vend à plus haut prix. Il vend à plus haut prix à proportion de la rareté, de la disette du genre de produit qui fait l’objet de son industrie. On en conclut que, quant à lui du moins, la disette l’enrichit. Appliquant successivement ce raisonnement à tous les travailleurs, on en déduit la théorie de la disette. De là on passe à l’application, et, afin de favoriser tous les travailleurs, on provoque artificiellement la cherté, la disette de toutes choses par la prohibition, la restriction, la suppression des machines et autres moyens analogues.

Il en est de même de l’abondance. On observe que, quand un produit abonde, il se vend à bas prix : donc le producteur gagne moins. Si tous les producteurs sont dans ce cas, ils sont tous misérables: donc c’est l’abondance qui ruine la société. Et comme toute conviction cherche à se traduire en fait, on voit, dans beaucoup de pays, les lois des hommes lutter contre l’abondance des choses.

Au passage, nous reconnaissons ici le cas particulier du partage de fichiers, avec les restrictions numériques de lecture et la tentative de prohibition de l’utilisation d’outils de partage. La guerre contre le partage n’est qu’une lutte contre l’abondance, qui vise à restaurer la rareté afin de satisfaire une demande solvable.

Nous pouvons résumer ces deux paradoxes ainsi : plus nous rendons efficace notre production, moins ce que nous produisons n’a de valeur marchande (à cause de l’abondance) et plus la pauvreté augmente (à cause du manque de travail).

Une fois passé le cap d’une production abondante nécessitant peu de travail, on s’aperçoit que les politiques de recherche du plein emploi et de restriction de l’abondance (dans le but de conserver une valeur marchande) sont une lutte contre l’efficacité et l’intérêt général.

Conséquences

Supposons que l’on parvienne à une efficacité de production telle que l’emploi de 5% de la population active suffise à satisfaire les besoins de tous : nous serions dans une société qui n’a jamais été aussi productive et riche. Pourtant, nous aurions un taux de chômage de 95%. Si les revenus étaient exclusivement issus du travail rémunéré, une écrasante majorité de la population n’aurait aucun revenu. Restaurer une situation de plein emploi, impossible en pratique, serait très critiquable en théorie : il s’agirait d’imposer à de nombreuses personnes l’occupation d’un emploi utile ni pour elles, ni pour la société.

Aujourd’hui, nous ne sommes pas dans une situation si extrême (ça pourrait ne pas tarder,vraiment), mais force est de constater qu’en raison de l’informatisation et de l’automatisation de la production, le plein emploi ne peut plus être atteint. Devons-nous le regretter ? Je ne pense pas. Je pense même que c’est une chance : cela signifie que nous produisons plus efficacement des richesses.

Pour s’en rendre compte, il suffit de comprendre que le travail humain n’est pas un but, mais un moyen : il permet de surmonter les obstacles à la satisfaction des besoins. Regretter la trop grande facilité avec laquelle les obstacles sont franchis (car alors il y a moins de travail pour y parvenir), c’est vouloir combattre le but pour préserver le moyen ; c’est confondre l’obstacle et la cause.

Dans la situation actuelle, il semble donc inévitable de rompre le lien strict entre emploi et revenu. En effet, la monnaie correspondant aux richesses créées par les machines doit être, d’une manière ou d’une autre, distribuée à la population. Sans cela, nous nous trouvons dans une situation aberrante où il y a abondance de richesses réelles et pénurie de monnaie pour y accéder, et nous ne pouvons faire autrement que d’accepter avec fatalité les conséquences négatives de l’amélioration de la société (sic).

C’est ce que propose le Dividende Universel.

Dividende universel

Le Dividende Universel, pour rappel, désigne le versement inconditionnel d’un revenu à chaque citoyen (à titre indicatif, il est estimé entre 300 et 400€ par mois en Europe, mais varie beaucoup selon les propositions), de la naissance à la mort, qui se cumule aux autres revenus (issus de l’emploi).

Si c’est la première fois que vous entendez parler de ce concept, vous êtes sans doute sceptique, comme je l’ai été quand je l’ai découvert : cela semble utopique, irréalisable. Et pourtant…

J’ai introduit le sujet par la nécessité de dissocier l’emploi et le revenu, suite à la raréfaction de l’emploi (qui, contrairement aux idées reçues, est une bonne chose). Mais d’autres arguments, que je trouve encore plus pertinents, confortent les fondements de l’instauration d’un Dividende Universel.

Création monétaire

Le plus évident est l’injustice du fonctionnement actuel de la création monétaire (je détaille dans un autre billet), un des bugs fondamentaux de notre société : des acteurs privés (les banques) créent de l’argent à partir de rien, par le mécanisme du prêt. C’est la magie de « l’argent dette ». En effet, lorsqu’une banque vous accorde un prêt pour acheter une maison par exemple, elle vous prête de l’argent qu’elle n’a pas ! La population se fait alors arnaquer plusieurs fois :

  • ces acteurs privilégiés créent de l’argent pour le prêter à ceux qui vont devoir travailler pour le récupérer ;
  • ils vont recevoir des intérêts sur l’argent ainsi créé (puisqu’il s’agit d’un prêt) ;
  • ils dévaluent la monnaie déjà en circulation (car la masse monétaire augmente).

Thierry Crouzet résume cette situation en une phrase : « Pendant que vous avez travaillé, ils ont fabriqué l’argent pour vous payer ».

Le mécanisme est très bien expliqué par les vidéos pédagogiques de Paul Grignon (même si la forme est critiquable sur certains aspects) : L’Argent Dette, puis L’Argent Dette 2. La première vidéo a d’ailleurs fait l’objet d’une émission d’Arrêt sur Images.

Pour mettre fin à cette injustice intolérable, le Dividende Universel propose donc simplement que l’augmentation de la masse monétaire soit distribuée équitablement entre tous les citoyens, plutôt qu’elle ne soit réservée qu’à une poignée d’acteurs privés privilégiés au détriment de tout le reste de la population. C’est le point fondamental de cette proposition. Tous les autres arguments ne sont que des interprétations de la signification de cette nouvelle forme de distribution ou des analyses de ses conséquences.

Création libre et non marchande

Une part importante du travail effectué par la population est non marchand. Par exemple, dans le domaine qui m’intéresse, on peut citer la création de logiciels libres, qui sont à la base du fonctionnement d’Internet, ou encore la participation à Wikipedia, qui permet un partage de connaissance inégalé jusqu’à présent. Nous ne pouvons pas nier que ces créations ont une valeur immense pour la société (sans compter qu’elles bénéficient également au secteur marchand). Une part essentielle de cette valeur réside justement dans leur adoption par le plus grand nombre, d’autant plus rapidement qu’elles sont accessibles à tous, sans restrictions.

Le Dividende Universel peut être vu comme une valorisation de ces activités non marchandes, qui sont bénéfiques pour la société.

Propriété de la zone Euro

Chaque citoyen est co-propriétaire de la Zone Euro. Le Dividende Universel correspond donc simplement à la reconnaissance de la co-propriété de la zone économique pour chaque citoyen.

Héritage de richesses

Nous héritons d’une richesse provenant des architectures et des outils construits par nos ancêtres. Il serait légitime que cette rente bénéficie à tous.

Yoland Bresson met en évidence cette richesse :

Prenons deux jumeaux parfaits, identiques en tout, particulièrement dans leurs compétences, supposons-les travaillant au même poste, dans un même processus de production (une usine de jeans par exemple) mais l’un situé en France et l’autre en Tunisie. Celui qui travaille en France recevra à l’évidence une rémunération plus élevée que son jumeau en Tunisie. Pourquoi ? Parce que les revenus ne résultent pas des seuls caractéristiques et mérites individuels; que dans l’évaluation de ce que chacun produit, et dont il perçoit une part, celui qui vit en France bénéficie de tout un potentiel productif beaucoup plus performant, les infrastructures, les réseaux d’échange et d’information, les habitudes de communiquer, etc., c’est-à-dire du milieu dans lequel il est plongé et dont il profite inconsciemment. On peut dire qu’il existe un « champ économique » comme il existe un « champ magnétique » qui nous inonde d’une énergie potentielle. Si cette énergie est plus grande en France qu’en Tunisie, c’est qu’elle provient de tout le capital matériel et humain que nos parents ont lentement construit en France. Une part des revenus que nous obtenons est le produit de ce capital social. Nous héritons de cette rente.

Suppression des désincitations au travail

Le Dividende Universel aurait aussi d’autres effets positifs. Par exemple, les prestations sociales actuelles découragent les individus de chercher un emploi rémunéré. En effet, lorsque les revenus du travail augmentent, les prestations sociales sont diminuées voire supprimées, menant à des situations absurdes où l’individu a parfois financièrement intérêt à ne pas accepter un travail.

De par sa nature inconditionnelle, le Dividende Universel supprimerait ces désincitations.

Théorie Relative de la Monnaie

Si vous désirez approfondir le Dividende Universel, je vous recommande laThéorie Relative de la Monnaie, de Stéphane Laborde. La version 2.0 de la TRM est disponible.

Par analogie au principe de relativité d’Einstein (« les lois physiques s’expriment de manière identique dans tous les référentiels »), il postule que « la monnaie, en tant que code qui régit les échanges économiques, doit fonctionner de manière identique dans tous les référentiels », et en analyse les conséquences. Il décrit également brièvement les problèmes fondamentaux du système actuel et ses effets.

Les défenseurs des libertés informatiques apprécieront certaines analogies, comme celle-ci :

On peut comparer le système monétaire encore actif en 2010 à l’ancien réseau informatique Français du Minitel, un réseau centralisé, où la création de services nécessitait un avis du propriétaire monopolistique ainsi que le partage des revenus de l’activité. Tandis qu’un système d’émission de monnaie symétrique dans l’espace-temps tel que le Dividende Universel est comparable à un internet neutre où chaque citoyen de la zone économique est considéré comme égal devant la création monétaire, et donc susceptible d’échanger en « peer-to-peer », de personne à personne, sans permission spéciale d’une autorité centrale.

Je remercie particulièrement son auteur pour la relecture de ce billet, ainsi que pour ses réponses rapides et ses remarques pertinentes ;-) Je vous recommande son blog pour suivre l’actualité sur le sujet.

Conclusion

Avec le passage d’un monde de rareté à un monde d’abondance, nous sommes dans une période charnière où nous devons faire des choix de société cruciaux. La tentative de restauration de la rareté artificielle, que ce soit pour redonner une valeur marchande à la copie de fichiers ou pour prolonger le mythe du plein emploi, doit être combattue.

Tous les hommes sont égaux. Mais une poignée de privilégiés a le pouvoir de créer la monnaie, au détriment de tous les autres. La création monétaire est un enjeu majeur, trop souvent ignoré, dont dépendra profondément la société de demain.

>>> La suite de la réflexion : L’abondance contre l’économie.

>>> Source  sur :  http://blog.rom1v.com/2011/02/dividende-universel-un-enjeu-majeur-de-societe/

Le travail salarié a-t-il encore du sens ?

Le travail salarié a-t-il encore du sens ?

[Le texte ci-dessous est l’oeuvre de Jean Dornac initialement publié sur le blog Etat Critique et reproduit ici avec son aimable autorisation. Il fait grandement écho à ma vision du monde du travail. Non qu’être à son compte soit une solution magique au problème qu’il décrit, mais c’est peut-être un début de piste]


Lorsqu’un peuple est saigné comme l’est le peuple grec, il faut se poser nombre de questions, dont celui du travail salarié.

Cela fait des années que je me pose la question du sens de ce fameux « travail salarié ». Pour être passé par là, de trop nombreuses décennies, je ne sais que trop bien qu’il s’agit d’un bien méchant attrape-nigaud. Seulement, voilà, la société est organisée ainsi depuis un peu moins de deux siècles, depuis que nos lointains parents quittèrent leurs champs aux récoltes aléatoires selon les bons vouloirs d’un ciel et d’une météo rarement favorables…

Travailler pour un autre contre un salaire n’est pas, en soi, choquant. Mais travailler pour un véritable capitaliste, totalement pris dans son idéologie et ses intérêts personnels, peut s’avérer rapidement dramatique. On y perd sa liberté et son âme.

Sa liberté ? Ce n’est pas nous qui choisissons nos horaires. Sauf par un refus, nous n’avons pas non plus de pouvoir de décision sur la hauteur de notre salaire. Souvent même, nous n’avons pas non plus le choix du poste à occuper… On le voit très nettement, aujourd’hui, avec un nombre important de jeunes sortis de diverses écoles, souvent prestigieuses, et employés à n’importe quoi… Le nombre d’heures travaillées, le nombre de jours de vacances et même la hauteur du salaire, d’autres en décident, entre les patrons et les députés, donc, le pouvoir. Notre seule liberté consiste à quitter l’entreprise dans l’espoir de trouver mieux. Ce fut vrai à l’époque où je commençais ma vie en entreprise. Nous pouvions partir et revenir à notre gré, ce qui était fort déplaisant pour ceux qui nous embauchaient. Les temps ont bien changé, ils sont devenus cruels pour le monde salarié à qui l’ont fait comprendre, aujourd’hui, que si ça ne lui plaît pas, il peut prendre la porte, pour être rapidement remplacé par les chômeurs qui ne demandent pas mieux…

Son âme ? Oui, dans la mesure où l’humain ne grandit essentiellement que par sa capacité et son droit de créer. Combien de postes de travail, en cette époque, offrent une possible créativité ? Ils sont rares, très rares. Heureux ceux qui en possèdent un, malheur aux autres qui, le plus souvent, sont condamnés à des travaux répétitifs, sans goût, sans saveur d’où toute passion est exclue. Seules compte aux yeux de l’employeur la production, la rentabilité. Ayez le malheur d’avoir une mauvaise santé et vous découvrirez quelle réelle valeur vous avez aux yeux de celui qui vous paie : Rien ! La mauvaise santé est payée au même prix que la malhonnêteté, c’est-à-dire, la porte, le chômage comme ligne d’horizon, la perte d’estime de soi, les regards interrogateurs de vos proches et, trop souvent, au bout d’un certain temps, leurs doutes pesants et humiliants sur votre « volonté » de chercher du travail. On y perd son âme, je le sais, je suis passé par cette porte étroite au goût horriblement amer…

Le piège

Nul n’est obligé, comme moi, de penser que le travail salarié est et reste un piège hérité des circonstances et de la voracité des possédants de capitaux. Cependant, après une carrière de 30 ans, sans problèmes majeurs, puis de chômage et petits boulots, ce qui fut mon cas, si notre esprit est resté un tant soi peu agile et lucide, nous nous rendons bien compte que nous avons participé à un jeu de dupes. Certes, nous recevons un salaire, de plus en plus petit ces dernières années, mais qu’en faisons-nous ? Passées les dépenses obligées et incontournables, nombreux sont ceux qui, obnubilés par d’alléchantes publicités, se précipitent dans un nouveau piège, mortel, celui de la consommation sans limite. Ceux-là, et ils sont foule, ne comprennent pas qu’après avoir été exploités par le patronat dans leur travail, ils le sont une deuxième fois en devenant esclaves d’une consommation sans fin organisée par et pour ce même monde des entreprises. Ce qui, aux yeux d’un certain Nicolas Sarkozy, justifiait son célèbre et lamentable slogan de « travailler plus pour gagner plus » et donc, sous entendu, pour « consommer et dépenser plus ». Là, nous étions en pleine folie dont le seul véritable bénéficiaire ne pouvait qu’être le monde des entreprise et de ses alliés, pas toujours commodes, le monde de la finance et des banques. Et, pour beaucoup, le piège se referme définitivement par les dettes accumulées. S’en suit l’interdit bancaire, opération des plus profitables pour les banques, une pauvreté accélérée et, parfois, le divorce, la fin de la famille puis la rue…

Le serpent se mord la queue

Certains analystes prédisent la fin du capitalisme, tout au moins dans sa forme actuelle, la plus hideuse, le libéralisme mondialisé. Je n’ai pas les capacités de ces analystes, mais je ne peux m’empêcher de penser comme eux.

On le voit, très clairement, en Grèce, pays maltraité, pays pillé par les assoiffés du capital, petits et grands. Ce pays est exsangue, ou plutôt, le peuple est exsangue. La famine fait son apparition, les suicides se multiplient. Ce qui n’empêche pas l’Europe, avec ses deux pires figures, Merkel et Sarkozy, la BCE et le FMI de vouloir poursuivre le pillage sous prétexte du remboursement de la dette dont, pourtant, le peuple n’est pas le principal responsable. (Voir l’article de Patrick Mignard).

Ce que je vais écrire peut en horrifier plus d’un, je le reconnais. Si dramatique qu’est la situation du peuple grec, il s’agit pourtant, peut-être, d’une chance unique. Pourquoi ? Parce que, à mon sens, le capitalisme montre son vrai visage, sa face hideuse qui réclame qu’on le combatte sans merci. Il faut comprendre qu’en Grèce, les salaires des fonctionnaires tout comme du privé étant revus à la baisse drastique, à un niveau qui est parfaitement ridicule, ils ne permettent plus aux victimes des plans de banquiers nationaux ou internationaux, de vivre de ce pourboire humiliant. Du coup, c’est la notion même de salariat qui, cette fois, doit être remis en cause.

Durant des décennies, nous avons pensé que c’était un système idéal, les sommes perçues augmentant au rythme des luttes sociales. Nous avions acquis de nombreux avantages qui, pour le plus grand nombre, étaient satisfaisants. Il faudrait, cependant, être aveugle ou stupide pour ne pas comprendre que l’heure est arrivée où le patronat et le monde de la finance ont décidé de tout nous reprendre. Et que leur importe que les peuples s’effondrent, ils n’en ont rien à faire !

A partir de là, à quoi bon rester sous la dépendance d’un monde patronal, parfois innocent de cette situation, mais trop souvent complice, lorsqu’on ne gagne plus de quoi vivre, de quoi faire vivre sa famille ? Le salariat, dans de telles conditions, n’a plus le moindre intérêt pas plus que le moindre sens. Je ne doute pas, pour ma part, que si on m’imposait un tel diktat ne pouvant que m’entraîner très vite à la rue, à la situation tragique des SDF, je quitterais immédiatement ce salariat. Crever pour crever, autant que ce soit dans la dignité plutôt qu’en tant qu’esclave et en tant qu’homme couché !

Je ne sais si un nombre important de Grecs fera une telle analyse et un tel choix, nul ne peut décider à leur place. Mais par les décisions implacables et inacceptables de leur gouvernement non élu, donc bien loin de la démocratie, ils ont une occasion unique de rejeter le principe inique du salariat. Le plus dur, bien évidemment, est de trouver une solution de remplacement. Beaucoup de penseurs en économie se sont cassé les dents sur ce sujet. Il faudra sans doute passer par une plus grande solidarité entre citoyens, ce qui n’est pas gagné d’avance. Peut-être aussi, comme en divers endroits d’Europe, faudra-il qu’ils créent leur monnaie locale, déconnectée des systèmes comme l’euro, cette monnaie qui est la meilleure garantie de leur effondrement. Et puis, pourquoi pas, il faudra aussi inventer des petits boulots, voire réappliquer le troc pour survivre dignement.

Le système, donc, se mord la queue, parce qu’il ouvre enfin un doute sérieux sur le principe du salariat. Par ailleurs, l’un de ses moyens d’enrichissement le plus rapide, la consommation, va être de plus en plus remise en cause. Les gens n’ayant plus les moyens financiers pour y accéder, hormis pour l’absolu nécessaire, ce système-là, aussi, s’effondrera. Ce qui signifie, en clair, que la consommation est mortelle, elle aussi ! Mais, franchement, est-ce un drame ? Je ne crois pas…

Peut-être suis-je trop optimiste ou trop naïf ( ?), moi, réellement, je fais confiance au génie des peuples. Souvent, au cours de l’histoire des peuples, tout comme au cours de nos vies personnelles, nous trouvons les solutions aux problèmes les plus ardus lorsque c’est notre survie qui est en jeu. C’est comme si l’instinct de conservation éclairait soudain notre esprit…

Comme le pillage n’est pas prêt de s’arrêter, en Grèce, mais également dans tous les autres pays européens, il serait illusoire pour les victimes grecques, tout comme pour nous, de nous bercer de rêves de continuité paisible offerts par la système du salariat. Celui-ci perdra de plus en plus de sens à mesure que le monde malsain de la finance prendra plus de pouvoir à la tête de nos pays. Il n’y a rien à attendre de cette « mafia » financière ! Alors, que chauffent et s’échauffent nos cerveaux pour remplacer le système gangrené et déjà partiellement pourri…

Un serpent qui se mord la queue est un serpent mort… Songez-y…

>>> Source sur : http://blog.spyou.org/wordpress-mu/2012/02/15/le-travail-salarie-a-t-il-encore-du-sens/

Le dividende universel face aux théories monétaires ‘hétérodoxes’

Le dividende universel face aux théories monétaires ‘hétérodoxes’

Quelle est le positionnement du dividende universel et de la Théorie relative de la monnaie par rapport aux autres courants de pensées économiques ? Comme nous allons le voir, le dividende universel emprunte à d’autres courants certaines thèses, postulats, mais en rejette d’autres pour en faire un synthèse réellement hétérodoxe… mais non dénué de racines idéologiques.

Le 31 décembre dernier, The Economist consacrait un riche papier sur les « révolutionnaires marginaux » ou les nouveaux courants de pensée monétaire qui ont émergé dans le débat économique grâce aux blogs et à internet en général. The Economist fait référence à trois théories monétaires ayant un écho auprès des économistes plus « mainstream » : les néo-chartalistes, les autrichiens, ainsi que les « monétaristes de marché » [ « market monetarists » en anglais dans le texte]. J’aimerais profiter de cette belle synthèse pour essayer de positionner la Théorie Relative de la Monnaie (TRM) dans ce débat. Nous verrons ainsi en quoi la TRM se nourrit de ces autres approches pour en faire la synthèse.

Précisons néanmoins d’emblée que tout ce qui sera dit dans cet article ne reflète que mon interprétation propre de toutes les théories monétaires su-citées (dividende universel compris). Je peux me tromper…

Une théorie « moderne » : plus de relance budgétaire !

>>> Source & Suite sur : http://www.tetedequenelle.fr/2012/02/dividende-universel-trm-theorie-monetaire-heterodoxe/